La voix l’inconnu
Elle n’a pas pleuré.
Pas aujourd’hui.
Pas encore.
Et pourtant, tout en elle en avait envie.
Le silence de l’appartement était lourd.
Trop lourd.
Comme s’il appuyait contre sa poitrine, l’empêchant de respirer correctement.
Alba était assise au bord du lit, le téléphone serré dans sa main.
Écran allumé.
Encore.
Toujours les mêmes messages.
“Dernier avertissement.”
“Procédure en cours.”
“Mise en demeure.”
Ses doigts tremblaient légèrement.
Elle relisait.
Encore et encore.
Comme si les mots allaient changer.
Comme si, par miracle, quelqu’un allait écrire :
“Tout est réglé. Vous êtes libre.”
Mais non.
Elle lâcha un rire.
Sec. Vide. Presque dérangeant.
Libre ?
Elle ne savait même plus ce que ça voulait dire.
Elle posa le téléphone à côté d’elle.
Mais son cœur, lui, continuait de battre trop fort.
Trop vite.
Comme s’il cherchait à s’échapper.
Ses yeux glissèrent vers la fenêtre.
Dehors, la ville vivait.
Les gens sortaient.
Riaient.
Avaient une vie.
Elle, elle survivait.
Et même ça… ça devenait difficile.
Elle passa une main dans ses cheveux, nerveusement.
Puis elle se leva.
Ses jambes vacillèrent légèrement.
Fatigue.
Toujours cette fatigue.
Pas celle qui se soigne avec du repos.
Non.
Une fatigue plus profonde.
Celle qui te vide.
Qui t’efface.
Qui te fait disparaître lentement… sans que personne ne le remarque.
Elle s’approcha du miroir.
Elle hésita.
Puis leva les yeux.
Erreur.
Son reflet la fixa.
Froid.
Étranger.
Ses cernes étaient marquées.
Ses traits tirés.
Ses lèvres… sans vie.
“Pathétique.”
Le mot sortit tout seul.
Presque automatiquement.
Elle détourna le regard.
Elle n’avait pas la force de se voir comme ça.
Plus maintenant.
Son regard glissa vers la table.
Les papiers.
Les factures.
Les rappels.
Empilés. Ignorés. Accumulés.
Comme si ne pas les regarder pouvait les faire disparaître.
Mais tout revenait toujours.
Tout.
Elle sentit sa gorge se serrer.
Cette sensation…
Elle la connaissait trop bien.
Le point de rupture.
Celui où tout devient trop lourd.
Celui où une idée… commence à apparaître.
Doucement.
Insidieusement.
Et si elle arrêtait ?
Tout.
D’un coup.
Plus de dettes.
Plus de pression.
Plus de douleur.
Juste… le silence.
Son souffle se coupa.
Une seconde.
Deux secondes.
Puis—
Son téléphone vibra violemment sur le lit.
Elle sursauta.
Le cœur prêt à exploser.
Elle fixa l’écran.
Numéro inconnu.
Elle hésita.
Longtemps.
Puis décrocha.
— Allô ?
Un silence.
Puis une voix.
Grave. Calme. Contrôlée.
“Tenez-vous prête, Alba.”
Son cœur rata un battement.
“… Pardon ?”
Un léger souffle à l’autre bout du fil.
Puis—
“Votre vie est sur le point de changer.”
La ligne coupa.
Alba resta immobile.
Le téléphone collé à l’oreille.
Le regard vide.
Le cœur affolé.
Elle ne savait pas encore pourquoi…
Mais quelque chose, au fond d’elle, venait de basculer.
Et pour la première fois depuis longtemps—
Ce n’était pas la peur qui dominait.
C’était… autre chose.