Stupid Love

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Summary

- Tu l'aimes encore ? Demanda Ellie tout en posant sa main contre la mienne. La cigarette lançait sa fumée à travers la pièce tandis que je fixais l'horizon depuis la fenêtre. Après tout ce temps et toutes ses larmes, comment pouvais-je encore être si éprise ? Fermant les yeux pour me blottir dans ses bras, je laissais la clope s'éteindre dans le cendrier, sans parvenir à lui répondre.

Genre
Romance
Author
Mane
Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1

Je me souviens encore parfaitement, de ce jour où j'ai décidé de fermer les portes de mon coeur, alors que chaques bourrasques de souvenirs refaisants surface ne réussissaient qu'à me faire me sentir vide, seule, et incommensurablement triste.

Tout avait pourtant si bien commencé, de notre rencontre au lycée aux études supérieurs, cette relation avait su apporter cette forme de douceur, qui avait tant manqué à mon enfance chaotique et sombre. Ces journées passées à se tenir tête, à rivaliser ou encore à simplement rester côte à côte, dans ce silence que nous aimions partager, tout semblait à présent lointain, émietté aux quatre coins de mon être, dans ce blizzard froid et épais.

William avait ce don, avant, de me sortir de mes trigers, ces flashes insidieux et imperceptibles, qui arrivaient par-derrière, sans jamais crier gare. Il lui suffisait de me tapoter l'épaule, tout en prononçant mon surnom de sa voix chaleureuse, et tout disparaissait d'un clignement d'oeil, comme s'il était le seul capable, dans ces moments, de m'apaiser.

Nous partagions un lien inconnu, à se retrouver sans le vouloir sur le toit du bâtiment scolaire, à voir tantôt l’autre dans ces bons jours, tantôt dans les mauvais. Au fond, nous étions devenu intime de cette manière, presque forcés par le destin. J'avais beau essayer, je ne parvenais pas à me le sortir de la tête, Après cinq ans à tergiverser, j’étais enfin arrivé à lui parler, dans une chambre d’amis avec la chaleur d’une nuit d’été, de mon passé et mes démons, dans l’idée de lui laisser la place.

Puis, après quelques mois de bonheur, il finit par disparaître de mon horizon, tel le train qu'il avait empreinté, pour partir vivre quelques temps chez son père. Je revois dans ma tête son air heureux de me voir arriver sur le quai, alors qu'il était presque certain que je ne viendrais pas lui dire au revoir. Ses yeux brun brillant, et son sourire rassuré, puis ses lèvres passants sur les miennes pour la dernière fois, avant qu'il ne monte dans le wagon, et que celui-ci ne se referme.

Je le parcourais du regard à travers la vitre, ses cheveux ébouriffés de ce roux-foncé que j'aimais tant, rayonnant face au soleil et sa main plaquée contre le verre, qui ne demandait qu'à trouver la mienne en retour. Alors que nous nous regardions d'un "On se reverra, vite.", le monstre de fer reprenait sa marche mécanique, traversant d'abord la zone d'arrêt, puis la forêt alentour, pour enfin sortir de mon champ de vision, dans le bruit clinquent des rouages de son moteur.

Au début, le contact était simple, fluide et routinier. Que ce soit moi ou notre groupe d'amis, Will parlait chaque jour de cette voix toujours motivée et positive. Il avait depuis le commencement cette manie de ne jamais voir les choses du mauvais côté, et même si ça m'énervait souvent, je comprenais avec la distance que sa manière d'être était la meilleure pour nous.

Pourtant, un mois passa, puis deux, puis trois, et Will semblait toujours reporter son retour. Je comprenais qu’il ai envie de renouer avec son père, après tout, cet appel au secours était le seul qu'il est entendu depuis son adolescence, et il semblait enchanté d’avoir une chance. Mais malgré mes efforts, je ne parvenais plus à tenir la distance, d'abors son corps, puis son odeur, tout devenait de plus en plus lointain, de moins en moins palpable.

Et un jour, je me suis réveillée avec une sensation de vide, comme si sa présence au bout du fils ne suffisait plus. Je me sentais déprimée, chaque jours devenaient plus dur, moins beau, plus terne.

J’ai essayé de le cacher, au début, par culpabilité car je me sentais si égoïste. Il travaillait et rendait fier son père, il avait enfin cette sensation d’être vu et je comprenais au combien ça comptait pour lui. Pourtant, un soir, au téléphone, alors qu’il me disait qu’il allait encore devoir rester, je ne pus contenir mes larmes, parce que tout devenait trop difficile, il me manquait et je ne pouvais plus faire semblant. J’avais l’impression de revivre ce chapitre latent de ma vie, où j’attendais chaque matin que quelque chose change.


— Je sais pas Will, je crois que j’en peux plus.

Un silence s’installa, il eu un regard triste.

— Je ne peux pas revenir, je suis désolé.

J’arquais les sourcils tout en laissant les larmes couler.

— Comment ça ?

Il prit deux minutes pour me répondre, je voyais dans son regard une tristesse qu’il refusait de dévoiler.

— Je peux enfin faire quelque chose de concret, ici, quelque chose qui compte. Je comprends ta peine, ça me fais mal à moi aussi, mais peut-être que c’était juste pas le bon moment, pour nous.

Le monde sembla s’écrouler sous mes pieds, on aurait dit que notre relation ne comptait plus, que mon avis ne comptait pas vraiment et qu’il ne voulait pas continuer en ce sens. Alors que j’aurais pu essayer de me battre, je décida simplement d’acquiescer.

— C’est mieux comme ça, finis-je par lancer tout en essuyant mes joues.

Il avait les yeux vides entrain de réfléchir à quoi dire, mais je ne le laissai pas finir.

— Au revoir alors, bonne continuation.

Je ferma l’application sans attendre, puis me mise en boule dans le lit.


Heureusement pour moi, il y avait toujours Ellie pour me maintenir à flot. Elle m’avait trouvé des années en arrière dans ce parc où j’avais toujours trainé, et où je trainais encore, avec cette expression chaleureuse qu’elle avait été la première à me porter depuis bien longtemps. Elle était apparue comme un mirage, alors que je traversais la période la plus traumatisante de ma vie, et m’avait donné la force, à l’époque, de sortir de cet enfer, pour enfin commencer à vivre vraiment. Alors quand Will ne donna plus de signe de vie, que mon monde s’écroulait à nouveau, dans la peur et l’abandon, elle fut la première à venir à moi.

Je l’entends encore, entrer dans l’appartement le regard perdu et les sourcils froncés, à la recherche d’un signe dans mon regard pour venir m’enlacer.

Tout ce temps que j’avais passé à essayer d’évoluer pour dire à Will mes sentiments, toutes ses pensées que j’avais tournée et retourner pour m’ouvrir à lui, par ce désir immense qu’il me découvre entièrement pour comprendre, puis cette nuit dans la chambre d'Ellie, où nous nous étions enfin dévoiler, et enfin ces mois passés ensemble, à se délecter de l'autre sans limite, tout ça s’était simplement fait effacé, comme une simple phrase gommée sur un carnet, qui n'aurait pas eu d'importance.

Les premières semaines furent rudes, j’avais l’impression que le miroir dans ma poitrine, qui reflétait le monde de ces couleurs, s’était brisé en mille morceaux, tout en découpant ma chair à vif, pour la laisser saigner. Tel un disque rayé qui ne lancerait plus qu’un passage en boucle, les cauchemars refirent surface, plus tenaces, plus tranchants, et je finis par me laisser dériver sur le rivage.

C’était comme si l’on avait mis du bruit blanc sur la soundtrack d’un album de Palace, comme si un voile de neige polluait les images d’un bon film sur une cathodique, comme si il n’y avait plus de batterie dans un 3310, comme si un démon dans ma poitrine frappait sans arrêt, en me rappelant que j’étais de nouveau face à la vie et au passé, dans cette solitude paradoxale, que je n’avais jamais apprivoisé.

un mois passa, puis deux, puis trois, puis quatre, et un an plus tard, j’avais arrêté de compter.

Les études s’étaient terminées dans les réjouissances pour notre petit groupe d’amis, des sorties au bar de notre quartier toutes les semaines, avec cette activité nouvelle qu’était le billard, et que j’avais découvert là-bas. Chaque soir était prétexte pour jouer et boire, parfois beaucoup, sûrement dans l’espoir d’effacer son visage de ma tête. Ellie l’avait bien compris, et s’assurée que je rentre chez elle le soir, quand je décidais de sortir seule.

Je m’étais rendu compte, à force de traîner le soir avec eux, qu’Ellie et notre ami Josh, commençaient à se rapprocher énormément, mais je n’avais pas osé en parler au début, curieuse de voir combien de temps ils passeraient sans nous le dire. L’été se stoppa avec les cigales, les paysages verdoyant prirent ça et là une légère teinte orangé, alors que nous étions bercés par cette brise rafraichissante de début d’automne.

Nous savions qu’il serait important de continuer à se voir malgré nos nouvelles dynamique de vie, comme deux d’entre nous avaient choisi de partir de la ville, je fus rassurée de voir Ellie rester près de moi, déménageant même dans l’appartement à coté du mien. En free-lance, je travaillais chez moi en tant qu’artiste, alors qu’elle avait été embauchée chez la fleuriste près de chez nous, avec la vision de reprendre la boite quand la patronne prendrait sa retraite. Josh, quant à lui, travaillait dans une société de communication et traînait la plus part du temps chez Ellie avec moi la semaine, avant de sortir avec nous jouer le weekend.

Je sais bien, à présent, que ces moments passés tous les trois furent purement et simplement bénéfiques pour moi, ils me prouvaient que je pouvais être heureuse, ne serait-ce que quelques heures, même en ayant toujours le coeur brisé. Pourtant, toutes les fins de journées, alors que le travail fini trainait sur le bureau, la nuit, ou le matin en me réveillant, je me surprenais, encore, à revoir nos moments ensemble à travers mes pupilles, le ventre serré, et le pouls fragile.

Parce qu’il y avait toujours une musique, toujours un angle de vue, un paysage, une odeur, ou un son, qui me renvoyait irrévocablement en arrière.

— Lucie, tu m’écoutes ?

Je relevai la tête vers la voix, perdue dans mes réflexions depuis quelques minutes, devant mon verre que je n’avais toujours pas entamé. Ellie et moi étions assises autour d’une petite table pour deux, à l’intérieur du bar juste à coté du pool, nous attentions notre tour pour jouer contre Josh et Emma, qui réfléchissaient depuis cinq minutes à quelle boules viser pour avoir l’espoir de nous battre, après deux défaites cuisantes où ils avaient payé la tournée. Elle me regardait toujours de cet air embêté, alors que la brise entrant dans la salle m’insufflait la force pour reprendre ma respiration.

— Désolée j’étais dans ma tête, encore, dis-je simplement, tout en détournant légèrement le regard.