Unys : L'Ombre de Tor

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Summary

Objet d'étude, de recherche et de guerre, la magie a été à l'origine des plus grands bouleversements de ce monde, pour le meilleur comme pour le pire. C'est dans cet équilibre fragile que naît Daemon Whitenet, un garçon étrange, doté d'un pouvoir tout aussi mystérieux. À l'aube de ses vingt ans, il rejoint la prestigieuse Académie royale des connaissances magiques et humaines, au cœur du royaume de Fedra, avec l'espoir de percer enfin le secret de ce qu'il est réellement. Mais à mesure qu'il avance, Daemon découvre la dure réalité d'un monde bâti sur des mensonges, des expériences oubliées et des guerres qui ne se sont jamais achevées. Sa deuxième année à l'académie s'annonçait déjà difficile, basculant davantage encore lorsqu'un incident vient troubler l'équilibre du domaine, entraînant Daemon et sa sœur dans une suite d'événements qu'ils étaient loin de pouvoir comprendre.

Genre
Fantasy
Author
xByM2a
Status
Ongoing
Chapters
6
Rating
n/a
Age Rating
13+

Chapitre 1 — Bienvenue à l'ARCH

C’était une matinée agitée. Le ciel, couvert d’un voile gris, pesait sur la capitale encore à moitié endormie. Dans les rues, les pas se mêlaient aux coups de sabots des chevaux ainsi qu’aux conversations des étudiants, surexcités par ce premier jour.

Les sujets de conversation étaient variés. La plupart des étudiants se remémoraient les vacances passées loin de la grande ville. Certains parlaient de leur visite à l’étranger, d’autres de leur découverte des anciens villages du royaume. Les plus aisés d’entre eux avaient même eu l’occasion de voyager sur un autre continent.

Ils commençaient déjà à se demander quand arriveraient les prochaines vacances et étaient de moins en moins enthousiastes à l’idée de passer les neuf prochains mois coincés entre les murs de l’académie.

— Oh, regarde, ils ont refait la façade, dit Cipher, toute excitée.

— Oui, oui, répondit Daemon.

Il ne daigna pas lever les yeux cependant.

Il resta plongé dans une observation morne des alentours. Par moments, il s’arrêtait pour consulter sa montre de poche, qui indiquait toujours sept heures vingt, la même heure que quelques instants plus tôt. Puis il relevait la tête et recommençait à examiner les environs de ses yeux gris argentés.

— Pourquoi ils nous ont fait venir si tôt ? protesta-t-il en bâillant. Je n’ai même pas pris de petit-déjeuner.

— Arrête de te plaindre, tu ne prends jamais de petit-déjeuner, répliqua Cipher, qui, elle aussi, regardait autour d’eux.

Daemon esquissa un léger sourire et continua à observer l’une des allées de pierre. Deux garçons, un peu plus loin sur leur gauche, étaient en train de le dévisager. Dès que leurs regards croisèrent le sien, ils détournèrent brusquement la tête, s’éloignant d’un pas précipité tout en jetant des coups d’œil furtifs par-dessus leur épaule.

— Bande de crétins..., murmura-t-il.

— Quoi ?

— Rien. Ne fais pas attention à eux.

À côté de l’allée, il aperçut Pulsa Sonoris, qui marchait avec un groupe de filles. C’était l’une de ses camarades de classe, mais surtout une amie d’enfance. Elle et sa sœur, Alsa, faisaient partie des rares visages familiers qui avaient rendu sa première année un peu plus supportable.

Il aurait été ravi d’aller les saluer, mais il attendait quelqu’un d’autre.

— Mais qu’est-ce qu’il fabrique, Alex ? murmura-t-il.

— On devrait rentrer à l’intérieur, ça commence dans dix minutes, dit Cipher après avoir consulté sa montre de poche. Je commence à avoir froid ici.

Ils se mirent en marche en direction du portail d’entrée.

Le gazouillis matinal des oiseaux, ainsi que l’odeur de la terre humide et des arbres bordant les allées, donnaient à Daemon une sensation de fraîcheur et d’apaisement, en contraste avec l’agitation autour de lui.

— Hé, Cipher, là-bas, lança-t-il en pointant du doigt quatre individus vêtus d’un uniforme, de l’autre côté de l’allée.

— Encore des gardes ? répondit Cipher, les yeux plissés. je me demande vraiment ce qu’ils font tous ici, en ce moment ?

Deux d’entre eux étaient à cheval et avançaient vers l’arrière du bâtiment vers lequel Daemon et Cipher se dirigeaient.

— C’est peut-être à cause de la rentrée, qui sait ? Allez, viens, il ne faut pas manquer la réunion. Madame Bios déteste les retards.

Le bâtiment dans lequel ils venaient de pénétrer s’étendait sur une grande distance. La pierre, claire et patinée, portait des motifs gravés le long des encadrements. Plusieurs statues d’anciens mages, rois et savants du royaume jalonnaient les façades et les allées.

À l’intérieur, ils se mêlèrent à la foule des étudiants en direction d’une grande salle lumineuse, où se déroulait la réunion des deuxièmes années. Tous portaient fièrement l’uniforme de l’académie : un haut blanc et un pantalon ou une jupe bleu marine.

— Ça alors, dit Cipher d’un ton enthousiaste. Cette salle est encore plus grande que celle de l’année dernière. Tu as vu tous ces bustes près des fenêtres ?

— Et on est plus nombreux aussi, ajouta Daemon en balayant la salle du regard, à la recherche de visages familiers.

— Il doit y avoir beaucoup de nouveaux.

Les murs étaient ornés de tentures sobres, d’armes anciennes et de quelques reliefs de pierre finement sculptés.

Beaucoup d’étudiants avaient déjà pris place sur les rangées de sièges. Daemon et Cipher se faufilèrent parmi eux, à la recherche d’un endroit où s’installer.

Par mégarde, ils heurtèrent deux étudiants qui se précipitaient pour atteindre des places libres et faillirent dévaler les escaliers.

— Ah, enfin te voilà, toi, dit Daemon, déjà impatient de quitter cet endroit rempli d’étudiants. Qu’est-ce qui t’a retenu si longtemps ?

Le jeune homme s’arrêta, un large sourire aux lèvres.

— Tiens, salut Daemon ! Alors, comment ça va ?! Désolé, on ne vous avait pas vus. Très jolie chemise, Ciph, ajouta-t-il avant que Daemon n’ait eu le temps de répondre. Elle s’accorde très bien avec ta nouvelle bague.

Cipher esquissa un sourire tout en repoussant une mèche de cheveux d’un geste un peu nerveux.

À côté du garçon se tenait une fille qui lissait avec soin sa longue jupe bleue. Elle semblait l’accompagner. Daemon ne l’avait encore jamais vue à l’académie.

— Ce n’est pas ton genre d’être en retard, Alex, fit remarquer Daemon sans quitter la nouvelle venue des yeux.

— Oh, un petit contretemps. Les gardes avaient bloqué le passage. Ah oui, j’allais oublier, ajouta Alex, en se donnant un air important. Les enfants, je vous présente Nala. Nala, euh...

Il se pencha vers la fille et lui murmura à mi-voix :

— C’était quoi, ton nom de famille, déjà ?

La fille le lui chuchota, le visage souriant.

— Ah, oui, bien sûr. Nala Wayland.

— Nala, voici Cipher Whitenet. Et lui, c’est son frère jumeau, Daemon Whitenet. Ce sont mes meilleurs amis.

— Enchantée, dit Nala en leur donnant la main.

En serrant la sienne, Daemon sentit une paume dure, presque calleuse. Elle devait sûrement travailler beaucoup, se dit-il.

Une fois la poignée de main échangée, il remarqua que Nala le fixait depuis un moment. Ses yeux bleus en amande étaient grands ouverts. On aurait dit qu’elle avait peur de lui ou plutôt qu’elle n’en croyait pas ses yeux.

Elle détourna aussitôt le regard, sans doute parce qu’elle venait de se rendre compte que les autres avaient remarqué son insistance.

— Ton nom de famille, c’est Wayland ? demanda Daemon, intrigué.

— Oui, comme le royaume de Wayland, répondit-elle en souriant. Je suis née là-bas.

Cipher écarquilla les yeux.

— Oh, alors tu es nouvelle ?

— Oui. Je suis arrivée ce matin, mon père a trouvé du travail ici.

— Je lui ai fait visiter le quartier résidentiel, ajouta Alex. Tu as vu comme c’est grand, ici, Nala ?

Daemon balaya lui aussi la grande salle du regard, comme si la question lui était adressée. Se tenant un peu à l’écart, il aperçut au passage un groupe dont il espérait intimement ne plus revoir au cours des vingt prochaines années et souhaita de tout cœur qu’ils ne les aient pas remarqués.

Autour de lui, il entendait le bruit des autres étudiants, chacun semblant bien décidé à raconter dans les moindres détails ce qu’il avait vécu pendant les vacances.

— Et ton père, il enseignera quelle matière ? demanda Cipher tandis que tous quatre s’avançaient vers les rangés de sièges.

La théorie de l’énergie, répondit Nala, en descendant les marches. Ou quelque chose comme ça.

Daemon ne put s’empêcher d’esquisser un sourire moqueur devant la réaction neutre de la jeune fille.

— Tu n’as pas l’air très enthousiaste, ajouta-t-il.

Nala secoua légèrement la tête avec un sourire.

— Je peux savoir ce qui est arrivé à tes yeux ? demanda-t-elle à Daemon. Ils sont... assez étranges.

Tous trois eurent un petit rire.

— C’est le moins que l’on puisse dire, répondit Alex.

Daemon ne se souvenait pas avoir déjà vu quelqu’un aussi stupéfait en le voyant pour la première fois, mais peut-être, se disait-il, que ses yeux avaient une toute autre signification là d’où elle venait.

— Je te rassure, je ne suis pas un criminel ni je ne sais quel mythe que tu entendras ici. Je suis juste né comme ça, tout simplement.

— Et je ne suis pas non-plus aveugle, ajouta-t-il rapidement, devinant quelle serait la prochaine question de Nala. Aucun des livres que j’ai lus n’en parle, d’ailleurs.

— Et des livres, il en a lu des tonnes, notre Daemon, ajouta Alex en lui donnant une petite tape sur l’épaule.

Nala eut un léger sourire, qu’elle chercha à cacher en posant une main devant sa bouche.

— C’est plutôt joli, je trouve, affirma-t-elle. J’aime bien la teinte argentée tout autour. Tu devrais montrer ça à mon père, il pourrait peut-être trouver d’où ça vient.

Daemon fronça les sourcils, l’air perplexe.

— Tu penses qu’il saurait m’en dire plus ?

— Eh bien, oui, je pense. Il a déjà eu affaire à plusieurs créatures très étranges, tu sais. Enfin, je ne veux pas dire que tu es une créature, mais...

Elle s’interrompit, cherchant sans doute des mots plus convaincants.

Le groupe d’étudiants que Daemon avait repéré plus tôt venait d’entamer lui-aussi la descente des marches pour se trouver une place.

À peine eurent-ils atteint la première marche que leurs regards se figèrent sur eux

L’un d’eux, celui aux cheveux bruns et à la silhouette d’athlète, les fixait en marmonnant des paroles inaudibles, tandis que les deux autres étaient pris d’un fou rire.

La dernière ne riait pas vraiment ; elle laissait échapper de petits gloussements, la main posée sur ses lèvres, tout en écoutant le garçon, qui avait posé la main sur son épaule.

Daemon soupira.

— Tiens, tiens, comment il va, le faux aveugle ? s’exclama le garçon, de loin. On était justement en train de parler de toi.

Les deux autres éclatèrent de rire.

— Arrête, ce n’est plus drôle, fit remarquer la fille en lui donnant un petit coup de coude.

Mais il ne tint aucun compte de sa remarque.

Le regard de Daemon allait de l’un à l’autre, sans jamais croiser celui de la jeune fille, dont il avait reconnu les cheveux roux. Il préféra faire comme s’il ne l’avait pas vue, bien que cela ne l’empêchait pas de sentir un nœud lui serrer l’estomac.

— On se reverra en cours, DaeDae, lança le garçon en s’asseyant trois rangs à leur droite.

Daemon les regarda s’installer, les poings légèrement serrés. Il ne se rendit compte que tardivement du silence qui commençait à régner dans la salle, ni des deux professeurs qui se dirigeaient vers le centre. Son regard se posa par hasard sur le visage d’Alsa, la jeune fille aux cheveux roux, qui le regardait elle aussi.

Son cœur fit un bond dans sa poitrine.

Elle lui fit un sourire gêné et remua discrètement les lèvres pour dire ce qui semblait être un : « Désolée ».

— On devrait se trouver une place, dit Daemon, en sentant d’autres regards se poser sur eux. Madame Bios est arrivée.

Autour de leur groupe, les places se libéraient brusquement. Tous les étudiants des alentours avaient, abandonné précipitamment leur place, en lui jetant des regards indiscrets.

— Mais... pourquoi s’en vont-ils ainsi ? demanda Nala, déconcertée. Est-ce à cause de tes yeux ?

Daemon laissa échapper un rire amer en prenant place sur l’un des sièges vacants. Ses compagnons l’imitèrent.

— Non... ce n’est pas de mes yeux dont ils ont peur, répondit-il le regard fixant le vide. C’est de moi.

Nala fronça les sourcils, perplexe.

Les deux professeurs, désormais face aux étudiants, leur firent aussitôt signe de garder le silence.

Madame Bios, la plus âgée des deux, s’avança vers l’estrade et murmura :

Vorax.

Pendant une fraction de seconde, derrière ses lunettes ovales, ses yeux bleus prirent une teinte jaune éclatante, avant de retrouver leur clarté habituelle.

— Bonjour à tous, dit la vieille dame, dont la voix, marquée par les années, s’était soudain amplifiée. Je vous souhaite la bienvenue à l’Académie Royale des Connaissances magiques et Humaines.