Transformation
La douleur s’empare de mon corps, mes mains tremblent à cause de la température, ce qui est étrange car cela n’a jamais été un problème auparavant. Je ne me sens pas à l’étroit, au contraire, il y a tant d’espace.
Je me suis peut-être fait attaquer durant mon sommeil ? Non, impossible, je ne sens aucune autre présence, alors quelle est cette sensation de déchirure qui envahit tout mon corps ?
Après quelques heures à l’endurer, la sensation de douleur s’est arrêtée. J’ai relevé la tête, et mes yeux s’écarquillèrent, une main, une main humaine, non pas des griffes mais bien des doigts, une peau claire et un bras fin.
Je me suis déplacé avec difficulté jusqu’au point d’eau le plus proche, là, j’y ai vu mon reflet : une magnifique jeune femme, une humaine, aux cheveux longs, blancs irisés et aux yeux dorés.
Ces yeux, ce sont bien les miens, mais cette apparence… Où sont donc passés mes écailles, mes griffes et mes majestueuses ailes ?
Je suppose que c’est le fameux changement dont mère m’a parlé.
Avant quoi que ce soit, je devrais porter quelque chose, pour une raison étrange je me sens embarrassée dans cet état.
J’ai touché l’écaille de mère, un des seuls souvenirs que j’ai d’elle, en faisant rentrer une petite quantité de mon mana (énergie magique) à l’intérieur de celle-ci, mon esprit y est transporté.
L’intérieur est un petit paradis sur terre composé d’une grande bibliothèque et d’une serre. La bibliothèque est la source de mes connaissances magiques, elle contient tous les sorts que mère connaissait. La serre, quant à elle, est le lieu dans lequel poussent toutes les plantes médicinales qu’elle cultivait depuis sa jeunesse ainsi qu’un atelier pour en faire des potions.
Au milieu de la bibliothèque, sur une chaise, il y avait une robe, blanche, légère avec des détails en or. Pour pouvoir l’atteindre, je dois d’abord apprendre à me déplacer avec mes deux jambes.
J’ai observé les humains pendant longtemps, ça ne devrait pas être si dur…
Il faut d’abord poser le talon, dérouler le pied et se propulser sur l’avant du pied, c’est ce que j’ai fini par apprendre de mes observations. Malheureusement, l’appliquer est très différent : entre la coordination des membres, les pertes d’équilibre et l’appréhension des chutes, c’est un véritable défi.
Je suis tombé, chuté et me suis relevé encore et encore, mais heureusement, après 3 jours seulement, j’ai finalement pu atteindre cette robe, en effet les dragons apprennent vite.
Mes doigts caressèrent doucement l’habit.
“ Elle contient encore son mana. ” murmurai-je
Inconsciemment mon regard resta fixé sur la robe, l’odeur de livre se transforma petit à petit en une odeur de feu de bois.
***
Proche de la chaleur de la cheminée se trouvaient deux dragons, le bruit du bois crépitant formait une mélodie aux oreilles d’Aurora. Il y avait une source de chaleur sur son corps, une aile, l’aile de Donna.
“Tu sais ma chérie, un jour un grand changement se produira pour toi, à ce moment-là tu auras besoin de cette robe, grâce à elle je serai à tes côtés peu importe où tu iras.”
“Mais mère… je ne vous quitterai pas, en plus je ne pourrai jamais rentrer dans cette robe, elle est beaucoup trop petite, elle fait la taille d’un humain.”
“Ne t’en fais pas, elle te sera utile, tu verras, cet habit t’aidera dans ton aventure.”
“Je partirai jamais moi, je serai toujours avec vous, mère.”
”Haha, on ne sait pas de quoi l’avenir est fait.”
Aurora tourna la tête et la blottit contre Donna, qui fit de même.
***
Les odeurs de livres et de plantes médicinales revinrent.
Il faut que je la porte, grâce à elle je me sentirai en sécurité.
Je mis la robe, elle est légère mais a une matière assez épaisse, on dirait que la soie de ce vêtement contient un peu de mana de mère. Étant un petit peu trop grande, la robe a dû s’ajuster à ma taille.
Après un moment à m’admirer, j’ai décidé de goûter à cette chose mystérieuse dont tous les nobles raffolent, oui, le chocolat.
J’en ai volé des milliers par curiosité, les faisant tomber dans un portail interdimensionnel C’est arrivé si souvent pendant ces deux derniers siècles que les humains considèrent cela normal à présent.
Maintenant que j’ai des papilles gustatives plus développées, je vais en profiter.
Je n’avais jamais ressenti ça auparavant, un mélange d’amertume et de sucré, quelque chose de si intense.
“C’EST TELLEMENT BON”, criai-je sans retenue, une larme coulant presque sur ma joue.
Après y avoir goûté, j’ai eu du mal à m’arrêter, mais après une vingtaine engloutis, mon ventre criait de douleur.
Après ce délicieux petit déjeuner, je suis sortie de ce “monde”, la grotte dans laquelle j’ai passé la majorité de ma vie a l’air tellement plus grande maintenant, je pourrais m’y perdre…
“Cette écaille est gigantesque”, remarquai les yeux rivés sur celle-ci.
J’ai donc décidé de rétrécir l’écaille de mère grâce à une magie de diminution. Pourquoi ? Évidemment, pour pouvoir la garder avec moi pendant mon aventure, elle est actuellement bien plus grande que ma forme humaine.
L’écaille s’est bien rétrécie, je pourrai la porter en pendentif.
Grâce au trésor présent dans mon repaire, j’avais beaucoup de choix, mais mon regard a dérivé sur une chaîne fine en or blanc. J’enfilai mon bien en tant que pendentif sur la chaîne puis plaçai le bijou autour de mon cou.
Avant d’enfin partir, je mis tous mes trésors dans ce qu’on va appeler la “dimension de poche”. J’ai cru comprendre que les autres êtres vivants aiment autant, voire plus, l’or que nous les dragons, ça pourrait s’avérer utile.
Après 250 ans seule dans cette grotte, je mis enfin un pied dehors pour la première fois depuis des siècles.
Avec un seul objectif en tête, venger mère.