Les Traces Que Tu Laisses

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Summary

Dans un campus prestigieux, Amélia veut simplement recommencer à zéro et mener une vie normale. Mais entre une nouvelle amie aussi solaire qu'imprévisible et un garçon aussi arrogant que troublant, son quotidien devient vite... instable. Alors que les soirées s'enchaînent et que les liens se tissent, des détails dérangeants apparaissent : des souvenirs flous, des réactions étranges, et des rumeurs inquiétantes qui circulent sur le campus.

Genre
Romance
Author
ymazee7
Status
Ongoing
Chapters
5
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1

Il y a quelque chose d’honnêtement pathétique dans le fait de s’arrêter au milieu d’un couloir, valise à la main, à regarder les gens passer comme si on cherchait son nom dans leurs visages.

Je ne le faisais pas.

Enfin — pas vraiment.

Je regardais juste. C’est différent.

Hartwell University sentait la cire de parquet, le café refroidi et les ambitions mal calibrées. Un parfum que j’avais décidé d’apprécier, parce que c’était ici que tout recommençait. Nouvelle ville. Nouveau campus. Nouveau semestre. Nouvelle moi — quoique cette partie du programme était franchement facultative.

Je m’appelle Amélia Voss. J’ai dix-neuf ans, une valise trop lourde, et une capacité assez impressionnante à me convaincre que cette fois, les choses seront différentes.

Le bâtiment des résidences s’appelait le Pavillon Cendres. Un nom poétique pour des murs en béton jauni et des radiateurs qui cognaient comme si quelqu’un vivait à l’intérieur. Ma chambre — 214 — était au deuxième étage, au bout d’un couloir qui tournait bizarrement vers la gauche, comme si l’architecte avait changé d’avis en cours de route.

Je jetai ma valise sur le lit de droite, ouvris la fenêtre, regardai le campus s’étaler sous mes yeux.

Pelouses vertes. Fontaine centrale. Groupes d’étudiants éparpillés comme des figurants dans un film que je n’avais pas choisi de jouer.

Parfait,pensai-je.Exactement ce dont j’avais besoin.

Un endroit assez grand pour disparaître dedans.

La colocataire que l’administration m’avait assignée s’appelait — selon la fiche collée sur la porte —Priya Sharma. Elle n’était pas là. Son côté de la chambre était déjà impeccablement organisé : livres rangés par couleur, photos encadrées, petite plante verte sur le rebord de fenêtre.

Le genre de chambre qui crieje suis quelqu’un de stable et équilibréà qui veut bien l’entendre.

Je posai mon sac à dos sur mon bureau et décidai que j’allais commencer par les choses importantes : trouver une cafétéria, identifier les sorties de secours, et établir un périmètre de solitude acceptable.

Ce dernier point était crucial.

Je n’avais pas besoin d’amis. J’avais besoin d’espace. De calme. D’une vie où personne ne me posait des questions sur l’année d’avant.

Plan solide.

Plan qui dura exactement sept minutes.

La cafétéria du Pavillon était au rez-de-chaussée, au bout d’un couloir décoré d’affiches pour des clubs que personne ne rejoignait vraiment — Club Photo, Association des Débatteurs Engagés, Cercle de Lectureet autres.

Je m’y glissai, pris un plateau, regardai le contenu des bacs avec l’enthousiasme d’une personne qui a déjà mangé des pâtes molles dans trop d’établissements différents.

— T’as l’air de quelqu’un qui envisage sérieusement de manger son plateau plutôt que ce qu’il y a dedans.

Je levai les yeux.

Une fille. Environ mon âge. Cheveux noirs coupés court sur la nuque, longue mèche qui retombait sur un œil, sourire en coin absolument inattendu. Elle portait un t-shirt délavé avec une inscription illisible et tenait son plateau comme si c’était un bouclier contre l’ennui.

— C’est une option sérieuse, répondis-je. T’as déjà goûté la sauce bolognaise ?

— Une fois. J’ai juré de ne plus jamais recommencer.

Elle désigna la table derrière elle d’un mouvement de tête.

— T’es nouvelle ? Je t’ai pas vue l’an dernier.

— Arrivée aujourd’hui.

— Je m’appelle Anna.

Elle dit ça simplement. Comme une évidence. Comme si nous étions déjà amies et qu’elle me rappelait juste son prénom parce que j’aurais pu l’oublier.

— Amélia.

— Tu viens manger avec moi ?

Voilà comment ça s’était passé. Pas de grandes manœuvres, pas de protocoles sociaux élaborés. Juste une fille avec un sourire inattendu et une aversion pour la sauce bolognaise.

Je m’assis.

Et c’est ainsi que commença ma vie à Hartwell.

Anna parlait avec les mains. Elle avait ce genre d’énergie électrique qui rend les gens nerveux ou qui les attire — rarement les deux à la fois. Elle avait grandi à Lyon, détestait les maths et adorait les documentaires sur les crimes non résolus. Elle avait une façon de regarder les gens comme si elle lisait quelque chose qu’ils n’avaient pas écrit.

Moi, je l’écoutais.

Ce que je faisais rarement avec des inconnus.

— T’es en quelle filière ? demanda-t-elle en piquant un bout de pain dans mon assiette sans demander la permission.

— Criminologie. Droit option sciences forensiques.

Elle me regarda, surprise, puis éclata de rire.

— T’as l’air tellement normale pour quelqu’un qui étudie les tueurs en série.

— Je prends ça comme un compliment.

— C’en était un.

Elle sourit. Un vrai sourire, pas le genre calculé qu’on voit partout en première semaine. Elle me montra la salle en faisant une rotation du menton, nommant les gens comme si elle distribuait des cartes dans un jeu dont j’ignorais les règles.

— Là-bas : Jade Merret, popularité garantie, QI émotionnel douteux. Très utile si t’as besoin de savoir tout ce qui se passe sur le campus. À côté d’elle : Lucas Ferrier, gentil comme tout, un peu perdu dans sa propre tête. Et...

Elle s’arrêta.

Je suivis son regard.

— Et lui ? demandai-je.

Il était adossé contre le mur du fond, plateau posé à côté de lui sans qu’il y touche, les bras croisés, à regarder la salle avec l’air de quelqu’un qui est là sans vraiment être là. Mâchoire carrée, yeux sombres, quelque chose de délibérément fermé dans sa posture.

— Noa Rivière, dit Anna.

Quelque chose dans sa voix avait changé. Très légèrement. Comme si le nom avait un goût différent des autres.

— Il est là depuis combien de temps ?

— Deux semaines. T’es pas la seule à arriver en retard.

— Il est en quoi ?

— Personne sait vraiment.

Comme sur commande — et je déteste quand ça arrive — il tourna la tête. Croisa mon regard. Ne le détourna pas tout de suite.

Je fus la première à regarder ailleurs.

— Charme douteux, commentai-je.

— Ou autre chose, dit Anna.

Je ne sus pas quoi répondre à ça.