CHAPITRE 1- LA VILLE NE DORT JAMAIS COMPLÈTEMENT
La ville avait cette manière étrange de sembler vivante même lorsqu’elle était en train de mourir.
Les néons restaient allumés comme des yeux fatigués qui refusaient de se fermer. Les bus continuaient de passer à vide, les distributeurs automatiques bourdonnaient dans des rues désertes, et les gens, eux, s’enfermaient chez eux en pensant que les murs suffiraient à les protéger de tout.
Sarah Cooper observait cette illusion depuis sa fenêtre.
Son appartement était silencieux. Trop silencieux.
Le genre de silence qui ne repose pas — qui attend.
Elle tenait une tasse de café froid entre ses mains sans vraiment y penser. Elle ne buvait plus vraiment pour le goût. C’était devenu un geste mécanique, une façon de garder ses mains occupées quand son esprit commençait à dériver.
Depuis trois ans, tout dérivait.
Elle regarda l’heure.
22h16.
Rien d’important ne se passe jamais à 22h16, pensa-t-elle.
Puis le bruit est arrivé.