Épisodes 01-02

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Doug Crown
Doug Crown arrive tard à l’hôtel Paradis. Son autocar qui l’amenait de Los Angeles est tombé en panne et la compagnie a mis quatre heures pour trouver une solution.
Plus jamais ! Doug ne prendra plus jamais l’autocar ! Rien à cirer. Même pour cent kilomètres, il prendra l’avion.
Résultat : personne à l’arrivée. Réception fermée. Pour un cinq étoiles ! La compagnie d’autocar l’a planté à l’entrée du Paradis, puis s’est tirée. Elle avait d’autres paumés à abandonner au milieu de la nuit.
Heureusement, il y a une sonnette. Doug appuie sur le bouton et quelques secondes plus tard, un déclic ouvre la porte principale.
Doug entre et les lumières explosent ! Majestueux ! Il a l’impression que mille feux se déchaînent pour lui souhaiter la bienvenue. Il avance en tirant sa valise. Une fois passé le large couloir, entouré de miroirs et de statues de nageuses en pleine action, il arrive dans un vaste hall de réception.
Waouh ! L’effet est saisissant. On se croirait dans un décor de cinéma avec des lustres aux mille facettes, du doré et du luisant partout, des colonnes montantes jusqu’à une verrière, elle-même éclairée par des lumières en mouvements ; des divans larges et profonds comme seules les stars en possèdent, des plantes, des palmiers, encore des statues, cette fois ce sont des dauphins qui bondissent hors de l’eau en souriant aux clients !
Une porte d’ascenseur s’ouvre et un homme un peu endormi en sort, mais il ne semble pas du tout contrarié d’avoir été réveillé en pleine nuit. Il avance vers Doug Crown en tendant la main.
« Vous devez être monsieur Crown ?
« Oui, enfin me voilà ! Quel foutu voyage ! Je vous jure, je déteste tout ce qui roule ! Maintenant, promis, je ne bouge plus d’ici avant mon départ. Je vous le dis déjà, ne me proposez pas d’excursion, à moins que ce soit en jet-ski !
« Je comprends. Venez avec moi, vous pouvez laisser votre valise, il est grand temps pour vous d’entrer au Paradis. Je me présente : Barry Williams. Première chose à faire, boire et manger !
Barry Williams conduit monsieur Crown dans la partie bar, située juste à côté du hall de réception. Il allume les lumières et encore ici, c’est un festival pour les yeux. Tout est éclairé, mais sans apercevoir aucune source. Doux et soyeux. Une ambiance très lounge qui invite à siroter un apéritif en compagnie d’une personne aimée ou désirée, bien calfeutré sur une banquette à l’abri des regards.
Crown se fait la réflexion qu’il ne viendra pas souvent ici, car, justement, il n’a plus personne avec qui profiter de la douceur de vivre. Ruby l’a quitté deux jours plus tôt, pour un autre, pour une saloperie de mec tout neuf ! Alors qu’ils se réjouissaient tous les deux de leurs quinze jours de vacances au Paradis…
Crown chasse l’image de Ruby. De toute façon, il est trop énervé par son voyage. Il lui faut de l’alcool dur et overdosé. S’il pense à Ruby, son cœur se referme et il n’a plus envie de rien. Demain. Il verra ça demain. Maintenant, place à l’oubli.
Barry Williams lui sert un whisky-coca que Doug Crown avale d’une traite. Encore un !
« Vous ne voulez pas manger quelque chose ? demande monsieur Williams.
« Je n’ai pas faim. Il avale son deuxième verre. Encore un !
Barry Williams sent que monsieur Crown est au bord de la rupture. L’instinct. L’habitude. Appelez ça comme vous voulez. Barry est le directeur des problèmes au Paradis et il flaire les malheurs avant même qu’ils ne fassent surface. Or, monsieur Crown n’allait pas tarder à sortir le grand jeu question chaos personnel. Barry décide d’accompagner Crown et se sert également un whisky.
Les deux hommes boivent quelques verres, ensuite Barry va chercher un cognac, cuvée spéciale, et ils boivent encore. Ils deviennent les meilleurs amis du monde. Barry garde la tête claire. Il est capable de boire beaucoup sans en ressentir les effets, ou presque… Juste une gueule de bois.
Doug Crown raconte :
« Elle m’a quitté pour un collègue. C’est pitoyable, non ? Un ancien collègue, parce que j’ai quitté la police pour me mettre à mon compte. Ce merdeux de flic venait souvent chez nous et je n’ai rien vu venir. Je suis le roi des cocus ! Le plus grand des rois, parce que vous savez ce que je fais dans la vie ? J’enquête pour des clients qui soupçonnent leur femme ou leur mari de les tromper…
« Ah ben oui ! Ça, ça la fout mal ! s’exclame Barry.
« Comme vous dites. Pendant que je passais mes nuits à planquer dans ma voiture, me crevant les yeux à scruter l’obscurité, ma femme s’allumait avec un autre.
Doug se penche sur la table, la tête entre les bras.
« Je refuse de l’imaginer avec lui. Je refuse ! Et je ne vois qu’eux ! Je la vois. Elle se jette dans ses bras. Elle lui caresse le visage, puis elle l’embrasse. Ils se serrent l’un contre l’autre et se disent que maintenant qu’elle m’a quitté, ils vont pouvoir faire des projets… Ça fait mal !
Barry Williams aurait bien voulu lui dire que la vie continue, malgré ce qu’il croit. Mais monsieur Crown n’est plus capable d’entendre. Il parle. Il se vide.
« Elle m’a quitté deux jours avant de venir ici. Elle m’a dit : il n’y a pas de bons moments pour quitter — ça je le sais ! Ah oui, j’ai oublié de vous dire, ma femme est anglaise —, alors je préfère le faire maintenant. Tu vas aller in holliday en vacances et tu rencontreras sûrement une femme. Profite bien du Paradis ! Je suis certaine que tu trouveras la paix. Nous deux, ça n’allait plus. Comment ça n’allait plus ! Moi, je trouvais que ça marchait du tonnerre. Nous passions de bons moments. On ne parlait pas beaucoup, mais je trouvais ça normal. Le soir, quand je n’avais pas de filature, on mangeait devant la télé, puis on regardait des séries, assit dans le même divan. Des séries qui parlaient d’amour. On se prenait parfois dans les bras — plus ces derniers temps, c’est vrai —, ou on se donnait la main, enfin, moi je lui prenais la main, mais elle ne retirait pas la sienne. On ne s’embrassait presque plus, mais c’était normal non, après un paquet d’années de mariage !
Même le sexe était encore bien par moment. Nous avions nos habitudes. Nous n’avions plus à hésiter. Elle savait ce que j’aimais et elle ne se faisait pas prier pour me l’offrir. Vous savez, elle était si sexy. Elle ne devait pas me le demander deux fois. J’aurais même abandonné une surveillance pour la rejoindre quand elle m’attendait dans la cuisine avec son regard qui disait : viens tout de suite me prendre ! Bon, je reconnais que ça n’arrivait plus très souvent ces dernières années et maintenant que j’y pense, ça n’arrivait plus du tout ! Je me souviens comme j’aimais faire l’amour dans la salle de bain, devant le miroir, même quand il y avait de la buée ! J’espère que je ne vous choque pas ?
Barry fait non de la tête. Chacun son truc. Lui, c’est la poitrine d’Amélia.
« Vous savez quoi, j’ai cru que l’amour c’était pour toujours… Je ne savais pas que ça pouvait s’arrêter. Mes parents sont restés ensemble jusqu’à leur mort, alors, comment je pouvais savoir !
« Ruby m’a tellement aimé ! Si vous nous aviez vus… Et cet enfoiré qui me vole ma femme ! Il ne me reste plus rien…
Monsieur Crown balance son corps d’avant en arrière, puis il bascule dans le sommeil, sauvé par l’alcool.
Barry Williams range les verres et les bouteilles, prend la valise de Crown et la monte dans la chambre double — avec vue sur la piscine et l’océan — qu’il avait réservée, ensuite il revient chercher Doug Crown. Il le ramène tant bien que mal dans la chambre, le couche dans le lit, retire les chaussures, met un drap sur lui et quitte la chambre en éteignant l’air conditionné.
Pas certain qu’il se souvienne de la soirée, pense Williams. Et c’est peut-être mieux ainsi. La désillusion de ce client doit rester au fond du verre de cognac.
Barry Williams regagne sa suite au cinquième étage. Il prend le temps de se déshabiller et surtout de boire un grand verre d’eau avant de se recoucher.

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