Le Pacte De L'ombre: L'écho Du Néant

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Summary

Le Synopsis Central Après avoir survécu à la bataille épique du Pont des Soupirs et s'être échappés de l'Abîme, Valerian et Elara se sont réfugiés au Manoir d'Onyx. Mais la victoire a un goût de cendre : ils n'ont pas seulement ramené leurs filles, ils ont ramené une part du Néant avec eux. Le lien entre les mondes est resté fissuré, et l'obscurité s'infiltre désormais dans leur foyer et dans leur chair.

Status
Complete
Chapters
11
Rating
n/a
Age Rating
13+

Le Reflet Dissident

Trilogie Le Pacte De L'ombre Tôme2 L'écho Du Néant

Le silence était revenu hanter les couloirs du Manoir d’Onyx, mais ce n’était plus le silence protecteur, presque complice, d’autrefois. C’était une chape de plomb, une masse invisible pressant contre les tympans, saturée de non-dits et d’un froid résiduel qui ne semblait jamais vouloir quitter les pierres. Dans la grande chambre du premier étage, Elara était assise immobile devant sa coiffeuse en ébène. La lumière grise et poisseuse d’une aube pluvieuse filtrait à travers les rideaux de velours, dont les déchirures ressemblaient à des cicatrices mal refermées.

Elle passa une main lente sur son visage. Sa peau, autrefois vibrante de vie et de magie, était devenue pâle, presque translucide, laissant deviner le réseau délicat de ses veines. Une mèche d’argent pur, brillante comme du mercure, courait désormais dans sa chevelure sombre — un souvenir indélébile, une marque de propriété laissée par son passage dans l’Abîme.

Elle leva les yeux vers le miroir ovale, bordé de fer forgé, qui lui faisait face.

Au début, elle ne remarqua rien d’autre que sa propre fatigue. Puis, elle sentit un décalage, une dissonance dans la réalité. Elle cligna des yeux, mais son reflet resta fixe, les paupières grandes ouvertes, la fixant avec une absence de clarté terrifiante. Un frisson glacé, identique à la morsure du Vide sur le Pont des Soupirs, lui parcourut l’échine. Elle leva lentement la main droite pour toucher la surface froide du verre. Dans le miroir, son double resta immobile, les mains posées sur les genoux, l’observant avec une intensité prédatrice.

— Valerian... murmura-t-elle, sa voix n’étant plus qu’un souffle éteint, une plainte de spectre.

La porte de la chambre s’ouvrit avec un fracas contrôlé. Le vampire entra, sa vitesse surnaturelle trahissant une inquiétude qui ne l’avait pas quitté depuis leur retour. Il s’arrêta brusquement derrière elle, posant ses mains lourdes sur ses épaules frêles. À travers le tissu fin de sa robe de chambre, Elara sentit la force de ses doigts, mais aussi ce froid familier qui, pour la première fois de sa vie, lui semblait chaleureux comparé au vide qui s’était installé à l’intérieur de sa propre poitrine.

— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-il, son regard bleu acier scrutant chaque recoin d’ombre de la pièce. Tu as encore eu une vision du Berceau ?

— Regarde, Valerian. Regarde bien le miroir. Ne me regarde pas moi.Regarde-t-elle.

Valerian tourna les yeux vers la glace. Il vit son propre reflet, fidèle, sombre et protecteur, debout derrière Elara. Mais l’image de la sorcière, elle, ne suivait plus aucune loi physique. Elle ne respirait pas. Elle ne clignait pas des yeux. Lentement, avec une grâce désarticulée, le reflet d’Elara inclina la tête sur le côté, un sourire sans aucune joie, un rictus de pur néant étirant ses lèvres spectrales, tandis que la véritable Elara restait figée par une terreur qui lui broyait les os.

— Par les cendres deMalakor... jura Valerian, sa main se crispant sur son épaule.

Il tendit instinctivement le bras pour briser le miroir d’un coup de poing, mais Elara saisit son poignet avec une force surprenante.

— Non ! Si tu le casses, je sens que je perdrai une partie de mon âme avec les éclats. Ce n’est pas un simple fantôme, Valerian. C’est ce que je suis devenue. Une partie de moi est restée enchaînée de l’autre côté, et une partie de l’Abîme est revenue loger dans ma chair. Je suis une porte ouverte, Valerian. Et je ne sais pas comment la refermer.

Le reflet finit par s’aligner sur ses mouvements, comme une marionnette reprenant sa place, mais le malaise persista, infectieux. Elara se leva, chancelante. Depuis son retour, sa magie était devenue erratique, colossale mais indomptable. Des objets se déplaçaient seuls dans la pièce, et elle entendait, à la lisière de son audition, les murmures des soldats du Conseil morts sur le pont, réclamant une justice qu’elle ne pouvait leur rendre.

Les Signes de l’Or Liquide

Pendant ce temps, au rez-de-chaussée, l’ambiance n’était guère plus légère.Lyraet Maïa étaient assises dans la vaste cuisine aux dalles froides, devant des bols de bouillon dont la vapeur s’élevait en spirales paresseuses. Silas, l’Écorcheur de Runes, était accroupi près de l’âtre, affûtant sa hache de météore avec une pierre à eau. Le bruit lancinant, régulier, du métal contre la pierre rythmait le silence oppressant de la demeure.

Maïa regardait ses propres mains avec une fascination mêlée d’horreur. Sous ses ongles, de fines lignes dorées, brillantes comme des fils de soie incandescents, commençaient à apparaître, dessinant une cartographie inconnue sous sa peau. On aurait dit que de l’or liquide coulait désormais dans ses veines à la place du sang de vampire.

— Ça recommence,Lyra, chuchota-t-elle, sa voix tremblante. Je sens le Cristal de Sang qui bat sous le manoir. Il m’appelle. Il veut que je revienne.

Lyra, dont les yeux n’avaient jamais tout à fait retrouvé la clarté de leur bleu d’origine, hocha lentement la tête. Le chat Nuage, assis sur ses genoux, ne ronronnait plus. Il fixait la lourde porte de chêne menant à la cave avec une hostilité manifeste, ses oreilles rabattues.

— Maman a ramené quelque chose avec elle, Maïa. Ce n’est pas seulement elle que nous avons sortie de l’Abîme ce soir-là. La porte est restée entrouverte, et le vent du néant s’engouffre maintenant dans la maison.

Silas s’arrêta brusquement d’affûter. Il leva son regard gris d’orage vers les deux fillettes.

— La gamine a raison, gronda-t-il, sa voix vibrant comme un séisme souterrain. Les runes gravées sur ma peau ne mentent jamais. Elles brûlent, Maïa. Elles chauffent comme si le soleil essayait de sortir de ma chair. Quelque chose arrive, et ce n’est pas la piétaille du Conseil ou les Inquisiteurs. C’est quelque chose qui n’a pas de nom. Quelque chose que mêmeMalakorle Dévoreur craignait de murmurer dans ses prières les plus sombres.

L’Exécuteur de Porcelaine

Un cri strident, métallique, déchira soudain l’air humide, venant de la lisière de la Forêt des Supplices. Ce n’était ni le hurlement d’un loup, ni le cri d’un rapace. C’était un son de lames que l’on frotte l’une contre l’autre, un grincement de métal froid sur de l’os.

Valerian et Elara descendirent l’escalier principal en trombe. Le vampire avait déjà l’Éclipse de Sang au poing, la dague d’obsidienne astrale brillant d’une lueur pourpre instable.

— Silas ! Aux portes ! ordonna Valerian, sa voix de prédateur reprenant le dessus.

— Ils sont déjà là ? demanda Elara, ses mains s’enveloppant d’une fumée grise et malsaine, une magie de décomposition qui remplaçait ses flammes violettes habituelles.

— Pas “ils”, corrigea Valerian en s’arrêtant devant la fenêtre de la grande salle. Regarde.

Dans la cour du manoir, sous une pluie battante qui semblait s’évaporer à son contact, une silhouette solitaire se tenait debout. Elle était immense, drapée dans une armure de verre sombre qui semblait absorber la lumière environnante pour créer un halo de ténèbres. Mais le plus terrifiant était son visage : elle n’en avait pas. À la place, elle portait un masque de porcelaine blanche, lisse, sans aucune fente pour les yeux ou la bouche, figé dans une expression d’indifférence divine.

C’était l’Assassin Silencieux. L’Exécuteur ultime du Vide. Un être qui ne possédait pas d’âme et que personne ne pouvait tuer, car il n’était jamais vraiment né dans ce plan de réalité.

— Il vient pour ce que tu as dérobé à l’Abîme, Elara, murmura Silas en se levant, sa hache brillant d’un éclat cuivré qui répondait à l’armure de l’intrus. Il ne vient pas pour négocier, ni pour le Conseil. Il vient pour toi. Il vient refermer la porte.