L'Âge des Fragments - Tome 1

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Summary

Le calme ne dure jamais. Quand l’Odre frappe Myrin, il ne laisse rien derrière lui — seulement du silence, et ceux qui survivent. Erian en fait partie. Mais survivre a un prix. Lié à une force qu’il ne comprend pas, il découvre que l’Odre ne sauve pas. Il transforme. Il révèle. Et parfois, il détruit ce qu’il touche — y compris ceux qui veulent bien faire. Sur les routes, entre villages brisés et phénomènes impossibles, Erian s’allie à Kael, un homme qui traque l’Odre depuis des années, et à d’autres survivants marqués comme lui. Ensemble, ils cherchent à comprendre ce qui se répand dans le monde… avant que cela ne les consume à leur tour. Car plus Erian utilise ce pouvoir, plus une vérité s’impose : 👉 l’Odre ne choisit pas ses victimes. 👉 il révèle ce qu’elles sont déjà. Et certaines choses ne devraient jamais être révélées. ⚔️ Dark fantasy — survie, transformation, irréversible Ici, les bonnes intentions ne sauvent personne.

Genre
Horror/Fantasy
Author
Loïc
Status
Ongoing
Chapters
15
Rating
n/a
Age Rating
16+

CHAPITRE I - Le souffle de Myrin

Myrin, petit village niché entre falaises abruptes et mer grise, semblait figé dans un souffle suspendu. Ici, les légendes glissaient au creux du vent, mais les hommes préféraient le silence — un silence plus lourd que la tempête la plus sombre.

Erian se souvenait du jour où Serra lui avait appris à réparer les filets. “Tu réfléchis trop”, avait-elle dit en riant, ses mains agiles nouant les mailles. “Parfois il faut juste faire confiance à ses mains.” Jarn avait acquiescé, ajoutant de sa voix grave : “La mer t’apprend ça. Elle ne pardonne pas l’hésitation.”

“Tiens-toi droit, petit frère”, lui répétait Serra en ajustant ses filets. “Sinon le vent te pliera comme un roseau.” Erian levait toujours les yeux au ciel, mais il s’en souvenait à chaque rafale.

Elle fredonnait toujours le même air en travaillant — cette mélodie que leur grand-mère chantait, cette berceuse qui l’endormait quand les cauchemars le réveillaient.

À l’aube, la brume s’étirait encore sur les toits de chaume. Les barques reposaient, immobiles, bercées par une mer d’huile. Dans les ruelles étroites, les pas lourds des pêcheurs froissaient l’herbe mouillée tandis que les premières flammes crépitaient sous les foyers. L’odeur de bois brûlé flottait dans l’air humide, mais quelque chose clochait — les mouettes ne criaient pas.

Erian avançait lentement, les mains enfouies dans ses poches, le regard fixé vers l’horizon terne. Un frisson lui parcourut l’échine. Un souffle froid, étrange pour la saison, effleurait sa peau. L’air avait un goût métallique qui lui collait à la langue. Il connaissait ce goût — celui d’avant la grande tempête de ses huit ans, celle qui avait emporté les Vernet.

— Tu traînes encore, gamin ? gronda une voix rauque.

Serra passa à ses côtés, un sourire aux lèvres qui ne parvenait pas à dissimuler l’inquiétude dans son regard.

— Il cherche cette mer qui s’est tue, murmura-t-elle. Écoute... même les vagues ont cessé de murmurer.

Jarn s’approcha, essuyant machinalement ses mains sur son pantalon — un geste nerveux qu’Erian lui connaissait depuis l’enfance. Toujours trois fois, jamais deux. Une manie que papa trouvait amusante. Erian détourna les yeux. Ce tic réapparaissait toujours quand quelque chose n’allait pas.

— Ce silence... commença Toras en sortant de sa cabane.

— Tu crois qu’on ne le sait pas ? coupa Jarn, la mâchoire serrée. Les mouettes ont disparu depuis trois jours. Et regarde la mer... elle ne bouge plus.

Au bord de la falaise, Erian s’immobilisa, scrutant l’abîme où la mer semblait retenir son souffle. Il inspira profondément, cherchant le goût familier du sel. Mais ce qu’il perçut le glaça — un vide oppressant, comme si la vie s’était retirée. L’odeur lui rappela celle des filets oubliés sur la grève. Morte. Stagnante. Ses doigts se crispèrent au fond de ses poches.

De sa cabane sombre, Toras apparut lentement, sa barbe blanche flottant au vent. Il tapotait nerveusement sa canne contre sa jambe, le bois cognant en rythme irrégulier.

— Mes ancêtres parlaient de ces signes, murmura-t-il, sa voix chevrotante portée par le vent. Quand la mer se tait, quand l’air a ce goût de cuivre... c’est que quelque chose se réveille.

Près du feu, une vieille femme recroquevillée souffla, fataliste :

— La Marée Silencieuse approche. Mon père appelait ça le “Souffle”. Ma grand-mère disait “Odre”...

Elle cracha dans les flammes qui grésillèrent.

— Peu importe le nom. Ça tue pareil.

Un frisson glacé descendit le long de la colonne vertébrale d’Erian. Quelque chose dans ces mots résonnait — une vérité qu’il ne comprenait pas encore.

Cette nuit-là, la mer se retira brutalement, dévoilant un sable luisant sous la lune. Un brouillard épais s’étendit sur Myrin, et l’odeur métallique envahit l’air, si forte qu’Erian dut respirer par la bouche. Des cris perçants déchirèrent l’obscurité, puis un silence absolu s’abattit — mais pas l’absence de son. Quelque chose de différent. Un silence qui écoutait.

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