Le Tunnel Du Temps

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Summary

Résumé de l'Intrigue : Le Tunnel du Temps 1. L'Incident du Zanetti (14 juillet 1911) Le train de luxe "Zanetti", transportant 106 membres de l'élite italienne, s'apprête à traverser un nouveau tunnel en Lombardie. En plein cœur de l'ouvrage, un brouillard laiteux et visqueux enveloppe le convoi. Deux passagers, pris d'une panique instinctive, sautent du train en marche. Ils voient le train s'enfoncer dans une obscurité blanche avant de disparaître totalement. Les autorités ne retrouveront rien : ni débris, ni fumée, juste des rails vides. 2. Le Naufrage Temporel (Juillet 1845) Le train n'a pas été détruit, il a "glissé". Il réapparaît au Mexique, 66 ans avant son départ. Les passagers sortent d'une machine infernale dans un monde qui n'a pas encore inventé le téléphone, l'ampoule électrique ou l'automobile moderne. Le choc culturel est une collision frontale. 3. Le Calvaire de San Hipólito Considérés comme des fous, des démons ou des espions, les 104 disparus sont internés dans l'asile de San Hipólito à Mexico. Leurs récits sur le futur sont consignés comme des délires psychiatriques. Le roman suit le combat pour la survie et la vérité, entre les archives poussiéreuses du XIXe siècle et le mystère non résolu du XXe.

Status
Complete
Chapters
15
Rating
n/a
Age Rating
13+

Le Velours et la Brume

Note de l’auteur : Ce récit s’inspire de la légende entourant la disparition mystérieuse du train de croisière italien Zanetti, survenue en juillet 1911. Bien que le point de départ de cette énigme repose sur des faits et des rapports historiques inexpliqués, les personnages, leurs dialogues et le détail de leurs destins sont le fruit de l’imagination. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existé ne serait que pure coïncidence dans les replis du temps.


Le 14 juillet 1911, Rome ne se doutait pas qu’elle s’apprêtait à graver une cicatrice dans le tissu du temps. À la gare de Termini, le soleil de midi frappait le dôme de verre et d’acier, transformant le quai numéro 4 en une fournaise dorée. Là, trônait la locomotive de la compagnie Zanetti, un monstre de fer noir et de cuivres polis qui semblait respirer, exhalant de courtes bouffées de vapeur blanche comme un pur-sang impatient avant la course.

Ce n’était pas un voyage ordinaire. C’était une démonstration de force, de richesse et de modernité. Cent six passagers, la fine fleur de l’aristocratie romaine, des industriels dont le nom faisait trembler la bourse de Milan, et des dames parées de soies si fines qu’elles semblaient faites de brise marine, s’agglutinaient devant les wagons de première classe. Le but de l’expédition : inaugurer le tunnel de Lombardie, une percée colossale de deux kilomètres à travers la roche mère, symbole de la victoire de l’homme sur la nature.

L’Ivresse des Sommets

À l’intérieur du wagon-restaurant, le luxe était insultant. Les parois en acajou verni reflétaient la lueur des lustres en cristal de Bohême, dont les pampilles tintaient doucement au rythme du moteur au repos. Sur les tables nappées de lin blanc, l’argenterie frappée du sceau de la compagnie étincelait.

Le baron de Santis, un homme à la moustache pointue et au regard fier, leva son verre de cristal rempli d’un champagne millésimé. — Messieurs, mesdames ! À la vitesse ! À l’acier ! Et surtout, au tunnel de Lombardie, qui nous prouve qu’en 1911, plus rien, ni la pierre, ni le temps, ne peut arrêter le génie humain !

Les rires éclatèrent, se mêlant au brouhaha des conversations sur les investissements miniers et les prochaines vacances à la mer. À une table plus isolée, Giulia de Luca, une jeune mariée dont le voile de dentelle reposait encore sur ses épaules, regardait son mari, Giovanni, avec une pointe d’inquiétude.

— Tout cela est si rapide, Giovanni. J’ai l’impression que la montagne nous regarde avec colère. — Ne sois pas superstitieuse, ma chérie, répondit-il en lui serrant la main. C’est le progrès. Dans dix minutes, nous serons de l’autre côté, et nous serons entrés dans l’histoire.

La Sentinelle de l’Arrière

Pendant que la fête battait son plein, deux hommes s’étaient isolés sur la plateforme d’observation à l’extrême arrière du train. Sagretti et d’Angelo, des ingénieurs de la compagnie, étaient là pour surveiller le comportement des essieux sur cette nouvelle voie. Ils fumaient des cigares, le regard perdu sur les rails qui s’étiraient derrière eux comme deux fils d’argent.

Le train s’ébranla. Un sifflement strident déchira l’air, et le Zanetti s’élança. La campagne lombarde défilait, verte et luxuriante, mais à mesure que la gueule noire du tunnel approchait, Sagretti sentit un froid inhabituel l’envahir.

— Tu sens ça, d’Angelo ? murmura-t-il en rejetant une bouffée de fumée. L’air change. Il est... épais.

D’Angelo ne répondit pas tout de suite. Il fixait l’entrée du tunnel qui grandissait à vue d’œil. — C’est sans doute l’humidité de la roche. Mais regarde la locomotive... On dirait qu’elle entre dans du coton.

La Bouche de Brume

Alors que la tête du train s’engouffrait sous la voûte de pierre, le phénomène se produisit. Ce ne fut pas une explosion, ni un déraillement. Ce fut une invasion silencieuse. Une brume laiteuse, d’une densité organique, commença à suinter des parois du tunnel. Elle n’était pas grise comme la fumée, mais d’un blanc opale, presque luminescente.

— Mais qu’est-ce que... bégaya Sagretti.

Le brouillard ne se contentait pas de flotter ; il semblait avoir une volonté. Il s’enroula autour des wagons avec une rapidité surnaturelle. À l’intérieur, les rires cessèrent brusquement. À travers les vitres, les deux ingénieurs virent une scène d’horreur pure : les passagers ne criaient pas. Ils semblaient figés dans des poses grotesques, leurs visages déformés par une soudaine léthargie, comme si l’air était devenu du plomb.

Le bruit du train changea. Le fracas métallique des roues sur les rails fut remplacé par un bourdonnement sourd, une vibration qui faisait saigner les gencives.

— Le train se fait manger ! hurla d’Angelo. Sagretti, le wagon de tête a disparu !

C’était vrai. Sous leurs yeux, le train semblait s’enfoncer dans une substance qui n’était plus de l’air. Wagon après wagon, le Zanetti se dématérialisait dans cette purée de pois visqueuse. La brume avançait vers eux, dévorant le bois verni, le cristal et les êtres humains avec une indifférence glaciale.

Le Saut dans l’Inconnu

La panique, celle qui hurle au fond des entrailles pour la survie, s’empara des deux hommes. Le wagon de queue était le dernier rempart. — Saute ! cria Sagretti en saisissant d’Angelo par le bras. Saute ou on est perdus !

Ils se jetèrent par-dessus la balustrade au moment précis où le blanc opale touchait leurs vêtements. Ils chutèrent lourdement sur le ballast rocheux. La douleur fut fulgurante, mais elle était réelle, terrestre. Ils roulèrent dans l’obscurité, la poussière et le sang.

Lorsqu’ils se redressèrent, haletants, le silence était devenu une chape de plomb. Ils tournèrent la tête vers l’intérieur du tunnel.

Il n’y avait plus de brume. Plus de lumière. Plus de train. Seules les deux lignes de rails s’enfonçaient dans le noir, immobiles et vides. Le sifflet de la locomotive s’était éteint, remplacé par le goutte-à-goutte monotone de l’eau sur la pierre. Cent quatre personnes venaient de s’évaporer.

Le Vide Absolu (Côté Sortie)

À la sortie du tunnel, à deux kilomètres de là, le comité d’accueil s’impatientait. Les musiciens de la fanfare tenaient leurs instruments, prêts à entonner l’hymne national. Le maire vérifia sa montre pour la dixième fois.

— 12h50. Il a vingt minutes de retard. Un incident technique, sans doute ?

Le chef de gare, un homme nerveux, s’avança sur la voie. Il scruta l’obscurité du tunnel avec ses jumelles. Rien. Pas une lueur de phare, pas une volute de fumée noire. — S’il y avait eu un accident, un déraillement, le bruit aurait résonné dans toute la vallée, murmura-t-il. Un tunnel est une caisse de résonance. Or, c’est le silence de mort là-dedans.

Inquiet, il ordonna à deux ouvriers de pénétrer dans la galerie avec des lanternes. Ils marchèrent, leurs pas résonnant sur le gravier. Ils s’attendaient à trouver un train arrêté, une panne de vapeur. Ils marchèrent un kilomètre, puis deux.

Ils ne trouvèrent rien.

Ils arrivèrent à l’autre extrémité, là où Sagretti et d’Angelo gisaient au sol. Les deux survivants étaient dans un état de choc catatonique. Leurs vêtements de luxe étaient déchirés, leurs visages maculés de suie et de sang, mais leurs yeux... leurs yeux racontaient une histoire que personne ne voulait entendre.

— Où est le train ? hurla le chef de gare en arrivant à leur niveau. Où est le Zanetti ?

Sagretti leva une main tremblante vers le vide immense du tunnel. — Il... il n’est plus nulle part. Le brouillard l’a emporté. Il n’y a plus de train. Il n’y a plus de temps.

Au Poste de Police : Le Récit des Fous

Deux heures plus tard, l’inspecteur d’État Vittorio Scuro entrait dans le bureau de la petite gendarmerie de campagne. L’atmosphère y était étouffante. Sur les bancs de bois, les deux rescapés étaient prostrés, enveloppés dans des couvertures de laine.

— Alors ? demanda Scuro au brigadier. — C’est incompréhensible, Monsieur l’Inspecteur. Nous avons inspecté chaque mètre carré du tunnel. Pas une vis, pas un éclat de verre, pas une trace de freinage. Le train est entré, les témoins à l’entrée le confirment. Mais il n’est jamais ressorti. Et ces deux-là... ils racontent que le tunnel a “ouvert une bouche blanche”.

Scuro s’approcha de Sagretti. — Monsieur, je suis l’inspecteur Scuro. Dites-moi la vérité. Y a-t-il eu une explosion ? Un attentat anarchiste ? Sagretti leva la tête. Son regard traversa l’inspecteur comme s’il n’existait pas. — On ne peut pas enquêter sur le néant, Inspecteur. Le train n’a pas explosé. Il a glissé. Il est ailleurs. Dans une brume qui sentait la fin du monde.

L’inspecteur Scuro nota ces mots, le cœur serré par une inquiétude nouvelle. Il savait qu’il ne s’agissait pas d’un simple accident ferroviaire. Il sentait que le 14 juillet 1911 resterait dans l’histoire comme le jour où l’acier avait rencontré l’impossible.