🖤 Chapitre 1
🖤 Chapitre 1 — Quelqu’un que je prétends être
Jayden n’aimait pas sortir.
Dehors, il fallait exister correctement.
Marcher correctement.
Regarder correctement.
Respirer correctement.
Comme si tout chez lui pouvait être une erreur.
Alors il restait dans sa chambre.
La porte fermée, les rideaux à moitié tirés.
Une série tournait en fond sonore sans qu’il la regarde vraiment.
Les voix remplissaient le silence.
C’était mieux comme ça.
Parce que le silence… pensait trop.
Il connaissait déjà les épisodes par cœur.
Les dialogues.
Les émotions.
Les fins.
Dans ces histoires, les gens souffraient… mais ils finissaient toujours par être compris.
Par être aimés.
Il ne comprenait pas pourquoi ça ne marchait jamais comme ça dans la vraie vie.
Le matin, il se regardait souvent dans le miroir.
Pas longtemps.
Juste assez.
Regarde-toi.
Il évitait son propre regard.
Puis revenait.
Comme si quelque chose allait changer.
T’es sérieux ? C’est ça que les autres voient ?
Il serre légèrement les dents.
T’es gros.T’es bizarre.T’es pas normal.
Silence.
Et tu crois vraiment que quelqu’un peut t’aimer comme ça ?
Il baisse les yeux.
Personne reste avec quelqu’un comme toi.
Sa main se crispe sur le bord du lavabo.
T’es une erreur.Une gêne.Un problème.
Il ferme les yeux.
Peut-être que le problème… c’est moi.
Puis il sort.
Comme si rester plus longtemps allait le casser un peu plus.
À la maison, il apprenait à être invisible.
Son frère parlait fort.
Sa mère répondait peu.
Et lui… il observait.
Toujours.
Il avait grandi sans vraiment comprendre ce que c’était d’être vu.
Ou choisi.
Ou aimé sans condition.
Parfois, il essayait de parler.
Mais les mots sortaient mal.
Ou pas du tout.
Alors il finissait par se taire.
Les années avaient laissé des traces.
Pas toujours visibles.
Mais présentes.
Au collège, les choses avaient changé.
Pas doucement.
Pas progressivement.
On l’avait poussé la première fois “pour rire”.
Il avait souri.
Parce qu’il ne savait pas quoi faire d’autre.
Puis c’était devenu habituel.
Les remarques.
Les rires.
Les coups dans les couloirs.
Il avait appris à marcher plus vite.
À regarder le sol.
À ne pas réagir.
Si je ne fais rien… ça va passer.
Mais ça ne passait jamais vraiment.
Même les adultes ne disaient rien.
Ou pire… ils regardaient sans voir.
Alors il a compris une chose simple :
👉 il était facile à oublier… mais aussi facile à viser.
Ses résultats ont commencé à baisser.
Lentement.
Sans bruit.
Comme lui.
Un jour, quelqu’un lui a dit :
“Tu coûtes trop.”
Ce n’était pas crié.
Ce n’était même pas violent.
C’était dit comme une évidence.
Et ça…
ça a fait pire que n’importe quel cri.
Il a changé de maison plusieurs fois.
Chez sa sœur.
Puis une autre.
Puis encore une autre.
Chaque fois, il espérait que ça serait différent.
Chaque fois, il essayait d’être meilleur.
Moins encombrant.
Moins difficile à aimer.
Moins lui.
Mais quelque part… ça restait toujours le même problème.
Chez une de ses sœurs, il a cru que ça allait mieux.
Il parlait un peu plus.
Il riait parfois.
Il respirait différemment.
Mais ça n’a pas duré.
Il y avait des jours où tout allait bien.
Et d’autres…
où même exister demandait trop d’effort.
Il ne comprenait pas pourquoi.
Personne ne lui expliquait.
Et petit à petit, il a commencé à se perdre.
Puis il a remarqué quelque chose.
Les garçons.
Pas comme les autres.
Pas comme il “devait” les regarder.
Ça l’a effrayé.
Plus qu’il ne voulait l’admettre.
Parce que ça ne rentrait pas dans ce qu’il connaissait.
Dans ce qu’il contrôlait.
Alors il a fait ce qu’il savait faire :
👉 jouer un rôle.
Toujours.
Encore.
Et parfois, le soir, seul dans sa chambre…
une pensée revenait.
Si personne ne connaît le vrai moi…est-ce que je suis vraiment quelqu’un ?
Un jour, une lettre est arrivée.
Université.
À l’étranger.
Il est resté immobile.
Longtemps.
Ce n’était pas un miracle.
Pas une solution.
Mais pour la première fois…
ce n’était pas totalement fermé.
Une possibilité.
Peut-être que là-bas…je pourrai respirer autrement.
Ou peut-être…que je resterai le même.
Il a fermé les yeux.
Et pour la première fois depuis longtemps…
il n’a pas repoussé cette idée.
Juste un peu.