LE PACTE DE MINUIT

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Summary

🌙 LE PACTE DE MINUIT 🌙 "À minuit, je ne m’appartiendrai plus." Un sacrifice sans retour Pour sauver ma petite sœur Lison d’une mort certaine, je suis prête à tout. Même à l’impensable. Face à l’impuissance des médecins et à la lâcheté de ceux qui prétendaient m’aimer, j’ai fini par accepter l’offre d’Allan de Valmont : il finance son opération de pointe à New York, mais en échange, je lui voue ma vie entière. Je deviens sa chose.

Genre
Fantasy
Author
CAROLE73
Status
Complete
Chapters
53
Rating
4.7 3 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1

Avertissement

Ce roman est une œuvre de fiction destinée à un public adulte averti.

Il contient des scènes de violence, des thématiques sombres, des éléments horrifiques ainsi que des scènes à caractère sexuel explicite pouvant heurter la sensibilité de certains lecteurs.


Interdit aux moins de 18 ans.




CORALIE

Je pousse la porte du salon et l’atmosphère me frappe de plein fouet. L’air est poisseux, chargé d’une tension électrique qui me fait dresser les poils sur les bras.

Maman est prostrée dans son fauteuil habituel. Ses yeux, d’ordinaire si vifs, ne sont plus que deux fentes rougies, noyées de fatigue.

Elle ne me regarde pas.

Elle fixe le vide, les mains crispées sur ses genoux, ses doigts tordant et retordant un mouchoir usé jusqu’à la trame.

Sur la table basse, une tasse de café refroidi attend, intacte. Elle n’a même pas bu.

Je sens un nœud se former instantanément dans mon estomac. Ça sent mauvais. Très mauvais.

Je promène mon regard sur le salon. Les meubles sont les mêmes, le canapé en cuir bordeaux que papa a acheté il y a dix ans avec tant de fierté, le tapis persan hérité de grand-mère, les photos de famille alignées sur le buffet.

Mais quelque chose a changé. Comme si la pièce elle-même avait rétréci, écrasée par le poids de ce qui se trame ici.

Le papier peint aux coins montre des auréoles d’humidité que je n’avais pas remarquées avant.

Ou peut-être que je faisais semblant de ne pas les voir.

Les affaires de papa, autrefois si florissantes, ne sont plus qu’un souvenir lointain. Son entreprise, l’orgueil de sa vie, coule jour après jour dans un gouffre financier que plus rien ne semble pouvoir combler.

Je le sais.

On le sait tous, même si on fait semblant de ne pas voir les huissiers passer dans la rue. Même si on continue à mettre la table pour quatre, à parler de vacances qu’on ne prendra jamais, à sourire pour Lison.

Toujours pour Lison.

— Assieds-toi, Coralie.

La voix de mon père est sourde, dénuée de son assurance habituelle. Il évite mon regard. Il se tient debout près de la fenêtre, le dos légèrement voûté, comme si le ciel dehors pesait sur ses épaules.

Cet homme qui soulevait des caisses entières à bout de bras dans son entrepôt, qui riait si fort que les voisins frappaient au mur, qui me portait sur ses épaules quand j’étais petite en criant qu’il était le roi du monde... cet homme-là semble avoir disparu.

Ce qui reste à sa place est une silhouette creuse qui porte le même visage.

D’un geste lent, presque cérémonieux, il me sert un verre de thé à la menthe. La vapeur odorante monte vers mon visage, ce parfum que j’adore d’ordinaire me semble soudain écœurant.

Je prends le verre, mes doigts effleurent le métal brûlant, mais je ne sens rien.

Un silence pesant s’installe. Le tic-tac de la pendule au mur résonne comme un compte à rebours.

Par la fenêtre entrouverte me parvient le rire de Lison qui joue dans le jardin. Un son cristallin, presque irréel dans cette atmosphère de plomb.

Je me retourne instinctivement pour la chercher des yeux à travers le rideau.

Elle court après un papillon, les bras tendus, les joues roses. On ne dirait pas qu’elle est malade.

On ne dirait pas qu’elle est en train de mourir.

Papa finit par briser la glace, la gorge serrée :

— Il faut qu’on te parle... parce que cela te concerne autant que nous. Tu sais que Lison est très malade. Qu’elle est... condamnée ici.

Mon cœur rate un bond. Je pose le verre sur la table basse dans un tintement sec.

— Mais il existe un traitement aux États-Unis, continue-t-il, les yeux fixés sur ses mains calleuses. Une opération de la dernière chance qui a fait ses preuves. Le docteur Merlan nous en a parlé il y a trois semaines. Le taux de réussite est élevé, les spécialistes sont les meilleurs du monde, mais...

Il s’arrête. Avale sa salive.

— C’est génial ! m’écriai-je, mon souffle se libérant d’un coup. On doit le faire, papa ! Peu importe le prix, on trouvera un moyen, on peut vendre la voiture, la maison, je peux travailler davantage, je—

Un reniflement sonore me coupe l’herbe sous le pied. Maman vient de porter un mouchoir froissé à son nez, ses épaules secouées par un sanglot qu’elle tente d’étouffer. Mon enthousiasme retombe comme un soufflé.

— Maman ?

Elle secoue la tête sans me regarder. Ses lèvres tremblent. Elle qui a toujours été la plus forte de nous tous, celle qui gérait les crises avec un calme déconcertant, celle qui ne pleurait jamais devant nous pour ne pas nous inquiéter... la voir ainsi brisée me terrifie plus que tout le reste.

— Nous n’avons pas les moyens de payer, Coralie, lâche papa dans un souffle. Nous avons tout essayé. Les banques ont refusé. La famille ne peut pas nous aider. Les associations ont des listes d’attente interminables. Elle est condamnée... à moins que...

Il s’arrête, sa lèvre inférieure tremble. Il semble vieillir de dix ans sous mes yeux. Ses mains, ces grandes mains qui m’ont tenu si fort, si longtemps, se ferment et s’ouvrent sur ses genoux comme s’il cherchait quelque chose à saisir.

— Papa. Dis-moi.

Il lève enfin les yeux vers moi. Son regard est chargé d’une honte si profonde que j’ai envie de reculer avant même qu’il ne parle.

— Un homme est venu hier. Un émissaire. Il était bien habillé, poli, presque trop poli. Il a sonné à la porte en fin d’après-midi, pendant que tu étais au travail. Il travaille pour son patron, un Comte, ou je ne sais quel noble richissime qui vit dans un domaine à l’est de la ville. Cet homme est prêt à tout payer. Les médecins, le voyage, les soins de Lison... tout. C’est le médecin de Lison qui lui a parlé de nous.

Je fronce les sourcils.

— Pourquoi ? Pourquoi un inconnu voudrait payer pour Lison ? Les gens comme ça n’existent pas, papa. Qu’est-ce qu’il veut en échange ?

Le silence qui suit est la pire réponse qu’il aurait pu me donner.

— Papa.

— Toi, dit-il dans un murmure à peine audible. Il te veut, toi. Pas pour te faire du mal, il a insisté là-dessus. Son patron cherche... une épouse. Quelqu’un de bien, d’honnête. L’émissaire a dit qu’il t’avait vue, que son maître avait entendu parler de toi. En échange du traitement de Lison et du règlement de toutes nos dettes, tu... tu irais vivre au domaine. Comme sa femme.

Le mot tombe dans la pièce comme une pierre dans l’eau.

Femme.

Je regarde mon père. Je regarde ma mère. Aucun des deux ne dit rien. Aucun des deux ne dit non.

— Vous êtes sérieux.

Ce n’est pas une question. Je connais déjà la réponse. Elle est dans leurs yeux, dans leur silence, dans cette façon qu’ils ont de ne pas me regarder en face.

Je me lève brusquement. Mes jambes me portent vers la fenêtre presque malgré moi. Dehors, Lison a abandonné son papillon et s’est assise dans l’herbe. Elle tresse des brins d’herbe avec une concentration absolue, la langue légèrement tirée. Elle a les cheveux de maman, bouclés et dorés, et le rire de papa. Elle a huit ans et elle ne sait pas qu’elle est en train de mourir.

Je pose mon front contre la vitre froide.

Jérémy. Il faut que j’appelle Jérémy.

Mon fiancé. L’homme que j’aime depuis trois ans, celui qui m’a demandée en mariage le soir de mes vingt-cinq ans avec une bague trop petite pour mon doigt et un sourire si maladroit que j’en avais pleuré de tendresse. Sa famille a de l’argent, beaucoup d’argent. Son père possède plusieurs entreprises. Ils pourraient nous aider. Il pourrait nous aider.

Je sors mon téléphone de ma poche et quitte le salon sans un mot.

Dans le couloir, je compose son numéro. Ça sonne trois fois. Quatre. Je m’appuie contre le mur, les yeux fermés, priant en silence.

— Allô ?

Sa voix. Juste sa voix me fait du bien.

— Jérémy, c’est moi. Il faut que je te parle, c’est urgent. C’est pour Lison, il y a un traitement aux États-Unis mais mes parents n’ont pas les moyens et—

— Attends, attends, tu parles trop vite. Qu’est-ce qui se passe ?

Je lui explique tout. Les mots sortent en désordre, trop vite, trop fort. Je lui parle du docteur Merlan, du traitement, de l’émissaire, de ce Comte dont je ne sais même pas le nom. Je lui parle de la proposition. Je lui parle de ma peur.

Il m’écoute. Du moins, je crois qu’il m’écoute.

Puis, au bout du fil, j’entends quelque chose. Un son furtif, étouffé. Un rire. Un rire que je connais. Un rire qui me glace le sang.

— Qui est avec toi ? demandé-je, la voix tremblante. Ce rire… Dis-le-moi.

Un nouveau silence. Puis, après une hésitation :

— C’est Chloé. Tu sais, celle du lycée. Elle m’assiste au travail aujourd’hui.

Chloé. La fille aux cheveux roux, celle qui traîne toujours avec Léa. Celle qui m’a souri la dernière fois que je l’ai vue, comme si nous étions amies.

Quelque chose dans sa voix sonne faux. Quelque chose que je n’arrive pas à nommer mais que je sens, là, au creux de ma poitrine.

— Jérémy… Ma voix se brise. Je t’aime. Aide-nous, s’il te plaît.

— Désolé, Coralie. Il soupire, comme si je l’ennuie. Si je pouvais, je le ferais, mais mon père a dit non. On ne peut pas sauver la terre entière.

— Je ne te parle pas de la terre entière, je te parle de ma petite sœur.

Il ne répond pas tout de suite. J’entends un souffle, comme s’il se passe une main sur le visage.

— Écoute, je dois y aller. Bonne chance.

Et il raccroche.

Je reste là, le téléphone collé à l’oreille, le cœur battant à tout rompre. La ligne n’est pas coupée. J’entends un frottement de tissu, un souffle, puis ce rire – ce petit rire étouffé que je connais par cœur.

— Arrête, Jérémy… elle va finir par se douter de quelque chose, murmure une voix de femme.

Le sol se dérobe sous mes pieds.

Cette voix… je l’aurais reconnue entre mille.

Léa.

Ma meilleure amie. Celle avec qui j’ai partagé mes secrets, mes peurs, mes rêves depuis la maternelle. Celle qui était là quand j’ai appris la maladie de Lison, qui m’a tenu la main aux urgences, qui a dormi sur mon canapé pendant une semaine pour ne pas me laisser seule. Léa qui connaît chacune de mes failles, chacun de mes doutes.

Léa qui est avec mon fiancé.

— Elle ne se doute de rien, répond Jérémy, sa voix soudain froide, presque moqueuse. Elle est trop stupide. Avec l’histoire de sa petite sœur, elle ne va pas me lâcher, mais moi, je ne peux rien faire.

— Et puis, tu n’y peux rien si elle est malade, ajoute Léa, sa voix sucrée, traître.

Un bruit de baiser, humide et sonore, déchire le silence avant qu’un clic sec ne mette fin à la communication.

Je ne bouge pas.

Je ne pleure pas non plus. Je crois que je n’en suis plus capable. Il y a un seuil, quelque part, au-delà duquel la douleur devient trop grande pour les larmes. Je l’ai atteint il y a peut-être dix minutes, peut-être depuis des semaines sans le savoir.

Mon père me vend. Mon fiancé me trahit. Ma meilleure amie m’enterre vivante.

Et Lison tousse dans le jardin.

Je glisse lentement le long du mur jusqu’à m’asseoir par terre dans le couloir sombre, les genoux contre la poitrine, le téléphone serré dans ma main. Le carrelage est froid à travers le tissu de ma jupe. Je fixe le mur en face de moi, un mur blanc que j’ai regardé mille fois sans jamais le voir vraiment, et je cherche en moi quelque chose à quoi me raccrocher.

Il n’y a rien.

Ou presque.

La porte du jardin s’ouvre. Des petits pas précipités claquent sur le carrelage, et soudain Lison est là, essoufflée, les cheveux en bataille, une tache d’herbe sur le genou. Elle s’arrête en me voyant assise par terre et incline la tête de côté, comme un petit oiseau.

— Tu viens jouer, Coco ?

Je la regarde. Ce visage. Ces yeux immenses et confiants qui ne comprennent pas encore tout ce que le monde peut faire à quelqu’un.

Je m’accroupis, les mains tremblantes, et serre son petit corps contre le mien. Elle sent le soleil et l’herbe coupée. Elle est si légère, si fragile. Comme si elle peut s’envoler à tout moment.

— Bien sûr que je viens jouer, lui dis-je contre ses cheveux.

Elle se dégage en riant et repart en courant vers le jardin. Je la regarde disparaître, et quand la porte se referme derrière elle, je glisse ma main dans ma poche.

La carte est là.

Un carton épais, légèrement ivoire, aux bords dorés. L’émissaire l’a laissée sur la table du salon hier soir. Papa me l’a tendue ce matin sans un mot, comme s’il ne pouvait pas la garder entre les mains plus longtemps.

Allan de Valmont.

Juste un nom. Une adresse. Un numéro de téléphone.

Pas de titre. Pas d’explication. Juste ces quelques caractères gravés dans le carton comme une sentence.

Je tourne la carte entre mes doigts. Je pense à Jérémy et à Léa. Je pense à mes parents qui m’attendent dans le salon, incapables de me regarder dans les yeux. Je pense à Lison qui court dans le jardin en ne sachant pas que chaque jour est compté.

Puis je cesse de penser.

Je compose le numéro d’une main tremblante.