Le Prix Du Silence

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Summary

Résumé Narratif : Les Veilleurs de l'Abysse ​L'Intrigue : Sarah, une ancienne tireuse d'élite de l'armée de l'air brisée par son passé, accepte un contrat mystérieux de 500 000 $ pour surveiller une muraille isolée bordant un gouffre sans fond appelé "L'Abysse". Logée dans une villa de luxe, elle découvre rapidement que sa mission n'est pas technique, mais défensive. Les mines qu'elle doit entretenir servent à repousser les "Frilleurs", des créatures humanoïdes nées d'expériences militaires illégales visant à créer des surhommes. ​Les Enjeux : ​Survie : Sarah réalise qu'elle est la 201ème recrue en un an ; personne n'a survécu assez longtemps pour toucher la prime. ​Vérité : Elle doit découvrir l'origine de l'infection qui a transformé des soldats en monstres pâles et rapides. ​Héroïsme : Seule face à une invasion imminente qui menace l'humanité, elle devra choisir entre fuir avec les preuves ou se sacrifier pour sceller l'Abysse à jamais.

Status
Complete
Chapters
14
Rating
n/a
Age Rating
16+

LE PRIX DU SILENCE

La lettre d’offre n’avait ni en-tête officielle, ni sceau gouvernemental, ni même de signature manuscrite. Elle n’avait qu’une odeur de papier glacé de haute qualité et une promesse indécente, imprimée en caractères gras : 500 000 dollars. Pour Elena Vance, ancienne tireuse d’élite de l’Air Force dont la pension d’invalidité couvrait à peine le loyer d’un studio miteux infesté de moisissures dans les bas-fonds de Seattle, ce n’était pas un contrat de travail. C’était une résurrection. Ou peut-être un pacte avec le diable.

Lorsqu’elle franchit le premier portail électronique, dont les caméras biométriques scannèrent ses rétines avec un bourdonnement de précision chirurgicale, le luxe de la propriété la frappa comme une gifle physique. Une villa de verre, d’acier brossé et de béton poli, perchée telle un aigle de métal au sommet d’une falaise abrupte. La demeure dominait une muraille de protection titanesque, un serpent de béton gris d’un kilomètre de long qui semblait avoir été coulé directement dans la roche mère. Cette muraille ne séparait pas deux propriétés ; elle marquait la frontière entre le monde des vivants et un gouffre sans fond que les locaux appelaient simplement « L’Abysse ».

L’homme qui l’accueillit sur le parvis chauffé de la villa portait un costume en laine de vigogne dont le prix dépassait probablement celui de son fusil de précision fétiche, un McMillan TAC-50. Il ne lui offrit ni un verre, ni une poignée de main. Ses yeux étaient aussi vides et froids que les capteurs laser qui entouraient la zone.

— « Votre mission est d’une simplicité presque insultante pour vos états de service, Sergent Vance, » commença-t-il, sa voix étant parfaitement modulée, dénuée de toute inflexion humaine. « Vous vérifiez le périmètre miné le long de la crête toutes les deux heures. Vous vous assurez que les capteurs de pression sismiques sont actifs et calibrés. Et surtout, vous ne posez jamais de questions sur ce qui se trouve en bas. Dormez le jour, vivez la nuit. La villa est entièrement à votre disposition, tant que vous ne quittez pas la ligne de défense. »

Elena regarda la maison. Tout y respirait la démesure technologique : domotique de pointe contrôlée par IA, cave à vin climatisée, lit king-size recouvert de soie. C’était une cage dorée pour une prédatrice. Mais à l’extérieur, sur la terrasse sud, trônait une anomalie qui brisait toute cette esthétique de magazine de luxe. Une mitrailleuse lourde M2 de calibre .50, montée sur un pivot hydraulique motorisé, pointant ses deux canons sombres et menaçants vers le vide sidéral de l’Abysse. Ce n’était pas une arme de surveillance pour éloigner des rôdeurs ou des journalistes. C’était une arme de guerre, conçue pour stopper des blindés... ou des choses bien plus résistantes.

— « Pourquoi une telle puissance de feu pour surveiller des cailloux et des éboulements ? » demanda-t-elle en passant une main gantée sur le métal huilé de la culasse. La sensation du fer froid sous ses doigts la rassurait plus que le velours des canapés à l’intérieur.

L’homme eut un sourire qui resta figé sur ses lèvres, n’atteignant jamais ses yeux d’automate. — « On ne sait jamais ce que le vent ascendant peut remonter de la falaise, Sergent. L’Abysse a une écologie... particulière. Considérons cela comme une police d’assurance très persuasive. »

La première nuit tomba sur la crête avec une brutalité soudaine, presque artificielle. Il n’y eut pas de crépuscule orangé, pas de transition douce. Juste un basculement brutal vers un noir d’encre, seulement percé par les projecteurs halogènes de la muraille. Elena entama sa première ronde, marchant d’un pas cadencé le long du rempart de béton. Le silence était absolu. Trop absolu. Dans les forces spéciales, elle avait appris que le silence total est une arme, une anomalie statistique. Ici, c’était une pathologie. Pas un cri de chouette, pas un bruissement d’insecte dans les herbes hautes, pas même le vrombissement lointain d’un moteur. Même le vent semblait avoir peur de souffler trop fort près du bord, comme s’il craignait d’être aspiré par le gouffre.

Elle portait ses lunettes de vision nocturne de dernière génération, transformant le monde en un paysage d’émeraude et d’ombres. Soudain, alors qu’elle atteignait le marquage du premier kilomètre, là où la falaise plongeait verticalement sur plus de trois mille mètres, sa peau se mit à picoter. Ce frisson familier, cette décharge électrique qui part de la base de la nuque pour irradier le long de la colonne vertébrale. Son instinct, affûté par dix ans de déploiements en zones hostiles, lui hurlait qu’elle n’était plus seule.

Elle s’arrêta net, son fusil à l’épaule, le canon balayant l’obscurité. Elle activa la lunette thermique. Rien. Juste le gris uniforme et froid de la pierre. Pas une signature de chaleur, pas une empreinte infrarouge. Le vide thermique total.

BOOM.

Une explosion sourde, souterraine, fit trembler le sol sous ses bottes de combat. L’onde de choc remonta de la falaise, faisant vibrer ses dents. Plus bas, à mi-pente, à environ deux cents mètres sous sa position, un nuage de poussière et de débris s’éleva, éclairé par la lueur blafarde de la pleine lune. Une mine à fragmentation venait de sauter. Elena attendit le cri d’un animal blessé, le bruit d’un éboulement naturel de roches calcaires.

Rien.

Juste le son sourd de quelque chose d’incroyablement lourd qui chutait dans le vide, rebondissant contre les parois avant de disparaître dans les ténèbres inférieures. Puis, le silence reprit ses droits, plus lourd, plus oppressant qu’avant. Elle s’approcha du bord, le cœur battant à un rythme qu’elle ne lui connaissait plus depuis sa dernière extraction sous les feux ennemis.

— « Juste de la surveillance sismique, mon œil... » murmura-t-elle pour elle-même, la voix rauque.

Elle retourna vers la terrasse, ses yeux fixés sur la mitrailleuse immense qui baignait maintenant dans la lumière froide et argentée de la lune. Elle comprit alors, avec une clarté glaciale, que les 500 000 dollars n’étaient pas versés pour ses talents d’observatrice, mais pour sa capacité à rester sur place lorsqu’elle découvrirait ce que les mines tentaient désespérément de stopper. L’Abysse n’était pas un trou dans le sol. C’était une bouche. Et quelque chose, en bas, essayait de monter.

Elena entra dans la villa, ignora le luxe insultant du salon, et se dirigea directement vers le panneau de contrôle de l’armement. Elle déverrouilla la culasse de la .50 et chargea une bande de munitions incendiaires. Si ce qui montait n’avait pas de signature thermique, elle allait lui en donner une de force.