😶🌫️Prologue
POV Giorno
Le silence avait toujours été mon langage maternel.
Pas le silence doux, celui des maisons endormies et des nuits sans histoire. Non. Le mien était différent - lourd, taillé dans quelque chose de froid et d' irréversible. Le genre de silence qui précède un coup de feu. Celui qui s'installe après. Celui que j'avais appris à habiter avant même d'avoir dix ans.
Mon père me l'avait enseigné avec les mains et la douleur. Mes oncles avec les mots. Et la rue - la rue milanaise, ses ruelles sombres et ses palais illuminés - elle m'avait appris le reste. Comment tenir une arme sans trembler. Comment regarder un homme dans les yeux pendant qu'il comprend que c'est fini pour lui. Comment ne rien ressentir.
"Ne rien ressentir." C'était la règle la plus importante. Celle qu'on m'avait répétée comme une prière, comme un mantra gravé dans les os. Un Mancini ne ressent pas. Un Mancini observe, calcule, prend. Un Mancini ne plie pas.
À vingt-neuf ans, j'avais cru avoir parfaitement appliqué cette règle.
Jusqu'à ce mardi matin de septembre.
Jusqu'à elle.
Je ne savais pas encore son nom. Je ne savais rien d'elle - ni d'où elle venait, ni ce qu'elle faisait dans cette rue, ni pourquoi elle marchait comme ça, pieds nus sur le pavé chaud, un talon cassé dans chaque main, complètement indifférente aux regards médusés des Milanais qui s'écartaient sur son passage.
Je ne savais rien.
Mais quand mes yeux se sont posés sur elle - et qu'elle, elle ne m'a même pas regardé, trop occupée à inspecter ses chaussures avec une expression de profonde indignation - quelque chose s'est passé dans ma poitrine.
Quelque chose que je ne savais pas nommer.
Quelque chose que je n'aurais pas dû laisser exister.
Je l'ai laissé exister quand même