L'agent Effacé

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Summary

​Synopsis : L'Agent Effacé ​Jason, un jeune homme de 20 ans à la vie sans histoire, voit son monde s'effondrer après une altercation banale devant un dépanneur. En neutralisant deux agresseurs avec une efficacité qu'il ne s'explique pas, il déclenche involontairement un protocole de "nettoyage". Il découvre que sa petite amie, Chloé, est en réalité son officier traitant chargée de le surveiller dans le cadre d'un programme d'effacement de mémoire à grande échelle. ​Désormais traqué par l'organisation qui l'a créé — Le Consortium — Jason doit fuir à travers le pays. À chaque décharge d'adrénaline, des fragments de son ancienne vie d'assassin d'élite lui reviennent en mémoire : des codes, des visages, et une mission inachevée qui pourrait faire basculer l'équilibre géopolitique mondial. ​Entre paranoïa et quête d'identité, Jason devra décider s'il redevient l'arme meurtrière qu'il était ou s'il peut forger son propre destin

Status
Complete
Chapters
12
Rating
n/a
Age Rating
13+

Le Lait et le Sang

La pluie d’octobre tombait sur Montréal avec une insistance morose, transformant le bitume du boulevard Saint-Laurent en un miroir noir et huileux. Jason resserra le col de son blouson, protégeant le sac de papier brun qu’il tenait contre lui. À l’intérieur, un litre de lait, deux paquets de pâtes et une tablette de chocolat noir — le péché mignon de Chloé.

À vingt ans, la vie de Jason était d’une banalité qu’il chérissait sans le savoir. Il travaillait comme magasinier dans un entrepôt de fournitures de bureau, passait ses soirées à jouer à la console ou à regarder des séries avec Chloé dans leur petit appartement de Rosemont, et ses plus grandes inquiétudes concernaient le prix du loyer ou le prochain match de hockey. Il se trouvait ordinaire, presque transparent. C’était rassurant.

Il s’arrêta devant le dépanneur “Le Coin” pour éviter une flaque d’eau. La cloche au-dessus de la porte tinta d’un son grêle alors qu’il sortait. C’est là que tout bascula.

Deux hommes lui barraient la route. Ils étaient jeunes, la vingtaine agressive, vêtus de hoodies sombres. L’un d’eux, une cicatrice barrant sournoisement son sourcil gauche, fit un pas de trop dans l’espace personnel de Jason.

— Eh, le p’tit gars. T’as pas un peu de monnaie pour nous ? dit-il d’une voix traînante, chargée d’une menace gratuite.

Jason sentit une pointe d’anxiété monter dans sa gorge. Il n’était pas un bagarreur. Il détestait la confrontation.

— Désolé les gars, j’ai juste ma carte, répondit-il en essayant de les contourner.

Le deuxième homme, plus costaud, posa une main lourde sur l’épaule de Jason. L’odeur d’alcool bon marché et de tabac froid frappa Jason au visage.

— On t’a pas demandé ton avis sur ton mode de paiement, l’ami. Donne le sac.

Ce qui arriva ensuite ne fut pas une décision consciente. Ce ne fut pas de la peur, ni même de la colère. Ce fut un déclic.

Dans l’esprit de Jason, le monde sembla ralentir brusquement. Les gouttes de pluie devinrent des perles de cristal suspendues dans l’air. Le mouvement de la main du costaud devint une trajectoire prévisible, une erreur tactique flagrante. Une voix, profonde et enfouie sous des couches de coton, murmura dans son crâne : Neutralisation. Point de pression. Artère brachiale.

Sans réfléchir, Jason lâcha son sac de provisions. Avant que le papier ne touche le sol, sa main droite avait saisi le poignet de l’agresseur. D’un mouvement de torsion fluide, presque mathématique, il fit basculer l’homme de cent kilos. Le bruit de l’épaule qui se déboîtait claqua dans l’air humide comme une branche sèche.

Le premier agresseur sortit un couteau à cran d’arrêt. Jason ne paniqua pas. Il ressentit une étrange froideur, une clarté mentale absolue. Il esquiva la lame d’un mouvement de buste millimétré, puis frappa. Deux doigts dans la gorge, un coup de paume sous le menton. L’homme s’effondra, les yeux révulsés, son système nerveux court-circuité par une précision chirurgicale.

Le silence revint, seulement rompu par le bruit de la pluie. Jason restait debout, les mains tremblantes, regardant les deux corps au sol. Le sac de lait avait éclaté, une flaque blanche se mélangeant au sang qui coulait du nez du premier homme.

— Qu’est-ce que... qu’est-ce que je viens de faire ? balbutia-t-il.

Il ne savait pas comment il connaissait ces gestes. Il n’avait jamais pris de cours de karaté, jamais vu de combat autrement qu’à la télévision. Pourtant, son corps avait agi avec une mémoire musculaire qui semblait dater de plusieurs décennies.

Il s’enfuit. Il courut jusqu’à son appartement, le cœur battant la chamade, une paranoïa nouvelle lui brûlant la nuque. Chaque ombre dans la ruelle lui semblait désormais suspecte, chaque phare de voiture une menace.

La Trahison de la Douceur

Lorsqu’il franchit la porte de son appartement, Chloé était assise sur le canapé, plongée dans un livre. Elle leva les yeux, son visage doux et familier s’éclairant d’un sourire qui, d’ordinaire, suffisait à calmer toutes les tempêtes de Jason.

— Tu en as mis du temps, Jay. Tu as oublié le cho...

Elle s’interrompit en voyant son visage pâle, ses vêtements trempés et la tache de sang sur sa manche.

— Jason ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

Il s’effondra dans la cuisine, ses mains ne cessant de trembler.

— Deux types... devant le dépanneur. Ils m’ont attaqué. Chloé, je les ai massacrés. Je ne sais pas comment. J’ai bougé sans réfléchir. C’était comme si... comme si j’étais quelqu’un d’autre.

Chloé se leva. Elle ne se précipita pas pour le consoler. Elle resta immobile, une ombre traversant son regard bleu. Elle posa son livre sur la table basse. Jason remarqua, avec une acuité nouvelle, que le titre du livre était un traité de psychologie comportementale qu’il ne l’avait jamais vue lire.

Elle soupira. Un soupir de lassitude, pas de compassion. Elle porta sa main à son oreille, un geste machinal.

— Ici Alpha-6. Le Sujet a eu une récurrence motrice. Incident au secteur 4. Protocole de nettoyage requis. Oui... il est conscient de l’anomalie.

Jason se figea. Le froid qu’il avait ressenti devant le dépanneur revint, dix fois plus intense.

— Chloé ? De quoi tu parles ? C’est quoi ce “Sujet” ?

Elle se tourna vers lui. Son visage n’était plus celui de la femme qu’il aimait depuis deux ans. C’était un masque de professionnalisme clinique. Elle sortit un petit appareil noir de sa poche — un émetteur crypté.

— Je suis désolée, Jason. Enfin, je suppose que je devrais dire “Agent 73”. Tu n’étais pas censé te réveiller avant encore six mois. On avait presque réussi à stabiliser ta nouvelle identité.

— Ma nouvelle identité ? Mais de quoi tu parles ? On s’est rencontrés à l’université, tes parents habitent à Québec, on a passé Noël ensemble !

— Tout cela est faux, Jason, répondit-elle d’une voix plate, dénuée d’émotion. Tes souvenirs de l’université sont des implants. Tes “beaux-parents” sont des acteurs à la retraite payés par le Consortium. Et moi... je ne suis pas ta petite amie. Je suis ton officier traitant. Ma mission était de surveiller la dégradation de tes anciens réflexes de combat.

Elle sortit une arme de service — un Glock 17 — d’un compartiment dissimulé sous le canapé. Elle ne la pointa pas sur lui, pas encore.

— Le protocole veut qu’en cas de réveil spontané, on procède à une “réinitialisation”. Mais tu as été trop efficace devant ce dépanneur. Les caméras ont tout filmé. Le nettoyage va être compliqué.

Jason sentit son monde s’écrouler. Chaque baiser, chaque confidence, chaque projet d’avenir n’était qu’une ligne dans un rapport de surveillance. Sa vie n’était qu’une simulation.

— Qui suis-je ? hurla-t-il, les larmes aux yeux.

— Tu es une arme qui a coûté douze milliards de dollars au gouvernement, Jason. Et malheureusement pour toi, tu es une arme qui vient de s’enrayer.

Soudain, le verre de la fenêtre du salon explosa. Un point rouge apparut sur le torse de Jason. Chloé réagit avec une vitesse surhumaine, le projetant au sol juste avant qu’une balle de sniper ne vienne se loger dans le mur, là où sa tête se trouvait une seconde plus tôt.

— Ils ne veulent pas te réinitialiser, murmura Chloé, une trace d’hésitation apparaissant enfin dans sa voix. Ils veulent t’effacer. Définitivement.

— Pourquoi tu m’as sauvé alors ? cracha Jason en se relevant, ses instincts de survie prenant le dessus sur son chagrin.

— Parce que... commença-t-elle avant de se raviser. Cours, Jason. Si tu restes ici, tu es mort.

Le lait et le sang. La douceur et la trahison. Jason franchit la porte de secours alors que les premières grenades fumigènes s’engouffraient dans l’appartement. L’Agent Effacé venait de naître, et Montréal était sur le point de devenir son champ de bataille.