L'ÉCHO DU PASSÉ
I. La Forteresse de Solitude (Aujourd’hui)

Le vent de l’Arctique hurlait contre les parois de cristal de la Forteresse, mais à l’intérieur, le silence était absolu. Superman, encore marqué par sa dernière mission dans l’espace, tenait entre ses doigts un fragment d’astéroïde noirci. Au centre de la roche calcinée brillait un cristal rouge d’une intensité inhabituelle, vibrant d’une fréquence qu’il ne connaissait pas.
Il s’approcha de la console centrale. D’un geste solennel, il inséra le cristal dans l’interface.
Le dôme de la Forteresse s’obscurcit instantanément. Des milliers de faisceaux de lumière rouge jaillirent du sol, convergeant pour former une silhouette holographique massive. Un homme aux traits nobles, le regard empreint d’une sagesse millénaire, apparut devant lui.
— Bonjour, Kal-El. Je suis Sirius, ton grand-père.
La voix était profonde, résonnant comme un écho venu du fond des âges. Superman resta pétrifié. C’était la première fois qu’il entendait cette voix.
— J’aimerais te dire voici comment tout a commencé. C’est une histoire faite de sacrifices et de victoires. Tu sauras maintenant comment ta famille, la lignée des Hell, a combattu contre l’Anarchie de RAO qui a pris le pouvoir de notre monde. Cette histoire ne te dira pas comment nous sommes morts, mais comment nous avons vécu, 300 ans avant que tu ne sois arrivé sur Terre. Notre maison était sur le point de disparaître, notre lignée était en danger. Tout a commencé avec mon grand-père, Silinius... Voici mon histoire, mon petit-fils.
L’hologramme de Sirius s’estompa, et les parois de la Forteresse semblèrent se dissoudre pour laisser place à une vision du passé, transportant l’esprit de Kal-El à travers le temps et l’espace.
II. Le Cœur de Verre (Cité de Argo – 300 ans avant Kal-El)
La vision se stabilisa sur la salle du Grand Conseil de la cité d’Argo. Les murs de cristal de quartz, hauts de cent mètres, convergeaient vers une voûte céleste où les deux lunes de Krypton brillaient en plein jour.
Au centre de l’amphithéâtre, Silinius Hell se tenait droit. Il n’était pas un guerrier, mais un homme de science dont les yeux brûlaient de la même détermination que ceux de son futur arrière-arrière-petit-fils.
— Membres du Conseil, regardez la vérité en face ! s’exclama Silinius.
D’un geste précis, il activa sa console. Une sphère représentant Krypton apparut, mais elle n’était plus le joyau stable que tous croyaient. Des fissures écarlates parcouraient son noyau, s’étendant comme les veines d’un corps malade. Un son rythmique, lourd et métallique, commença à résonner dans la salle : TIC... TAC... TIC...
— Ce que vous entendez, c’est le compte à rebours de notre monde, reprit Silinius. Le noyau se déstabilise. Si nous ne cessons pas immédiatement les forages géothermiques profonds ordonnés par l’Anarchie de RAO, nous condamnons nos enfants à l’extinction.
III. La Sentence de l’Ombre
Le silence qui suivit fut rompu par une voix caverneuse. Du haut du trône de cristal noir, l’Archidiacre de l’Anarchie de RAO, dont le visage était masqué par une capuche de ténèbres, se leva.
— Silinius Hell... Tu oses profaner cette enceinte avec tes calculs de mort ? RAO est éternel. Dire que notre monde peut mourir, c’est dire que RAO peut faillir. C’est une hérésie.
— La science n’est pas une opinion, Archidiacre ! répliqua Silinius. J’ai ici les preuves que la lignée des Hell a collectées. Dans ce fragment de cristal se trouve la clé de notre survie : l’exploration spatiale. Nous devons partir.
L’Archidiacre pointa un doigt vers lui : — La science est désormais proscrite. Vos laboratoires seront scellés. Et vous, Silinius... vous serez conduit aux Terres Gelées du Nord pour y mourir dans le froid.
Les gardes s’élancèrent, mais Silinius avait anticipé. D’un mouvement rapide, il déclencha une surcharge de la console, plongeant le Conseil dans un chaos d’étincelles rouges. Dans la fumée, il s’échappa vers le parking des hangars où le jeune Sirius l’attendait déjà dans un vaisseau de transport rapide.
— Souviens-toi de ce jour, Sirius, murmura Silinius alors qu’ils s’élançaient dans les cieux pourpres d’Argo. Aujourd’hui, nous devenons les gardiens de l’avenir.