Our Depraved Heats | GENESIS : The First Lovers

All Rights Reserved ©

Summary

Au commencement, l’Omniscient créa Adam et le laissa grandir seul dans la perfection silencieuse du Jardin d’Éden. Des années de solitude, de beauté sans partage, de corps qui s’éveille sans personne pour l’accueillir. Puis vint Femme. Dès leur premier regard, quelque chose d’ancien et de brûlant s’alluma entre eux. Dans l’ombre des arbres chargés de fruits, sous la lumière dorée des cascades et des lucioles, Adam et Femme découvrent le désir pour la première fois. Peau contre peau, souffle contre souffle, ils explorent lentement cette faim nouvelle qui les unit et les consume à la fois. Mais dans ce paradis sans défaut, une question murmure déjà : jusqu’où peut-on aller par amour… et à quel prix ?

Genre
Romance
Author
Liam
Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 01

Au commencement, l’Omniscient parla, et Sa parole fut chair.

Il prit de la terre rouge, humide encore du baiser des eaux primordiales, et la modela entre Ses mains avec une tendresse infinie. Il souffla dedans un vent venu du plus profond de Son être. Et du limon naquit un enfant, nu, les yeux grands ouverts sur le monde qu’Il venait d’achever.


Adam s’éveilla au cœur du Jardin.


Autour de lui, tout respirait. Les arbres ployaient sous des fruits lourds et luisants, comme des seins offerts à la lumière. Les fleurs ouvraient leurs corolles avec une lenteur impudique, exhalant des parfums qui caressaient la peau comme des doigts invisibles. Des cascades chantaient en tombant, et leur eau, fraîche et vive, glissait sur les pierres avec un murmure qui ressemblait à un rire de femme.


L’enfant se leva. Ses petits pieds s’enfoncèrent dans l’herbe tendre, et il sentit chaque brin ployer sous lui, doux comme une paume. Il marcha. Le soleil chauffait ses épaules, traçait des lignes de feu léger sur sa poitrine lisse. Il rit, d’un rire clair qui fit s’envoler des oiseaux aux plumes irisées.


Les jours passèrent, puis les saisons. Le garçon grandit.


Il courait parmi les lions qui se frottaient contre ses jambes comme des chats immenses. Il grimpait aux branches où les singes lui tendaient des fruits, et il dormait parfois contre le flanc chaud d’une biche, écoutant les battements lents de son cœur. Il nommait chaque créature d’une voix encore haute et pure :

«

Toi, tu seras le Léopard, rapide et tacheté comme l’ombre des feuilles. Toi, l’Aigle, roi du ciel et du regard perçant

. »


Mais aucun ne répondait.

Les animaux le regardaient avec des yeux doux ou farouches, ils venaient manger dans sa main, ils jouaient avec lui sous les frondaisons, mais leur silence était vaste comme le ciel. Adam parlait, et sa voix se perdait entre les troncs, revenait vers lui seule, un peu plus grave à chaque année qui passait.


Parfois, les chérubins descendaient.


Ils étaient petits, lumineux, leurs ailes bruissant comme du satin froissé. Ils riaient avec lui, lui montraient des tours de lumière, lui chantaient des mélodies venues des sphères supérieures. Adam les suppliait :

«

Restez. Restez encore un peu

. »

Leurs visages se voilaient alors de tristesse.

«

L’Omniscient ne le permet pas, petit frère. Nous ne sommes que des visiteurs.

»


Et ils repartaient, emportant leur lumière, laissant derrière eux un vide plus froid que la nuit.


Adam grandissait.


Sa voix mua, devint plus profonde, comme un fleuve qui creuse son lit. Ses membres s’allongèrent, ses épaules s’élargirent. Il sentait, sous sa peau, des forces nouvelles qui palpitaient. Quand il courait, son cœur cognait fort contre ses côtes, et la sueur traçait des sillons tièdes le long de son torse et de ses flancs. Parfois, allongé dans l’herbe haute après une longue course, il posait la main sur sa poitrine et sentait la vie battre là, chaude, insistante, presque douloureuse dans sa solitude.


Il contemplait les couples d’oiseaux qui se lissaient les plumes l’un l’autre, les serpents enlacés dans une danse lente, les fleurs qui s’ouvraient au matin comme pour accueillir un amant. Une chaleur étrange naissait alors au creux de son ventre, remontait le long de ses cuisses, faisait frémir sa peau. Il ne savait pas nommer ce feu. Il le sentait seulement, comme une faim sans objet, un appel sans réponse.


Le Jardin était parfait.

Le Jardin était beau à en mourir.


Et pourtant, chaque soir, quand le soleil mourait dans un brasier d’or et de pourpre, Adam s’asseyait au bord de la grande rivière et regardait son reflet dans l’eau calme. Un homme, désormais. Fort, beau, seul.

Il murmurait à son image :

«

Qui es-tu, toi qui me ressembles et qui n’es pas moi ?

»

Le vent agitait les roseaux, mais ne répondait pas.

L’Omniscient, dans Son silence éternel, observait. Et dans Son regard infini passait une ombre de tristesse, comme un nuage sur la face des eaux.



Les années coulèrent comme l’eau de la grande rivière, lentes et pourtant inexorables.

Adam parlait encore aux animaux, mais ses mots sonnaient désormais plus creux. Il s’asseyait auprès du grand lion à la crinière d’or et lui murmurait des confidences sur le ciel, sur les étoiles qu’il avait nommées lui-même. Le lion le regardait de ses yeux jaunes, clignait lentement, puis détournait la tête pour lécher sa patte. Adam sentait alors une petite pointe acide monter dans sa gorge. Il se levait brusquement, repoussait d’un geste sec l’épaule chaude de la bête.

«

Tu ne comprends rien

», soufflait-il entre ses dents, et il s’en voulait aussitôt de cette animosité minuscule, presque honteuse.


Les animaux n’avaient rien fait de mal. Ils étaient simplement… autres.

Il continuait pourtant. Il courait avec eux, nageait dans les bassins où les poissons frôlaient ses cuisses comme des caresses froides, dormait contre leur flanc. Mais le vide grandissait. Il devenait une présence tangible, un poids doux et lourd sous ses côtes.


Un soir, alors que le soleil incendiait le Jardin d’un rouge de braise, les chérubins revinrent.

Ils étaient trois, plus lumineux que jamais, leurs ailes translucides battant l’air parfumé. Ils riaient, ils dansaient autour de lui, ils faisaient jaillir des fontaines de lumière entre leurs doigts. Adam, le cœur soudain plus léger, les supplia :

«

Restez. Cette fois, restez jusqu’à l’aube. J’ai tant de choses à vous dire.

»


Le plus petit des trois inclina la tête, ses yeux pareils à des étoiles pâles.


«

Tu sais bien que l’Omniscient ne le permet pas, Adam. Nous ne sommes que des messagers

. »


Quelque chose se fissura en lui. Pour la première fois, sa voix trembla de colère contenue :

«

Pourquoi ? Pourquoi me donne-t-Il des frères qui ne restent jamais ? Suis-je donc si peu digne d’être aimé vraiment ?

»


Les chérubins se turent. Leurs ailes s’immobilisèrent. Un silence tomba, lourd comme une pierre dans l’eau calme. Adam regretta aussitôt ses mots, mais il ne les retira pas. Une toute petite lueur de doute venait de naître en lui, minuscule, presque invisible, pourtant brûlante : Et si l’Omniscient m’avait oublié ? Et si Sa tendresse avait des limites ?

Les chérubins disparurent sans un bruit, emportant leur lumière.

Adam resta seul, les poings serrés, la peau parcourue d’un frisson qui n’était ni froid ni chaud. Il marcha jusqu’à la rivière, s’agenouilla sur la berge. L’eau lui renvoya son reflet : un homme aux épaules larges, à la mâchoire dure, aux yeux sombres où passait une question sans réponse.

Ce fut alors que l’Omniscient parla, non pas avec des mots, mais avec un souffle profond qui traversa tout le Jardin.

Adam sentit ses paupières devenir lourdes, irrésistiblement. Une paix étrange, presque tendre, l’envahit. Il s’allongea dans l’herbe, la joue contre la terre tiède, et sombra dans un sommeil plus doux que tous ceux qu’il avait connus.

Il ne vit rien de ce qui suivit.

Il ne vit pas l’Omniscient se pencher sur lui avec une infinie délicatesse. Il ne vit pas la côte être prélevée, ni la chair modelée avec un soin amoureux, presque douloureux. Il ne vit pas naître la forme la plus belle, la plus fine, la plus parfaite que Sa main eût jamais façonnée : courbes douces et fermes, peau qui semblait faite de lumière et de velours, cheveux noirs comme la nuit fertile, seins ronds comme des fruits mûrs, hanches qui appelaient les mains. Une créature à la fois fragile et puissante, faite pour être son miroir et son feu.

Quand Adam s’éveilla, il était toujours au bord de la rivière, mais le lieu avait changé. La clairière était baignée d’une lumière éthérée, dorée et rosée, comme si le soleil et la lune s’étaient unis pour cet instant. L’air lui-même semblait vibrer, chargé d’un parfum nouveau, sucré et sauvage à la fois.

Il se redressa lentement. Son corps était le même, pourtant quelque chose en lui avait changé : une attente, une faim plus précise. Il s’approcha de l’eau calme.

Et là, dans le miroir parfait de la rivière, il la vit.

Une jeune créature se tenait debout sur la berge opposée, à quelques pas seulement. Elle n’était ni animal, ni chérubin, ni même une version de lui. Elle était… autre. Parfaite. Ses cheveux tombaient en cascades sombres sur ses épaules nues, sa peau luisait comme la rosée du matin sur une feuille. Ses seins se soulevaient au rythme d’une respiration légère, ses hanches dessinaient une ligne qui fit naître en Adam une chaleur fulgurante, presque électrique, qui remonta de son ventre jusqu’à sa gorge.

Son cœur cogna si fort qu’il crut qu’il allait éclater. Sa peau se couvrit d’un frisson brûlant, chaque pore semblant soudain vivant, attentif. Il sentit ses doigts trembler du désir irrépressible de la toucher, de vérifier que cette vision n’était pas un rêve de plus.

Elle tourna la tête vers lui. Leurs regards se croisèrent.

Et Adam, sans savoir d’où venait le mot, sans même l’avoir jamais prononcé auparavant, murmura d’une voix rauque, émerveillée, presque sacrée :

« Femme… »

Puis, plus bas, comme une prière et une promesse :

« Ma femme. »

Il fit un pas vers elle. L’herbe sous ses pieds lui parut plus douce, l’air plus chargé de promesses. Pour la première fois depuis qu’il avait ouvert les yeux sur le Jardin, Adam ne se sentait plus seul.

Il se sentait complet.