Le Patient Zéro

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Summary

​Résumé : Le Patient Zéro des Caraïbes ​L'histoire s'ouvre sur un paradis tropical qui vire au cauchemar organique. Lorsqu'une météorite s'écrase sur une île isolée des Caraïbes, elle libère une forme de vie extraterrestre d'une simplicité terrifiante : un ver blanc immortel. Le premier humain à s'approcher de l'impact devient l'hôte malgré lui ; le parasite pénètre par le globe oculaire pour fusionner avec le système nerveux et prendre le contrôle total des fonctions motrices. ​À l'intérieur de ce premier corps, le ver se multiplie de façon exponentielle, transformant l'hôte en un vecteur de contagion vivant. La stratégie du parasite est implacable : capturer d'autres humains pour leur implanter de nouveaux vers, étendant ainsi une conscience collective silencieuse et mortelle. La scientifique Rebekah, accompagnée de son adjoint et d'une unité de soldats d'élite, est dépêchée sur place. Dans l'humidité étouffante de la jungle, ils devront trouver une faille biologique à un être qui ne meurt pas, avant que le "Grand Blanc" ne s'échappe de l'île pour contaminer le reste de la planète.

Status
Complete
Chapters
15
Rating
4.0 1 review
Age Rating
16+

LA CHUTE DU CIEL

​Le paradis avait une odeur de soufre et de chair brûlée.​ Mateo n’avait jamais vu un ciel aussi noir. À vingt-quatre ans, ce pêcheur de la Grenade connaissait chaque nuance du crépuscule caribéen, mais ce soir-là, l’obscurité semblait solide, presque huileuse. Puis, il y avait eu ce sifflement. Un déchirement atmosphérique si violent que les vitres de sa bicoque en bois avaient éclaté en mille morceaux.

Une traînée de feu émeraude avait balayé les étoiles avant de s’abîmer dans le sable de l’Anse Noire, à quelques centaines de mètres de là.​ Poussé par une curiosité qui allait sceller son destin, Mateo ne réfléchit pas. Il ne pensa ni à sa mère restée au village, ni aux avertissements des anciens sur les colères du ciel. Il courut.​Lorsqu’il franchit la ligne des palmiers, le spectacle le cloua sur place.

La plage, d’ordinaire si paisible, ressemblait à une zone de guerre. Au centre d’un cratère fumant, une roche de la taille d’un baril de pétrole palpitait d’une lueur résiduelle. Le sable autour avait fondu, transformé en un verre noir et tranchant par la chaleur extrême de l’entrée atmosphérique.​

— Qu’est-ce que c’est que ce truc… murmura-t-il, sa propre voix lui paraissant étrangère dans le silence oppressant de l’île.​Il s’approcha, la sueur coulant le long de sa tempe. L’air était saturé d’électricité statique, faisant dresser les poils de ses bras. La météorite n’était pas une simple pierre.

Elle était recouverte d’une sorte de croûte calcaire, parsemée de fissures qui semblaient respirer. ​C’est alors qu’il le vit.​À travers l’une des failles, quelque chose bougea. Une forme d’un blanc laiteux, presque luminescente. Ce n’était pas un minéral. C’était organique.

Mateo se pencha davantage, son visage à moins de trente centimètres de la paroi rocheuse. Ses yeux s’écarquillèrent pour mieux discerner la créature.​ Soudain, la croûte explosa.​Ce fut plus rapide qu’un battement de cil. Une tige souple, d’un blanc de porcelaine, jaillit du cœur de la météorite. Avant que Mateo ne puisse reculer, la chose s’enroula autour de son visage avec une force mécanique. Il ne put même pas hurler.

Un froid polaire, surnaturel, envahit ses narines, mais la cible du parasite était bien plus précise.​Le ver, long d’une dizaine de centimètres, se cabra et s’enfonça directement dans le globe oculaire gauche de Mateo. ​La douleur fut une décharge électrique qui grilla ses circuits nerveux. Il sentit la membrane de son œil céder dans un craquement humide.

Le ver ne se contentait pas de piquer ; il s’insinuait, glissant derrière l’iris, dévorant le nerf optique avec une efficacité chirurgicale pour se frayer un chemin vers le cerveau.​Mateo s’effondra sur le sable brûlant, son corps secoué de convulsions violentes. Ses mains griffaient le sol, ses doigts s’enfonçant dans le sable noir jusqu’à saigner. À l’intérieur de son crâne, il sentait la progression du parasite. C’était une sensation de viol mental, une invasion totale.

Le ver blanc s’enroulait autour de son tronc cérébral, débranchant sa conscience comme on coupe les fils d’une marionnette.​Pendant plusieurs minutes, le corps de Mateo resta immobile, tordu dans une position inhumaine.​ Puis, un doigt bougea. Puis un autre.​Le corps se releva avec une lenteur effrayante, les articulations craquant bruyamment. Mateo n’était plus là. Ce qui habitait cette enveloppe de chair regardait maintenant le monde à travers un seul œil valide. L’autre, l’œil gauche, était devenu une fenêtre sur l’abîme.

La pupille avait disparu, remplacée par une masse blanche et tourbillonnante qui semblait vibrer sous la cornée.​Le parasite testa ses nouveaux membres. Il inspira profondément, l’air chaud de la mer remplissant ses poumons d’hôte. À l’intérieur du ventre de Mateo, la multiplication avait déjà commencé.

Le “Grand Blanc” n’était pas seul. Il se scindait, créant des copies de lui-même qui rampaient déjà vers les muscles, prêtes à être expulsées vers de nouvelles proies.​ Une lumière apparut au loin, près des premières maisons du village. Quelqu’un arrivait. Une lampe torche balayait le sable.​

— Mateo ? C’est toi ? Mateo, tu as vu ça ?​ C’était la voix de Carlos, son meilleur ami.​ Le parasite inclina la tête sur le côté, un mouvement saccadé, reptilien. Un sourire sans aucune émotion humaine étira les lèvres de Mateo. La faim n’était pas gastrique, elle était biologique. Il fallait s’étendre. Il fallait capturer. ​Sans un bruit, avec une agilité que le vrai Mateo n’avait jamais possédée, l’hôte se glissa dans l’ombre des palmiers, se préparant à accueillir son premier invité. L’invasion des Caraïbes venait de commencer, et elle ne faisait aucun prisonnier.