Prologue
[Chaque nouvelle relation est un nouveau roman - Madame de Girardin; Lettres Parisiennes]
La vue des champs Français défilent sous ses yeux. Elle regarde par la fenêtre du train, pensive, la tête collée contre la vitre, en quittant Paris, son Parisien et ces deux folles nuits qu’elle a passées là haut. Deux nuits de sexe intense qu’elle ne regrette pas, mais elle sait au fond d’elle même qu’il n’y a aucun avenir pour leur histoire. Une histoire de cul, jolie mais sans plus même s’il lui plait beaucoup.
Des flashs de la nuit lui reviennent en mémoire: l’appréhension, ses mains sur sa peau, sa brutalité, son regard, leur bouche et leur souffle qui se mêlent, l’excitation, son corps qui se perd dans le sien, puis l’extase et la plénitude.
Elle sourit en y repensant, même si elle sait au fond d’elle, que cela n’est pas le prémisse d’une histoire d’amour. Une de ces rencontres faite il y a deux mois, sur un site spécialisé où personne ne sait très bien ce que souhaite l’autre. Alyssa ne sait même pas vraiment elle même ce qu’elle cherche ces derniers temps, ce qu’elle voudrait réellement.
À vingt sept ans, Alyssa est une jeune femme simple et pétillante, de taille moyenne, mince mais avec des formes là où il faut. Elle a de longs cheveux blonds vénitiens, et de grands yeux verts en amande sertis de très longs cils noirs lui mangent le visage.
Après une licence de psychologie, elle a enfin trouvé son épanouissement en tant qu’infirmière.
Alyssa s’est toujours considérée très différente des autres. Elle rêve d’aventure au sens propre du terme et cherche un sens à sa vie qu’elle veut vivre intensément. Elle sait que celle ci ne fait aucun cadeau et qu’il faut toujours se battre pour obtenir ce que l’on veut.
Le paysage continue de défiler rapidement sous ses yeux, la plongeant dans ses réflexions habituelles. Mais la vue des champs de part et d’autre du train lui donne plus envie d’aller courir au milieu, monter sur une botte de foin, s’allonger dessus, se promener en robe légère et sentir les odeurs de terre et d’herbe mouillée. Sentir la vie, chercher le but de ce monde, le but de son existence.
Un message sur son téléphone la sort de sa rêverie. C’est lui... Son Parisien, Matthieu... Elle sourit. “Non non - se dit t’elle en secouant la tête - tu ne tomberas pas amoureuse de ce genre de mec! La faute à ne pas commettre! Tu deviendrais une de ces stupides bécasses et il aurait tout pouvoir sur toi, ce n’est pas un homme pour toi. Dommage qu’il soit un tel connard de queutard...”
Dans son message il lui fait comprendre maladroitement qu’il est triste qu’elle soit partie.
“À quoi bon...” Pense t’elle. Elle sait que dès son départ, une autre prendra sa place dans son lit parce qu’il est comme ça, il aime “baiser” des nanas différentes comme il le lui a dit lui même. Elle ne peut pas le lui reprocher, elle fait la même chose depuis ces deux derniers mois, et les conquêtes s’enchainent dans son lit.
Alyssa n’a toujours eu que des relations de quatre ou cinq ans pour les plus longues et s’est trouvée toujours plus déçue de la gent masculine au fur et à mesure. Après une dernière rupture douloureuse, elle a donc décidé d’arrêter les frais, rester seule pour la première fois de sa vie et apprendre à profiter sans quiconque à ses cotés.
Elle se demande parfois si son comportement actuel est normal. Elle a l’impression de réagir comme un homme elle même. Des rencontres, quelques plans réguliers et surtout, pas d’attache.
À présent, ses trente ans approchants, Alyssa se veut libre, voyager, profiter sans contrainte et surtout sans homme dans sa vie. Mais aujourd’hui si elle le pouvait, elle prendrait son sac de baroudeuse sur le dos, un billet d’avion tour du monde et partirait loin, loin de tout, de sa vie ici dans le sud de la France, pour se retrouver elle même plus loin. En attendant elle projette de partir quelques mois en humanitaire, là où elle se sentira utile, vivante, l’adrénaline voire la peur au ventre, où l’horreur de ce monde l’aidera peut être à trouver ses réponses.
Le paysage défile toujours, elle repense aux bottes de foin, à ces livres aussi qu’elle a dévorés pendant ses étés en vacances à la campagne. Elle rêverait d’être une de ces héroïnes, marcher innocemment au milieu de ces champs, puis au milieu des vignes. Elle croiserait les yeux d’un bel inconnu, grand, une chemise légèrement ouverte qui dévoilerait un corps merveilleusement sculpté. Elle sentirait son coeur battre la chamade par l’attirance chimique qui se créerait instantanément entre eux, elle balbutierait quelques mots un peu gênée tandis qu’il s’approcherait d’elle et...
_ Bonjour mademoiselle! Votre billet s’il vous plait.
Alyssa se jette un peu gauchement, comme prise en flagrant délit, sur son téléphone pour montrer son billet électronique au contrôleur. Il lui renvoie un sourire.
_ Merci mademoiselle!
_ Merci au revoir! - Dit elle bégayant presque.
La vibration de son téléphone attire son attention. *Matthieu*.
Alyssa ouvre ses messages et lit:
_ C’est parce que tu es une jeune femme intelligente et rigolote que je vais avoir du mal à me passer de ma petite bitch.
Elle saisit son portable en vue de répondre:
_ Je n’en crois pas un mot. Nous savons très bien toi et moi ce que tu veux.
La réponse ne se fait pas attendre:
_ Oui, mais ça n’empêche pas que j’ai beaucoup apprécié tout ce temps passé avec toi.
“Mesdames et Messieurs, le train arrive en gare de Marseille”.
Le train ralenti lentement, de nouveaux passagers envahissent l’habitacle du wagon cherchant leur siège.
“Plus que trois heures avant Nice” souffle le monsieur assit en face. Alyssa lui sourit en réponse à son commentaire. La jolie blonde, écouteurs sur les oreilles, tourne à nouveau son regard vers les étendues vertes et les vignobles qui défilent à nouveau, tandis que le train reprend sa route, la replongeant dans ses rêveries.