L’Age de la peur Tome 2 Le Sang du Père

All Rights Reserved ©

Summary

Résumé du Tome 2 : L'éritage du Sang La traque change de visage. Le chasseur devient le père. Après l'incendie de la ferme et la mort des Fortin, le Capitaine Elias Vance n'est plus le même homme. La découverte de l'identité réelle de Léo — son propre fils, Arthur, enlevé quinze ans plus tôt — a pulvérisé ses certitudes. Le petit garçon qu'il attendait devant l'école n'est pas mort ; il a été transformé en une arme biologique et psychologique par ses ravisseurs. Léo est désormais dans la nature, libéré de ses geôliers mais prisonnier de sa propre noirceur. Il traverse le pays, laissant derrière lui une traînée de silence et de mystères, utilisant ses trois visages pour manipuler ceux qu'il croise. Est-il le psychopathe né qu'Hélène Fortin décrivait dans ses carnets, ou reste-t-il une étincelle d'Arthur sous la surface de l'Homme Noir ? Vance, agissant désormais en marge de la loi et hanté par le tic-tac de sa montre à gousset, se lance dans une poursuite désespérée. Il ne cherche plus seulement un suspect, il cherche à sauver l'âme de son fils. Mais pour ramener Arthur à la lumière, Vance devra peut-être accepter de plonger lui-même dans les ténèbres les plus profondes. Le combat final ne se jouera pas avec des menottes, mais dans le sang.

Status
Complete
Chapters
6
Rating
4.5 2 reviews
Age Rating
16+

LE SILENCE APRÈS L’ASSAUT

Note aux lecteurs : Important. Avant de plonger dans ce récit, assurez-vous d’avoir lu le premier tome de “L’Âge de la Peur” pour comprendre l’origine de l’ombre qui lie Elias Vance à son fils.

L’air au-dessus de la propriété des Fortin n’était plus qu’un voile de suie épaisse et de particules de bois calciné qui retombaient comme une neige noire sur le sol gelé. Le silence qui avait succédé à l’assaut brutal du SWAT était plus assourdissant, plus terrifiant que les détonations et les cris qui avaient mis fin aux jours de Marc et Hélène. Les gyrophares des ambulances et des voitures de patrouille balayaient les façades éventrées de la grange d’une lumière saccadée, bleue et rouge, comme le pouls erratique d’une ville en état de mort cérébrale.

Le Capitaine Elias Vance ne bougeait pas. Il se tenait au centre de la cour de terre battue, ses bottes s’enfonçant dans une boue fétide, mélange d’eau des lances à incendie et de cendres. Il ne regardait pas les deux sacs mortuaires que les légistes chargeaient avec une indifférence professionnelle dans le fourgon funéraire. Ces deux corps n’étaient pour lui que des enveloppes vides. Sa véritable obsession se trouvait à l’étage de la maison, là où un pan de mur béant révélait l’intimité profanée de la chambre de Léo.

Dans sa main droite, il serrait sa montre à gousset avec une telle force que le métal semblait vouloir s’incruster dans sa paume. L’objet était brûlant, comme s’il avait absorbé toute la chaleur du brasier pour la recracher contre sa peau. Il l’ouvrit d’un geste mécanique, presque religieux. La photo à l’intérieur — celle d’un petit garçon de deux ans, Arthur, souriant avec une innocence insolente dans une cour d’école — semblait soudain le brûler au troisième degré.

— Quinze ans... murmura-t-il, sa voix s’étranglant dans une quinte de toux acide provoquée par la fumée résiduelle. Quinze ans que je te cherche dans chaque dossier froid, dans chaque ruelle sordide de ce pays... et tu étais là, sous mes yeux, devenu l’ombre déformée de mon propre sang.

II. Les Racines de l’Innommable

Vance se détourna du spectacle macabre de la maison. Ignorant les ordres de son supérieur, Langevin, qui lui intimait de se rendre à l’hôpital pour soigner ses brûlures au visage, il se dirigea vers la grange. Il savait, d’un instinct viscéral, que le carnage de surface n’était que la partie émergée de l’iceberg. Marc et Hélène n’étaient que les gardiens fanatiques du temple ; le véritable autel du mal, le cœur du réacteur, devait se cacher dans les entrailles de la propriété.

Après avoir fouillé la remise à outils pendant de longues minutes, il découvrit, sous un tas de foin moisi et infesté de vermine, une trappe métallique dissimulée. En la forçant à l’aide d’une barre à mine, il tomba sur un vieux coffre-fort de campagne. À l’intérieur, pas de lingots, pas de bijoux de famille. Juste un journal intime à la couverture de cuir craquelée et un dossier médical jauni, marqué du sceau d’un hôpital psychiatrique fermé depuis dix ans.

Vance s’assit sur un billot de bois, alluma sa lampe torche dont le faisceau tremblotait, et commença sa descente en enfer. Chaque page tournée était un coup de poignard dans son cœur de père.

« 14 septembre 2011. L’enfant s’appelle Arthur Vance. Un nom de lumière pour un être qui appartient déjà au noir. Marc l’a pris alors que son père, ce policier si fier, tournait le devoirs une seconde de trop. Nous n’avons pas seulement volé un fils, nous avons adopté un héritier. Arthur a ce que j’ai toujours eu : la Trinité. Il voit les visages dans les murs. Il comprend, même à sept ans, que le silence est une arme de destruction massive. »

Plus loin, l’écriture d’Hélène devenait plus technique, plus clinique, dénuée de toute humanité. Elle décrivait avec une cruauté jubilatoire comment ils avaient méthodiquement entretenu la “maladie” de l’enfant, utilisant la privation sensorielle et la violence psychologique pour le forcer à régresser, afin qu’il reste leur instrument, leur “Vaisseau”. Mais elle notait aussi sa propre terreur. Elle craignait ce qu’elle avait créé. Elle racontait comment, dès l’âge de six ans, le petit Arthur s’amusait à disséquer les animaux de la ferme avec une précision chirurgicale, observant la vie s’éteindre sans jamais verser une seule larme, le regard vide de toute empathie.

III. L’Éveil du Prédateur

Pendant que Vance déterrait les racines du mal, Léo — ou plutôt celui qui se faisait désormais appeler Arthur dans le secret de son crâne — était déjà à des kilomètres de là. Utilisant les galeries de drainage pluvial qu’il avait explorées pendant des années comme unique terrain de jeu, il était sorti du périmètre de sécurité bien avant que le premier cordon de police ne soit déployé.

Il marchait maintenant d’un pas assuré le long de la route départementale. Son allure n’avait plus rien de la démarche hésitante et voûtée de l’adolescent brisé que Vance avait pris en pitié. Ses épaules étaient droites, sa tête haute, et son regard d’acier fixait l’horizon avec une lucidité qui aurait glacé le sang du plus endurci des profilers. Dans son esprit, le tumulte des voix s’était apaisé pour laisser place à une symphonie macabre. La Trinité n’était plus un conflit de personnalités ; c’était une alliance de guerre.

— Ils sont morts, Léo , murmura la voix de la Femme, l’Architecte, à l’intérieur de sa tête. Le ménage est fait. La maison est propre. Nous pouvons enfin décorer le monde à notre image.

— Et maintenant, on va chasser pour nous-mêmes , répondit l’Homme Noir d’un ton caverneux, une vibration qui fit sourire l’adolescent. Plus de cages. Plus de règles.

Léo s’arrêta devant le panneau rouillé marquant la sortie de Blackwood. Il sortit de sa poche un petit caillou blanc, le dernier talisman de son ancienne vie de victime. Il le considéra un instant avec une indifférence totale, puis le projeta avec mépris dans le fossé boueux. Il n’avait plus besoin de cailloux pour retrouver son chemin. Il était devenu le chemin.

Un souvenir fugace du visage de Vance, déformé par la détresse dans la mine, le fit tressaillir. Un reste d’instinct biologique, une cicatrice dans son cortex, tenta de remonter à la surface.

— Papa... murmura la partie “Enfant”, une voix minuscule étouffée sous des tonnes de glace carbonique.

Mais immédiatement, l’Homme Noir reprit le contrôle, verrouillant la porte de la cave mentale. Léo afficha un sourire prédateur. Il savait que Vance ne lâcherait pas l’affaire. C’était le jeu ultime. Le créateur contre sa créature. Le sang contre le sang.

IV. La Démission du Justicier

Vance referma le journal d’Hélène Fortin. Ses mains, curieusement, ne tremblaient plus. Une résolution froide, presque minérale, s’était emparée de lui. Il sortit son téléphone satellite et composa un numéro qu’il n’avait pas composé depuis des années, celui du bureau du Procureur.

— C’est Elias Vance. Je démissionne. Dites à Langevin que je rends ma plaque et mon arme de service. Elles sont sur le capot de ma voiture.

Il savait qu’il ne pourrait pas sauver ce qu’il restait d’Arthur en restant enchaîné à la procédure. La loi n’avait qu’une réponse pour Léo : une cellule de haute sécurité ou une injection létale. Mais Vance, le père, ne pouvait pas accepter ce verdict. S’il restait une chance, même infinitésimale, d’extraire son fils de la gangue de haine et de folie que les Fortin avaient solidifiée pendant quinze ans, il la saisirait au péril de son âme.

Il se dirigea vers son vieux pick-up noir, garé à l’écart des gyrophares. Dans la boîte à gants, il rangea précieusement la montre à gousset et le journal intime. Il savait que la traque serait longue, épuisante, et qu’elle l’emmènerait probablement au-delà de la légalité. Léo était brillant, manipulateur, et désormais totalement libéré de ses chaînes.

Vance démarra le moteur. Les phares du véhicule percèrent le brouillard matinal, balayant les ruines fumantes de la ferme des Fortin. Il s’élança sur la route, quittant Blackwood sans un regard en arrière. La ville allait peut-être retrouver un semblant de calme, mais pour Elias Vance, l’Âge de la Peur ne faisait que commencer. Il allait poursuivre son fils jusqu’aux portes de l’enfer, non pas pour l’arrêter, mais pour tenter de racheter son silence de père, dussé-il devenir lui-même le monstre qu’il avait toujours traqué.