Amour, Gloire et Empire

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Summary

Asra d'Eranthe est une des filles nobles les plus populaires de l'Empire d'Elysium. Rien ne lui manque: La beauté, la richesse et l'estime. Enfin, voilà ce que les gens croient. Parce que en vérité, Asra est déséspérement solitaire, et se jette dans les aventures sans lendemain avec abandon par espoir de ressentir l'amour. Peu importe à son père. Le baron d'Eranthe décide que sa fille doit épouser le prince Hélio, le future empereur d'Elysium. Aussi beau qu'il est arrogant, séduisant et charmant, il est également obsédé par Asra d'Eranthe. Il considère l'amour comme une conquête et est certain qu'il finira par posséder entièrement l'insensible Asra. Et elle? Elle le considère comme horripilant. Alors que l'officialisation de leur fiançailles déclenche un véritable raz de marée pour de multiples raisons, une des raisons étant que le père d'Asra est né roturier, elle revoit une ancienne connaissance: Theon, le seul homme qu'elle ait jamais aimé, qui est devenue garde solaire, ayant voué serment au Soleil, et qui est donc astreint à un célibat strict. Un code qu'elle veut s'amuser à flancher. Entre secrets, mensonges et trahisons, elle va devoir choisir: Qu'est ce qui est le plus important pour elle, l'Amour, la Gloire, ou l'Empire?

Status
Complete
Chapters
30
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1

Je m’admire dans mon miroir de poche. Comme d’habitude, j’ai soigné mon apparence.

Je porte une magnifique robe jaune irisé au bustier fleurie.

Mes oreilles, mes cheveux et mon cou sont ornés de fleurs d’or, et j’ai mis de la poudre d’or sur mon visage, ce qui met en valeur mon teint.

Briar dit toujours qu’il me préfère dans des teintes dorées qui me font resplendir.

C’est pour lui que je me suis habillée.

Toute à ma contemplation, je n’entends tout d’abord pas lorsque mon père m’appelle.

C’est quand il tire mon miroir que je lève la tête pour le regarder.

Il soupire.

-Asra , tu es comme ton frère. Je ne vous ai pas éduqué pour que vous soyez obsédés par votre apparence.

Je souris.

-Tu n’as pas éduqué mon frère pour qu’il soit un débauché et un alcoolique, et pourtant !

Il se crispe. Il déteste qu’on parle des frasques de mon frère cardinal Oriel qui enchaîne les scandales. Bien heureusement, ce n’est pas lui qui va hériter, c’est son aîné, Alistaire, le fils préféré, qui est sérieux et aime tout ce que son frère délaisse : les études, le travail, les intrigues de la Cour.

-Ne parlons pas de ton frère. Parlons de ton artiste, Briar Lendor.

-Ce n’est pas mon artiste, Père.

-Tu m’as compris.

Je veux dire que c’est ton artiste préféré.

C’est parce que tu parles toujours de lui que j’ai décidé de lui commander une exposition.

J’espère que ça va être réussi.

Nous allons voir la galerie d’art construite par mon père où l’exposition va se dérouler, voir les peintures.

Mon père, totalement désintéressé par l’art, la musique, la littérature, les instruments utilisés par la noblesse pour affirmer son pouvoir, néanmoins sait que ces choses sont indispensables pour l’influence de notre famille, et qu’un homme richissime qui n’investit pas dans l’art n’est pas un homme qui fait partie de la haute société.

C’est pourquoi il investit considérablement dans la culture, employant des artistes qui peignent la famille, des musiciens et des acteurs qui animent nos fêtes.

Il participe au jeu d’influences de l’aristocratie, à qui est le plus cultivé, qui a le plus de peintures de valeur, fonde le travail des artistes les plus célèbres, qui fait et défait les modes.

A ce jeu, mon père est un expert. Il s’arrange toujours pour dénicher les pierres rares avant les autres, des artistes qui ont un certain je ne sais quoi.

C’est pour ça qu’il a fait construire la galerie d’art, qui attire la crème de la haute société.

Et qu’il a invité l’artiste émergent que j’adore, sans savoir bien évidemment ce qui nous lie.

-Fais-moi confiance, Père.

C’est un des meilleurs artistes de sa génération. Quand tu va voir ses peintures en vrai, tu va comprendre pourquoi je l’aime.

Mon père hausse les épaules, l’air dubitatif.

-Oui, on verra.

Alors qu’il regarde par la fenêtre, je regarde sa tenue.

Il est richement habillé, comme d’habitude.

Il porte une tunique verte brodée d’or accompagnée d’une redingote blanche où il y a les motifs qui sont le symbole de notre famille, incrustés de pierres précieuses.

Bien qu’il trouve mon frère et moi trop portés sur l’apparence, il comprend le pouvoir des vêtements, le statut de richesse qu’il doit toujours montrer, qu’il soit à la maison ou dehors, ses habits restent impeccables, toujours à la mode d’Elysia.

Il n’est pas comme ma mère, qui, bien que filleule de l’empereur d’Elysium, porte beaucoup les vêtements du pays natal de mes parents, Kushara.

Peut-être que c’est pour que les gens d’Elysia disent de lui qu’il est l’un des leurs, non le garçon des pays du Sud né esclave. Enfin, la plupart. Une importante minorité considère les kusharian comme des étrangers. Mais mon père n’est pas n’importe qui. Il est celui qui a créé la monnaie papier alors que l’économie d’Elysium était en faillite, une des nombreuses causes étant le manque de monnaie en or qui dominait alors. Il a crée la Banque Impériale, où tout le monde peut emprunter, qu’il soit riche ou pauvre, accrédité par l’empereur. Grâce à cette banque, la vie de beaucoup de petits gens ont complètement changé. Des serviteurs sont devenus nobles, des ouvriers ont pu marier leur enfant à des nobles. La banque Impériale a crée une véritable révolution sociale, et a permis à mon père de devenir baron de Eranthe.

Je regarde les rues. Elysia est la magnifique capitale portuaire de l’Empire d’Elysium.

Notre carrosse roule dans le quartier marchand. Je vois les gens regarder le véhicule, sentant leur étonnement et leur admiration. Notre carrosse, mécanique, roule automatiquement.

Le quartier marchand est un labyrinthe de bâtiments hauts et élégants, bâtis de marbre blanc veinés d’or. Les colonnes qui soutiennent les façades sont élancées, d’inspiration élyséenne antique.

L’or, omniprésent, souligne les toits, file le long des encadrements de fenêtre, dessine des arabesques sur les portes. Des mosaïques au sol, faites de nacre et d’obsidienne, racontent l’histoire du royaume. On y trouve les banques, les comptoirs d’échange, les maisons de guildes, les maisons de thé.

Les rues pavées de pierre claire sont bordés d’étales couvertes de bannières de couleurs où les marchands haranguent, vantent leurs produits.

Les odeurs de fruits, de poissons, de poissons, de viandes et d’épices qui viennent des quatre coins de l’Empire se mélangent à l’odeur de la mer.

Les enfants courent dans les rues, les comédiens jonglent et dansent.

Les gens crient, rient et se disputent.

C’est l’un des endroits où les aristocrates richement habillés côtoient les pauvres, qui sont habillés de vêtements rapiécés, ternes ou déchirés.

Du quartier des marchands, on voit le grand portail de l’entrée de la capitale.

En quittant le quartier des marchands, , nous allons dans le quartier des Arts, là où se trouve la plupart des musées, institutions culturelles.

Il est bien plus luxueux que l’élégante sobriété du quartier marchand.

Chaque rue y est une galerie, chaque bâtiment une œuvre d’art.

Les pavés sont taillés dans l’opaline irisée, vibraient de reflets changeant selon la lumière.

Des fontaines sculptées et des arbres soigneusement taillés, exhalent des parfums divins.

Au centre trône l’Opéra d’Elysia, bâtiment monumental aux colonnes torsadées de marbre blanc et de lapis lazuli. Son dôme en vitrail capte la lumière, la projetant en cascades colorées sur la place.

Les salons d’exposition, les ateliers de peintres, et les maisons de couture affichent leur chef d’œuvre dans des vitrines irisées.

Les passants sont quasiment tous richement parés. Le quartier des Arts est fréquenté par ceux qui ont en l’argent.

Nous arrivons devant la galerie d’art de mon père.

La galerie d’art est un magnifique temple de marbre.

Le décor y personnifie toute la grandeur d’Elysium.

L’entrée est un escalier de marbre décoré d’ un tapis rouge aux motifs dorés.

C’est dans un château d’art que nous entrons.

Quand on entre, on sent une odeur florale.

A chaque coin, il y a des fleurs.

Des grandes fenêtres cintrées laissent passer la lumière, créant des jeux d’ombre et des reflets sur les murs immaculés. Des lustres de cristal, suspendus du plafond haut, diffusent une lueur chaude, mettant en valeur les œuvres.

Les allées sont vastes, pavées de mosaïques aux motifs géométriques, aux mythes de l’Empire.

Des délicates pièces de mobilier en acajou ornent les coins de la galerie : des chaises finement sculptées, des tables rondes surmontées de vases en porcelaine, des miroirs dorés.

Nous nous dirigeons dans une des pièces plus reculées de la galerie, réservé aux expositions temporaires. Là ou doit nous attendre le peintre, Briar Lendor. Mon amant secret, que mon père tuerait s’il savait qu’on était ensemble.

Ce sont des femmes qui sont posées dans des baignoires en robe légères, ou couvertes de mousse.

Ou elles sont peintes dans l’herbe, levant leurs robes somptueuses pour montrer leurs jambes.

Elles font des clins d’œil, sourissent, mutines, éclatent de rire.

J’en reconnais plusieurs. Ces sont principalement des artistes, des courtisanes, des femmes nobles célibataires. Elles sont belles. Elles ont l’air libres, heureuses. Elles sont magnifiques, elles sont elles. C’est ce qui a fait scandale.

Elles ne sont pas des figures figées, des poupées.

Les femmes nobles sont peintes de manière froide, austère, elles doivent arborer des sourires modestes, plein de retenue, et doivent toujours être peintes dans leurs plus beaux atours, représentant le prestige de leurs familles.

Alors que dans son art, les femmes sont des vraies femmes, ont des vraies émotions qu’on peut sentir en regardant les portraits.

Parmi eux je le vois. Il porte une tenue grise, austère, simple, comme à son habitude. Ses cheveux bruns bouclés sont en désordre, comme à l’accoutumée. Il se tient droit, regarde droit devant lui.

Je ne souris pas. Je ne dois pas montrer que je suis heureuse de le voir. Que j’ai envie de courir dans ses bras et de l’embrasser comme à chaque fois que je le vois.

Je reste impassible. Je m’avance vers lui en mesurant mes pas, le port altier, gracieuse. Sans me presser. Comme une vraie dame. En me voyant arriver, je vois ses yeux bruns pétiller.

-Ma dame.

Il s’incline, embrasse la main que je lui tends.

Quand il se relève, son visage est de marbre, ne laissant rien transparaître.

Lui et mon père se serrent la main.

Ils commencent à parler de ce qui va se passer lors de l’ouverture de l’exposition.

Je ne les écoute pas vraiment. Et si mon père remarque quelque chose ?

Je regarde les tableaux. Lorsque j’entends mon nom, je me tourne vers eux.

-C’est elle qui m’a convaincu de t’engager.

-Votre fille a donc bon goût.

Il me sourit. Je réponds à son sourire, en souriant d’un air faussement timide, avant de détourner mon regard du sien. Jouant à la sainte nitouche comme si nous ne connaissions pas chaque coin de nos peaux.

Quelle mascarade. J’étouffe un rire.

Mon père, semblant n’y voir que du feu, m’invite à me rapprocher en souriant.

-Maintenant qu’il est là, tu devrais lui parler.

Pose-lui les questions que tu veux.

Je viens les voir, posant les questions à lesquelles je connais les réponses.

Je lui demande quand as-tu commencé à peindre.

Je sais qu’il peint depuis toujours.

Il nous parle de sa carrière, comment il a quitté son village pour aller à Elysia, en accompagnant un homme à qui ses parents l’ont vendu lorsqu’ils n’avaient plus d’argent pour le nourrir.

En apprenant auprès du riche négociant qui accueillait tout le temps chez lui des artistes, des musiciens, il s’est inspiré d’eux pour peindre.

Réalisant qu’il avait un prodige, l’homme lui a offert l’honneur de décorer sa maison, montrant aux visiteurs ses peintures, sculptures et mosaïques. Exploitant son talent, il prenait tout l’argent que les visiteurs donnaient au garçon, parce que c’était son esclave et il était dans son droit.

Alors, il a décidé de s’enfuir quand il a compris qu’il lui mentait et ne comptait pas le libérer.

Sur le chemin de la fuite, il a rencontré ma mère.

Comme ma mère est connue pour son opposition à l’esclavage, il s’est dit qu’il allait se réfugier chez elle. Elle l’a accueillie à bras ouverts, a acheté sa liberté et s’est occupée de lui.

C’est en rendant visite à ma mère que je l’ai rencontré.

Bien évidemment, il ne mentionne pas le fait qu’il m’a rencontré là-bas, et que nous avons passé du temps ensemble.

Je vois mon père le regarder d’un air nouveau.

Lui qui était esclave, je sais qu’il ressent une connexion.

Son visage s’est adouci, et quand il sourit, ce n’est plus le sourire calculateur de l’entrepreneur qui a conclu un marché avantageux, c’est le sourire sincère de quelqu’un qui se reconnaît dans l’autre.

Il met une bourrade au peintre, en disant :

-Quelle histoire que tu as là ! En t’entendant parler et en voyant ta peinture, je suis sûr d’avoir bien choisi mon nouveau protégé !

Il s’incline, le sourire humble.

-Ça te dirait de peindre ma fille ?

-Je serais enchanté, messire.

-Ce serait un tableau classique, hein, pas l’extravagance des tableaux qui sont exposés.

Un portrait classique à envoyer à son futur mari.