LE FILS DU PRÉSIDENT

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Summary

Fils unique du Président de la République du Sénégal. Brillant, silencieux, redoutable. Il a grandi dans les couloirs du pouvoir et en a absorbé toutes les règles et toutes les déviances. Il ne demande pas. Il obtient. Son obsession pour Alya n'est pas romantique au sens naïf du terme : c'est quelque chose de plus profond, de plus sombre. Il l'a vue une fois. Elle est partie. Et ça, personne ne disparaît de sa vie sans qu'il le décide. Fille de Maître Rokhaya Fall, avocate pénaliste réputée et conseil de la Présidence. Alya a grandi dans l'ombre d'une mère puissante et absente. Elle est studieuse, lucide, avec une sensibilité qu'elle cache derrière une façade calme. Elle a un petit ami Kader, stable, rassurant, ordinaire. Exactement ce qu'elle a toujours voulu pour ne pas ressembler au monde de sa mère. Mais la nuit de la première soirée, quelque chose s'est fissuré en elle. Et elle ne sait pas encore à quel point cette fissure va tout engloutir.

Status
Ongoing
Chapters
3
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1


LE FILS DU PRÉSIDENT



Pouvoir. Obsession. Contrôle.


UGONMA









© UGONMA, 2026


Tous droits réservés.


Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme que ce soit sans autorisation écrite de l'auteur, à l'exception de courtes citations utilisées dans le cadre de critiques.


Ce roman est une œuvre de fiction. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite.






À celles et ceux qui savent que certaines rencontres changent tout.

Et que certaines... détruisent.







« Je ne croyais pas aux coïncidences avant cette nuit-là. »




NOTE DE L'AUTEUR:


Ce roman est né d'une question simple :

jusqu'où peut aller quelqu'un qui a toujours eu le pouvoir d'obtenir tout ce qu'il désire ?


Dans Le fils du Président, j'ai voulu explorer les zones grises.

Celles où l'amour se confond avec le contrôle,

où le désir flirte avec l'obsession,

et où les choix ne sont jamais vraiment libres.


Les personnages que vous allez rencontrer ne sont pas parfaits.

Ils ne cherchent pas à l'être.

Ils évoluent dans un monde où les apparences sont maîtrisées,

mais où les émotions, elles, débordent souvent dans le silence.


Alya et lui incarnent deux réalités opposées :

celle qui veut une vie simple, loin du pouvoir...

et celui qui est né dedans, et qui ne connaît aucune limite.


Leur rencontre n'est pas douce.

Elle n'est pas innocente.

Et surtout, elle n'est pas sans conséquences.


Ce livre contient des thèmes intenses, parfois dérangeants,

car certaines histoires ne sont pas faites pour rassurer,

mais pour faire ressentir.


Si vous entrez dans cette histoire,

faites-le en sachant une chose :


Certaines rencontres ne changent pas seulement une vie...

elles la consument.


— UGONMA




PDV : Rahmane

« Je ne croyais pas aux coïncidences avant cette nuit-là. »

Il y a des salons qu'on traverse sans les voir.

Celui-ci, je le connaissais par cœur — chaque tableau accroché au mur avec la précision d'un archiviste, chaque chandelier en bronze dont je savais le poids approximatif, chaque fissure imperceptible dans le plâtre blanchi que les équipes de protocole recouvraient de peinture fraîche avant chaque réception. J'avais grandi entre ces murs. Pas dans le sens où l'on dit que l'on a grandi quelque part avec nostalgie dans le sens littéral, clinique du terme. J'avais appris à marcher dans ces couloirs. J'avais fait mes premiers cauchemars dans les chambres de l'aile Est. J'avais regardé mon père serrer des mains d'hommes que je savais corrompus avec le même sourire qu'il réservait aux dignitaires étrangers, et j'avais compris, très tôt, que le pouvoir n'était pas une question de vérité mais de maîtrise de la surface.

Ce soir-là, la surface était impeccable.

Les lustres du grand salon diffusaient une lumière dorée, tamisée, calculée pour flatter les visages et adoucir les arêtes. Une musique de fond des cordes, quelque chose de classique que personne n'écoutait vraiment se fondait dans le murmure continu des conversations.

Il y avait peut-être deux cent cinquante personnes dans cette pièce, réparties en grappes selon des hiérarchies invisibles mais absolues que tout le monde dans ce milieu savait lire. Les ministres ici. Les ambassadeurs là. Les femmes de ministres un peu plus loin, ensemble, à parler de choses que leurs maris ne connaîtraient jamais. Les juristes, les conseillers, les attachés chacun à sa place, chacun jouant son rôle avec le naturel de quelqu'un qui a oublié que c'était un rôle.

Moi, j'étais debout près de la fenêtre du fond.

Une position que je choisissais systématiquement dans ce genre de soirée dos partiellement protégé, vue sur l'ensemble de la salle, sortie accessible sans avoir à traverser le cœur de l'espace. Samba m'avait dit un jour que j'avais la posture d'un homme qui s'attend toujours à devoir partir rapidement. Je lui avais répondu que c'était précisément pour ça que je ne partais jamais le premier.

J'avais un verre à la main eau minérale, pas d'alcool, jamais d'alcool dans ces contextes où chaque relâchement était potentiellement photographié, mémorisé, réutilisé. Je souriais quand on m'adressait la parole. Je répondais avec la précision d'un homme qui sait que chaque mot qu'il prononce dans cette enceinte est susceptible d'être rapporté à son père avant la fin de la nuit. J'avais trente ans et j'étais fatigué d'une fatigue qui n'avait rien à voir avec le sommeil — cette fatigue particulière des gens qui habitent des rôles trop grands ou trop étroits pour eux depuis trop longtemps.

La réception célébrait — officiellement — le vingtième anniversaire d'un accord de coopération économique entre le Sénégal et deux pays partenaires dont les représentants étaient présents avec leurs délégations respectives. Officieusement, comme toutes les réceptions au Palais, elle servait à maintenir des équilibres, à consolider des alliances, à laisser des hommes se regarder en face dans un contexte neutre pour mesurer leurs forces relatives. Mon père excellait dans cet exercice. Il circulait dans la salle avec une aisance que j'avais longtemps admirer et que j'observais maintenant avec une lucidité différente — l'aisance d'un homme qui a compris qu'on ne gouverne pas un pays, on le négocie en permanence.

Je l'avais salué en arrivant. Deux minutes, une poignée de main ferme, un regard qui disait tout ce que nos conversations ne disaient plus depuis des années. Il m'avait présenté à l'ambassadeur d'un pays dont je tairai le nom, j'avais échangé quelques phrases en anglais, puis je m'étais éclipsé vers ma fenêtre avec la discrétion d'un homme qui sait se rendre invisible quand c'est nécessaire.

C'était ma compétence principale, peut-être. Savoir regarder sans être regardé.

Et c'est pour ça que je l'ai vue.

Il y avait des femmes dans cette salle — des femmes remarquables, élégantes, habituées à ces espaces et à ce qu'ils exigent. Des femmes qui savaient exactement comment se tenir, comment sourire, comment exister dans un environnement comme celui-ci sans effort apparent. J'en connaissais plusieurs. J'en avais aimé une, autrefois, d'une façon qui m'avait coûté plus que ce que j'avais prévu de payer. Je ne saurais pas expliquer ce qui a attiré mon attention vers elle en premier.

Elle n'était pas comme elles me suis-je dit.

Ce n'était pas une question de beauté — bien qu'elle fût belle, d'une façon que je mettrais du temps à définir, quelque chose dans la structure du visage, dans la façon dont la lumière s'y posait. C'était autre chose. Une présence qui contrastait avec tout ce qui l'entourait sans que ce contraste soit intentionnel. Elle ne cherchait pas à se distinguer. Elle ne posait pas. Elle était simplement et c'est le mot qui m'est venu, dans toute son étrangeté appliquée à ce contexte "ailleurs ".

Elle se tenait à mi-chemin entre deux groupes de conversation sans appartenir à aucun des deux. Une robe sombre, sobre, qui n'avait pas été choisie pour impressionner ce public-là. Les mains légèrement serrées devant elle — un geste qu'elle corrigeait régulièrement, les relâchant puis les reprenant, comme si elle avait conscience de trahir quelque chose et n'arrivait pas tout à fait à s'en empêcher. Elle regardait la salle avec des yeux qui analysaient sans admirer, qui observaient sans vouloir s'intégrer.

Elle n'avait pas envie d'être là.

Dans un endroit où tout le monde se battait pour avoir le droit d'être là, c'était la chose la plus inhabitulle que j'aie vue depuis longtemps.

Je ne me suis pas approché immédiatement. Ce n'est pas ma façon de faire — précipiter un mouvement, c'est signaler qu'on ne le contrôle pas. Je l'ai regardée depuis ma fenêtre, mon verre d'eau à la main, avec la même attention que je portais à l'analyse d'un dossier complexe. Je voulais comprendre ce qu'elle faisait là. Elle était trop jeune pour être ministre, trop peu à l'aise pour être épouse de quelqu'un d'important, trop bien habillée pour être une assistante. Je l'ai vue jeter un regard en direction d'une femme plus âgée, à l'autre bout de la salle — un regard bref, presque imperceptible, mais qui disait clairement : quand est-ce qu'on part ?

La femme plus âgée, je la connaissais. Maître Rokhaya Fall. Avocate pénaliste, conseil juridique de la Présidence depuis plusieurs années, l'une des rares femmes dans ce pays à avoir imposé son nom dans un milieu qui résistait encore, souterrainement, à cette idée. Je l'avais croisée dans des réunions — une femme froide, précise, qui ne disait jamais un mot de trop et dont le silence valait souvent plus que le discours d'un autre.

La fille de Maître Fall.

Je n'avais pas su qu'elle avait une fille. Ou plutôt — j'avais su, vaguement, de la façon dont on sait des choses qui ne nous semblent pas encore pertinentes. Cette information, ce soir-là, prenait soudainement du relief.

J'ai posé mon verre sur le plateau d'un serveur qui passait. J'ai ajusté ma veste — un geste inutile, la veste était parfaite, c'était juste un geste de transition, de préparation. J'ai traversé le bord de la salle en longeant les murs, en saluant deux personnes d'un signe de tête sans m'arrêter, avec la trajectoire précise d'un homme qui sait où il va sans que ça se voie.

Il me restait peut-être vingt mètres à parcourir quand elle a bougé.

Pas vers sa mère. Vers la sortie.

Elle a traversé la salle avec une discrétion remarquable pas de précipitation, pas de regard fuyant, juste une direction et une détermination calme, comme si elle avait calculé le moment exact où personne ne la remarquerait. Elle a échangé quelques mots avec Maître Fall en passant près d'elle sa mère a hoché la tête sans interrompre sa conversation et puis elle a continué, elle a dépassé le groupe des juristes, elle a contourné les ambassadeurs, elle a disparu par la porte latérale qui donnait sur le couloir de marbre menant aux espaces extérieurs.

Je me suis arrêté.

Elle était partie.

Je suis resté immobile pendant un moment qui a dû paraître bizarre à quiconque m'observait un homme debout au milieu d'un salon de réception présidentielle, regardant une porte fermée. Puis j'ai repris mon chemin, dans une direction différente, vers le groupe où Samba discutait avec deux fils de ministres dont les prénoms m'importaient peu ce soir-là.

Samba m'a regardé approcher avec cet air qu'il avait — un mélange d'amusement et de perspicacité que vingt ans d'amitié avaient affiné jusqu'à quelque chose qui ressemblait à de la voyance.

— Tu avais l'air d'aller quelque part, dit-il.

— Je changeais juste de position.

Il a souri dans son verre. Il n'a pas insisté. C'est pour ça que Samba était Samba il savait quand ne pas insister.

Mais dans ma tête, quelque chose continuait à tourner.

Son visage. Sa façon de tenir les mains. Le regard qu'elle avait jeté vers la sortie avant même de s'y diriger, comme si elle avait depuis longtemps décidé qu'elle partirait, que la question n'était que de timing.

Une femme qui fuyait un endroit où tout le monde voulait être.

Je me suis demandé ce qu'elle fuyait exactement.

La réception s'est terminée vers minuit. J'ai accompli tout ce qu'on attendait de moi — les conversations, les poignées de main, les sourires calibrés, une brève apparition aux côtés de mon père pour une photo que je savais destinée aux journaux du lendemain. J'ai salué les ambassadeurs, échangé quelques mots en aparté avec le Directeur de cabinet sur un dossier en cours, raccompagné deux ministres vers la sortie avec la courtoisie exacte que la situation exigeait ni plus, ni moins.

En rentrant dans mes appartements, j'occupais une aile du Palais que mon père m'avait attribuée des années plus tôt, moins par affection que par pragmatisme, il était utile que je sois là —, j'ai desserré ma cravate, je me suis assis dans le fauteuil qui faisait face à la fenêtre donnant sur les jardins, et j'ai passé un long moment à regarder les lumières de Dakar au loin.

Je pensais à elle.

Ce n'était pas une pensée romantique — ou du moins, je n'aurais pas utilisé ce mot-là. C'était quelque chose de plus froid, de plus analytique. Une anomalie dans un environnement que je connaissais par cœur. Un élément qui ne correspondait pas au invité habituel et qui, pour cette raison précise, retenait mon attention avec une persistance que je trouvais légèrement irritante.

Elle n'avait pas voulu être là.

Et pourtant, elle avait été là.

Pourquoi Maître Fall avait-elle amené sa fille à cette réception ? La question m'a occupé pendant quelques minutes avant que je la remette à plus tard, dans le compartiment de mon esprit réservé aux choses qui demandaient plus d'information avant d'être comprises. J'avais appris très tôt — mon père m'avait appris, à sa façon —, qu'il ne fallait jamais tirer de conclusions sur des données insuffisantes. Les erreurs de jugement ne venaient pas de l'intelligence, elles venaient de l'impatience.

J'avais son visage en mémoire avec une netteté qui m'a légèrement surpris. Je me souviens rarement des visages des gens que je rencontre dans ces soirées — je me souviens de leurs positions, de leurs noms, de ce qu'ils représentent, mais les visages eux-mêmes ont tendance à se fondre dans une homogénéité indistincte. Pas le sien. La ligne de la mâchoire, les yeux sombres, attentifs, avec quelque chose dedans qui ressemblait à de la méfiance exercée depuis longtemps, la façon dont elle tenait la tête légèrement inclinée quand elle regardait quelque chose qu'elle essayait de comprendre.

Je me suis levé. Je suis allée jusqu'à mon bureau, j'ai allumé l'écran de mon ordinateur, j'ai ouvert le dossier des invités de la soirée une liste que le protocole compilait systématiquement, avec noms, fonctions, et quelques lignes biographiques pour les personnalités principales.

Maître Rokhaya Fall. Avocate pénaliste. Associée principale du cabinet Fall & Associés. Conseil juridique de la Présidence depuis huit ans. Veuve, non DIVORCÉE, précisait le dossier, avec la sécheresse d'un document officiel. Une fille.

Une fille.

Le dossier ne donnait pas son prénom.

J'ai fermé l'écran. Je me suis recouché. Et pendant longtemps, avant que le sommeil vienne — plus longtemps que d'habitude —, j'ai pensé à une femme qui avait traversé une salle pleine de gens qui voulaient tous quelque chose, et qui était partie avant que quiconque pense à lui demander son nom.

Elle était la seule personne dans cette pièce qui ne voulait rien.

Et c'était, je commençais à le comprendre, exactement le problème.

Le lendemain matin, j'ai convoqué Ibou. Ibrahim Ndiaye, était officiellement mon assistant personnel. Officieusement, c'était l'homme qui trouvait ce que je cherchais quand je ne voulais pas que la recherche soit tracée dans les canaux habituels. Il était discret avec la précision d'un professionnel, loyal avec la solidité d'un homme qui savait ce que sa loyauté valait et à qui il la donnait.

— J'ai besoin d'informations sur la fille de Maître Rokhaya Fall, lui ai-je dit. Prénom, âge, situation. Rien de plus pour l'instant.

Ibou n'a pas cillé. Il prenait note mentalement, il n'écrivait jamais rien en ma présence.

— Délai ?

— Aujourd'hui.

Il a hoché la tête et il est parti. Pas de question, pas de commentaire. C'était un autre aspect de sa valeur.

J'avais une réunion à neuf heures avec les conseillers économiques de mon père j'y assistais en observateur, officiellement, bien que tout le monde dans cette pièce sache que mes observations avaient tendance à devenir des orientations dans les semaines qui suivaient. Une autre réunion à onze heures sur un dossier foncier dans la région de Thiès qui traînait depuis trop longtemps. Un déjeuner avec un sénateur dont je tairai également le nom, pour des raisons qui n'appartiennent qu'à moi.

Entre tout ça, j'ai pensé à elle. Pas continuellement je ne suis pas le genre d'homme à laisser une pensée envahir son espace de fonctionnement. Mais elle revenait, par intervalles réguliers, comme une donnée non classée qui réclamait son dossier.

À seize heures quarante, Ibou m'a remis une note.

Alya Marième Fall. Vingt-deux ans. Étudiante en droit, cinquième année, Université Cheikh Anta Diop. Domiciliée avec sa mère, résidence de Almadies. Relation sentimentale :Kader Diallo, vingt-quatre ans, diplômé en gestion. Deux ans de relation.

J'ai lu la feuille deux fois. Puis je l'ai posée sur mon bureau et je l'ai regardée pendant un moment.

Alya.

Le prénom lui allait. Je ne savais pas encore pourquoi j'avais cette certitude, mais je l'avais.

Étudiante en droit. La fille d'une avocate, qui étudiait le droit. Il y avait là soit une continuité naturelle, soit une trajectoire imposée, et je ne savais pas encore laquelle des deux c'était. Un petit ami depuis deux ans — quelqu'un de stable, d'ordinaire, dont le nom ne résonnait dans aucun des registres que je connaissais. Un choix qui disait quelque chose. Les gens qui ont grandi dans des environnements de pouvoir choisissent souvent, consciemment ou non, des partenaires qui représentent l'opposé de ce qu'ils connaissent. La simplicité comme antidote.

J'ai repensé à ses mains serrées devant elle dans le salon du Palais.

À sa façon de regarder la sortie avant même d'avoir décidé de partir.

À ce regard adressé à sa mère bref, presque imperceptible qui disait quand est-ce qu'on part ? avec une lassitude qui n'était pas celle d'une soirée. C'était une lassitude ancienne.

J'ai replié la feuille. Je l'ai rangée dans le tiroir du haut de mon bureau, celui que je fermais à clé.

Ce n'était pas le moment. Je ne savais pas encore ce que ce moment signifiait, ni ce que je voulais en faire. Je savais seulement deux choses avec la certitude calme qui précède toujours mes décisions importantes.

Premièrement Alya Marième Fall n'avait pas voulu être dans cette salle hier soir.

Deuxièmement je voulais la revoir.

Ces deux faits coexistaient en moi sans se contredire. J'ai verrouillé le tiroir. J'ai repris mon travail.

Mais quelque part, dans le compartiment de mon esprit où je rangeais les choses qui n'étaient pas encore résolues, une porte venait de s'ouvrir. Alya.

***

Trois jours plus tard, lors d'une réunion au cabinet de Maître Fall à laquelle j'assistais pour un dossier qui concernait indirectement la Présidence, j'ai demandé, avec le naturel d'un homme qui pose une question anodine :

— Votre fille étudie le droit, il me semble ?

Maître Fall m'a regardé.

Pas longtemps. Une seconde, peut-être deux. Mais suffisamment pour que je comprenne, avec la certitude de quelqu'un qui a appris à lire les silences avant les mots, qu'elle avait entendu autre chose dans ma question que ce que j'avais dit.

— Oui, dit-elle simplement.

— Je suppose pour prendre la relève ?

— Le dossier va être envoyé au juge aujourd'hui même, C'est bon ?

— Oui, faites moi parvenir la réponse dès que possible. Dis-je en me levant, clôturant la réunion.

Et elle avait changé de sujet. Bien.

Ce soir-là, en rentrant, j'ai pensé à ce regard. À ce qu'il contenait.

Ce n'était pas de la méfiance ordinaire. C'était quelque chose de plus précis, de plus informé.

Elle ne voulait pas que je parle de sa fille. Ce qu'elle ne fallait pas montrer.

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