La couronne Blacktide - Tome II : Le Roi des Marées

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Summary

“Véramyr réclame une main, à la poigne ferme et de grande noblesse, qui sache la manier et se battre pour de meilleurs lendemains. Un royaume s’étendra à ses pieds, où le peuple l’écoutera tout entier. Échouer à prouver sa valeur, c’est demander à l’épée d’apporter le malheur.” 

Status
Ongoing
Chapters
17
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre I — Les Ombres d’Ondarion

Les falaises d’Ondarion se dressent dans la brume, immenses et silencieuses, comme des gardiennes oubliées.

Leur surface, marquée par les siècles, semble raconter une histoire que personne n’ose plus entendre. Elles sont majestueuses, anciennes… et mensongères.

Car sous leur apparente solidité, la mer les ronge lentement, révélant peu à peu les fissures que le royaume s’efforce de cacher.

Depuis la proue de L’Ombre Abyssale, Darius observe la côte. Ses yeux ne sont plus tout à fait humains. Ils perçoivent les courants invisibles qui circulent sous la pierre, les failles dissimulées sous la terre, les secrets que les rois ont tenté d’enterrer.

Là où d’autres ne voient qu’un royaume prospère, lui distingue les traces d’un passé falsifié.

— Voilà donc ce que j’aurais dû hériter, murmure-t-il d’une voix basse.

Il ne parle pas avec regret, ni même avec colère. C’est un constat, froid, presque détaché. Pourtant, quelque chose en lui se tend, comme une corde prête à céder.

Le navire accoste dans un port discret, loin des routes commerciales.

Les amarres grincent tandis que la coque s’immobilise contre le quai.

Une brume légère s’accroche encore au bois du navire, comme si la mer refusait de le laisser partir.

Ondarion n’aime pas les pirates. Mais il ignore encore qu’il en accueille un… royal.

Lorsque Darius pose le pied sur la terre ferme, il ressent immédiatement la différence.

L’air est plus sec, plus rigide, presque hostile. La mer ne l’accompagne plus pleinement, comme si la ville cherchait à l’exclure. Il avance pourtant, sans hésitation.

Le palais de Verdemar domine la cité, perché au sommet d’une colline. Sa pierre claire reflète la lumière et donne l’illusion d’une pureté irréprochable. Il incarne la tradition, la noblesse, l’ordre.

Mais pour Darius, tout cela n’est qu’un masque.

Mensonge.

Il traverse les rues pavées, la capuche abaissée sur son visage. Pourtant, sa présence ne passe pas inaperçue. Les passants s’écartent instinctivement sur son passage, incapables d’expliquer leur malaise.

Une femme serre son enfant contre elle, un vieil homme détourne le regard, et même les chiens grognent à son approche.

Quelque chose en lui perturbe l’équilibre de la ville.

La mer est entrée dans Verdemar, et elle marche sous forme humaine.

Darius inspire lentement. Il sent la résistance du lieu, comme une force invisible qui tente de le repousser. Une fine pellicule d’humidité glisse sur sa peau avant de disparaître.

— Tu ne peux pas me rejeter, murmure-t-il pour lui-même.

Il pousse la porte d’une vieille taverne, dissimulée dans une rue étroite. L’endroit est sombre, saturé d’odeurs de bois humide, d’alcool et de fumée.

Les conversations s’arrêtent un instant, puis reprennent comme si de rien n’était.

C’est exactement le genre d’endroit qu’il cherchait.

Ici, les nobles ne viennent jamais. Ici, les vérités circulent plus librement que dans les archives du palais.

Le tavernier l’observe avec méfiance.

— Tu cherches quoi ? demande-t-il.

Darius sort une pièce et la fait glisser sur le comptoir.

— Des histoires.

L’homme hésite, scrutant son visage à l’ombre de la capuche. Puis il attrape la pièce et soupire.

— Très bien.

Il se penche légèrement, comme pour s’assurer que personne n’écoute.

— La famille Lethébain… leur sang n’est pas aussi pur qu’ils le prétendent.

Darius ne réagit presque pas, mais ses doigts se crispent imperceptiblement.

— Continue.

— Il y a des rumeurs anciennes. Une princesse disparue. Des héritiers cachés. Des archives modifiées… et des témoins qui ont cessé de parler.

Un silence s’installe, lourd de sous-entendus.

Le tavernier reprend, plus bas encore.

— Les Abrantes ne valent guère mieux. Trahisons, pactes avec des mages… et des dettes qu’ils ne peuvent pas payer.

— Quel genre de dettes ? demande Darius.

— Pas seulement de l’or.

Le regard qu’il lance suffit à faire comprendre que certaines choses ne devraient pas être dites à voix haute.

Puis il hésite, avant d’ajouter :

— Et il y a l’épée.

Autour d’eux, les conversations diminuent. Une tension presque palpable s’installe dans la pièce.

— Quelle épée ? demande Darius.

— Celle que personne n’a jamais pu prendre. Celle qui choisit le roi.

Darius se redresse légèrement.

— Parle.

Le tavernier baisse la voix jusqu’au murmure.

— On l’appelle Véramyr.

Le nom semble peser dans l’air.

Véramyr réclame une main, à la poigne ferme et de grande noblesse, qui sache la manier et se battre pour de meilleurs lendemains.

Un royaume s’étendra à ses pieds, où le peuple l’écoutera tout entier.

Échouer à prouver sa valeur,c’est demander à l’épée d’apporter le malheur.”

Le silence qui suit est plus lourd encore que les mots.

— Où est-elle ? demande Darius.

— Personne ne le sait vraiment. Certains disent qu’elle repose sous Verdemar. D’autres pensent qu’elle n’apparaît qu’à celui qu’elle accepte déjà.

Un sourire lent étire les lèvres de Darius.

— Alors elle m’attend.

Le tavernier ne répond pas. Mais il recule légèrement, comme poussé par un instinct qu’il ne comprend pas.

Plus tard, dans les profondeurs de la ville, Darius suit un appel qu’il est le seul à percevoir. Les tunnels sont anciens, creusés bien avant la construction du palais. Les murs sont couverts de symboles effacés, témoins d’un temps oublié.

Plus il avance, plus l’air devient dense, chargé d’une présence invisible.

Finalement, il atteint une salle circulaire, parfaitement silencieuse. Au centre se dresse une pierre, brute, immobile.

Et plantée en son cœur se trouve l’épée.

Véramyr.

Elle ne brille pas, ne cherche pas à impressionner. Pourtant, son existence est indéniable. Elle impose le silence, comme si le monde lui-même retenait son souffle.

Darius s’approche lentement. La mer en lui se retire, comme si elle refusait d’interférer.

Il tend la main.

Ses doigts frôlent la garde.

L’impact est immédiat.

Une force invisible le projette en arrière avec violence. Il heurte le sol, le souffle coupé.

Un silence brutal s’abat.

Il se redresse lentement, les yeux plus sombres encore.

— Tu refuses ?

Aucune réponse.

Puis, dans le silence, une voix murmure. Celle du kelpie.

— Tu n’es pas encore roi.

— Tu es encore lié.

— Encore partagé.

Darius serre la mâchoire.

— Je prendrai ce qui m’est dû.

Cette fois, il ne tente pas de saisir l’épée. Il se contente de la fixer.

— Je ne suis pas seulement un pirate.

— Je ne suis pas seulement un monstre.

— Je suis héritier.

— Et je reviendrai.

La pierre vibre légèrement. Ce n’est ni une acceptation, ni un rejet total.

Plutôt un avertissement.


Au même moment, Ashlie ressent la distance. Pas une distance physique, mais quelque chose de plus profond. Le lien qui les unit s’étire, fragile mais intact.

Elle ferme les yeux, percevant une image fugace de pierre et de silence.

— Tu cherches une couronne…, murmure-t-elle.

Une lueur inquiète traverse son regard.

— Mais tu ignores encore son prix.

Non loin de là, Caleb observe en silence. Il ne dit rien, mais il comprend. Le pacte change, évolue, devient plus dangereux.

Darius ne cherche plus seulement à survivre.

Il cherche à régner.

Et Véramyr, immobile dans l’ombre, ne choisit pas les monstres.

Mais elle reconnaît le sang.