L'Essence de Zérius Tome 1

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Summary

​Résumé de l'Histoire : "L'Essence de Zrius" ​Dans la galaxie de Zrius, deux fois plus vaste que la nôtre, le Sénat des Sorciers corrompu règne d'une main de fer, siphonnant l'énergie vitale (l'Essence) des mondes périphériques. Le dernier rempart contre cette tyrannie est l'ordre des Chevaliers du Pouvoir, des mages capables de manipuler la matière, de se téléporter ("Saut-Ombre") et de transmuter l'air. ​Kaelen, un jeune homme hanté par la perte de ses parents lors d'une catastrophe spatiale, possède un potentiel magique inouï. Recruté par Nyx, une ex-archiviste du Sénat devenue rebelle, il commence son entraînement. Mais le Sénat piège Kaelen par une manipulation cruelle : ils lui promettent de ramener ses parents de l'entre-deux dimensions s'il utilise le "Puits des Âmes", une source interdite. Consumé par l'espoir et la magie sombre, Kaelen devient l'exécuteur du Sénat, traquant ses anciens alliés avant d'affronter la terrible réalité de sa trahison. Un

Status
Complete
Chapters
20
Rating
5.0 1 review
Age Rating
13+

Les Poussières de Verre

Tome II : Le Pacte des Murmures, disponible maintenant.

Le ciel de la planète Xylos n’était jamais bleu. Il oscillait entre un gris métallique et un violet électrique, le reflet constant de la jungle de cristal qui recouvrait 90% de la surface. Sur ce monde hostile, la lumière n’était pas une source de vie, mais une menace prismatique qui pouvait aveugler un homme en quelques secondes s’il ne portait pas ses lunettes de protection en plomb. Pour un enfant de dix ans comme Kaelen, le monde ne se résumait pas à des paysages, mais à des sons et des odeurs : le bruit strident des pioches contre le quartz, le bourdonnement des foreuses thermiques, et cette odeur d’ozone, piquante et métallique, qui précédait toujours les tempêtes d’Essence.


Ce jour-là, Kaelen était accroupi dans une crevasse étroite, à l’écart de la galerie principale. Ses petites mains, protégées par des gants de cuir élimés, grattaient la roche avec une précision chirurgicale. Il cherchait des éclats de “Cœur-Pur”. Ces fragments translucides, qui palpitaient d’une lueur azurée, étaient la seule monnaie acceptée par les marchands du Sénat. Pour le peuple de Xylos, c’était le prix de la survie ; pour le Sénat, c’était simplement du carburant pour leurs cités flottantes.

À ses côtés, son père, un homme dont le visage semblait avoir été sculpté dans la roche elle-même, s’arrêta pour reprendre son souffle. Ses mains étaient un désastre de cicatrices et de brûlures, résultat de décennies de contact avec le cristal brut qui, par nature, cherchait à absorber l’énergie environnante. Il regarda son fils avec un mélange de fierté et d’immense tristesse.

— « Ne touche jamais le cristal avec ta peau nue, Kaelen, » murmura-t-il, sa voix couverte par le vacarme ambiant. « Il ne se contente pas de briller. Il boit ta chaleur. Il boit ta vie. Il cherche à combler le vide qui est en lui en volant ce qui nous reste d’humanité. »

Kaelen hocha la tête, mais ses yeux restaient fixés sur la veine scintillante qu’il venait de mettre à jour. Il ignorait encore que la chaleur qu’il ressentait dans sa propre poitrine n’était pas due à l’effort physique, mais à une résonance. Le cristal ne buvait pas son énergie ; il lui répondait.

Soudain, le silence tomba sur la mine. Un silence si lourd qu’il semblait écraser les poumons. Puis, le sol se mit à vibrer. Ce n’était pas un tremblement de terre ordinaire, de ceux provoqués par les plaques tectoniques. C’était une vibration haute fréquence. Les cristaux géants qui surplombaient la mine, des monolithes de plusieurs centaines de mètres de haut, commencèrent à chanter. Un son aigu, insuportable, qui fit saigner les oreilles des ouvriers les plus fragiles.

Kaelen porta ses mains à ses tempes. À travers l’étroite ouverture de la grotte, il vit le ciel se déchirer. Des nuages de soufre furent balayés par l’arrivée de vaisseaux noirs, massifs, en forme de monolithes inversés. Ils descendaient de l’orbite avec une lenteur terrifiante, sans aucun bruit de moteur, portés uniquement par la force de gravitation manipulée.

— « Le Sénat... » souffla son père, le visage blême sous la poussière de verre. « Ils sont en avance. Ils viennent pour la récolte forcée. »

La panique gagna les galeries. Les ordres des surveillants furent remplacés par des cris d’effroi. Le Sénat des Sorciers ne demandait jamais la permission. Quand leurs besoins en Essence augmentaient, ils venaient la puiser directement à la source, au mépris de la structure même des mines.

Une onde de choc invisible, un “poids” magique, frappa la mine de plein fouet. Le Sénat utilisait des Mages de Classe C pour stabiliser les vaisseaux, mais la pression de leur pouvoir déstabilisait la roche. Les piliers de soutien, vieux et rongés par l’érosion magique, explosèrent en mille éclats.

Kaelen vit la scène au ralenti. Sa mère, qui travaillait dans la section de tri à cinquante mètres de là, se redressa, cherchant ses proches du regard. Juste au-dessus d’elle, une voûte entière de cristal noir commença à se fissurer. Un bloc de plusieurs tonnes, hérissé de pointes acérées, se détacha.

— « MAMAN ! » hurla Kaelen.

Le temps s’arrêta. Littéralement. Dans l’esprit du garçon, les particules de poussière en suspension cessèrent de bouger. Il ne réfléchit pas. Il n’y avait plus de peur, plus de douleur, seulement une volonté pure, brute, incendiaire. Il ressentit une chaleur insupportable dans sa poitrine, comme si son cœur venait de se transformer en un soleil miniature.

Il projeta ses mains en avant.

Le bloc de pierre s’arrêta net. Il flottait à peine à un mètre au-dessus du sol, entouré d’une aura de lumière bleue électrique qui crépitait comme un orage en cage. Les yeux de Kaelen, autrefois bruns, étaient devenus d’un blanc pur, dégageant des fumerolles d’énergie. Le poids de la roche n’était rien comparé à la pression qu’il ressentait à l’intérieur de son crâne. C’était comme si l’univers entier essayait de passer par le chas d’une aiguille.

— « Kaelen ! » cria son père, figé entre la terreur de la mort imminente et l’émerveillement face à l’impossible. « Arrête ! Ça va te tuer ! »

Mais Kaelen ne pouvait pas arrêter. S’il lâchait, sa mère mourrait. Il puisa plus loin, plus profondément dans cette réserve inconnue. Il ne se contenta pas de porter la pierre ; il commença à tordre la réalité elle-même sans le savoir. Ses doigts tremblaient, et là où il touchait l’air, des fissures noires apparaissaient dans l’espace.

— « Je... je ne peux pas... » articula-t-il dans un râle de douleur.

Dans un spasme de panique pure, l’instinct de survie prit le dessus. Kaelen ne voulait plus seulement sauver sa mère, il voulait qu’ils soient ailleurs. Loin de la douleur, loin du Sénat, loin de Xylos.

Une décharge d’Essence pure balaya la mine, aveuglant tout le monde. Une faille de Saut-Ombre, instable et vorace, s’ouvrit sous ses pieds et s’étendit pour englober son père et sa mère. C’était un trou noir de néant, une déchirure dans le tissu de la galaxie de Zrius.

Ils tombèrent.

Le voyage ne dura que quelques secondes, mais pour Kaelen, ce fut une éternité de supplice. Il était dans l’entre-deux, l’espace où la matière n’existe plus. Il sentait la main de son père dans la sienne, une poigne de fer, désespérée. Mais la faille était trop sauvage, trop gourmande. La distorsion spatiale commença à étirer leurs corps.

— « Garde les yeux fermés ! » hurla son père, mais sa voix semblait venir d’un autre siècle.

Kaelen sentit une secousse violente. Le vide réclamait son dû. Dans un hurlement silencieux, la main de son père glissa. Puis celle de sa mère, qu’il tenait de l’autre bras, fut arrachée par un courant d’énergie pourpre. Leurs visages, déformés par la terreur et une tristesse infinie, furent les dernières images qu’il enregistra avant que l’obscurité ne devienne totale.


Le garçon fut recraché avec une violence inouïe. Il roula sur un sol sec, brûlant et sablonneux. L’air était rare. Ses poumons brûlaient. Il resta allongé là, le visage contre la poussière rouge d’une planète inconnue dans la bordure extérieure de Zrius.

Deux minutes s’étaient écoulées depuis l’effondrement de la mine.

Kaelen se redressa péniblement, ses mains griffant le sable. Il appela, sa voix n’étant plus qu’un croassement brisé. — « Papa ? Maman ? »

Seul le sifflement du vent lui répondit. Il regarda ses mains. Les gants de cuir avaient brûlé, révélant une peau intacte mais marquée par des veines bleues qui s’estompaient lentement. Il était seul. Il avait dix ans. Et il venait de découvrir que le pouvoir qui l’habitait faisait de lui l’être le plus recherché de la galaxie.

L’histoire de Kaelen commençait dans le deuil, mais elle finirait dans le sang des sorciers.