L'Ombre du Propriétaire

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Summary

RÉSUMÉ : L'OMBRE DU PROPRIÉTAIRE Dayna pensait avoir trouvé un refuge en achetant cette vieille maison isolée, une chance de laisser derrière elle un passé qui la hantait. Mais dès son arrivée, la bâtisse semble respirer en même temps qu'elle. En découvrant un carnet en cuir scellé sous une latte du grenier, elle réalise que l'ancien occupant n'était pas un simple disparu, mais un prédateur dont l'obsession durait depuis des décennies. Le malaise devient insoutenable quand Dayna comprend que le carnet contient des croquis d'elle... datant de son enfance. Alors que des bruits de grattements s'intensifient dans les cloisons et que ses proches sont victimes d'incidents inexpliqués, une vérité terrifiante émerge : le propriétaire n'est jamais parti. Il vit dans les interstices de la maison, l'observant à travers les murs, attendant le moment où "sa muse" sera enfin prête pour le chapitre final de son œuvre macabre. Aidée par son ami Jakes, Dayna va devoir transformer son sanctuaire en champ de bataille pour briser le lien toxique qui l'unit à ce monstre depuis sa naissance.

Status
Complete
Chapters
10
Rating
n/a
Age Rating
16+

LE SEUIL DU SILENCE

Le premier carton était le plus lourd. Il contenait les livres d’art de Dayna et, tout au fond, caché sous des couches de papier bulle, le portrait de sa mère qu’elle n’avait pas eu le courage d’accrocher depuis des années.

Dayna posa le carton sur le parquet de l’entrée. Le son résonna dans toute la maison, un écho sec qui semblait monter jusqu’aux chevelures de poussière du plafond. Elle frissonna. Ce n’était pas le froid — bien que l’air du Maine soit déjà piquant en ce mois d’octobre — mais cette sensation de pénétration. En franchissant le seuil, elle avait eu l’impression de rompre un silence qui durait depuis des décennies.

C’est chez toi, Dayna. Respire., murmura-t-elle pour elle-même.

Elle fit le tour de la pièce principale. Les murs étaient recouverts d’un papier peint jauni, dont les motifs floraux ressemblaient à des visages déformés si on les fixait trop longtemps. La cuisine, avec ses vieux carreaux de céramique fissurés, sentait le renfermé, la cire d’abeille et... autre chose. Une pointe métallique, comme l’odeur d’une vieille pièce de monnaie oubliée dans une main moite.

Un craquement sonore retentit au-dessus d’elle. Le grenier.

Dayna se figea, le cœur battant contre ses côtes. C’était sûrement le bois qui travaillait avec le changement de température. C’est ce que Jakes lui avait dit au téléphone : “Les vieilles bâtisses ont une âme, Dayna. Elles grognent un peu quand un étranger s’installe.”

Mais Dayna n’était pas une étrangère. Elle avait l’étrange impression, en caressant du bout des doigts la rampe d’escalier sculptée, que la maison la reconnaissait. Que les fibres du bois se soulevaient pour accueillir sa peau.

Elle monta à l’étage, ses pas lourds sur les marches qui gémissaient à chaque pression. Arrivée sur le palier, elle vit la porte du grenier. Elle était légèrement entrouverte, révélant une fente de noir absolu.

Dayna se souvint des paroles de l’agent immobilier : “Le propriétaire précédent est parti précipitamment, il a laissé quelques affaires là-haut. Rien d’important.”

Rien d’important. Alors pourquoi sa main tremblait-elle autant en approchant de la poignée ? Pourquoi avait-elle l’impression que, derrière cette porte, quelqu’un retenait son souffle en même temps qu’elle ?

Elle poussa la porte. Le grincement fut si aigu qu’il lui déchira les tympans. Le grenier était vaste, encombré de vieux meubles recouverts de draps blancs, tels des fantômes pétrifiés. La poussière dansait dans le faisceau de sa lampe torche.

Elle fit un pas. Le plancher céda légèrement sous son pied droit. Un bruit de papier froissé.

Dayna s’accroupit. Sous la latte de bois mal fixée, une lueur sombre attira son regard. Elle glissa ses doigts dans la fente, sentant la rugosité du cuir froid. Elle tira.

C’était un carnet. Épais. Scellé par un lacet de cuir noirci par le temps. Sur la couverture, une seule inscription, gravée si profondément que le cuir en était déchiré : “MA MUSE”.

À cet instant précis, le courant sauta. La maison fut plongée dans le noir complet, et Dayna entendit, tout près de son oreille, le bruit d’un ongle qui gratte contre la cloison.

Gratt... Gratt... Gratt...