Cible Abbatue

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Summary

Le résumé : À peine deux jours après avoir rendu son insigne, Karl, ex-sniper d'élite légendaire, rejoint son chalet isolé pour goûter enfin au silence. Mais la paix est de courte durée. Avant même qu’il n’ait pu franchir le seuil, un drone surgit du ciel et pulvérise son refuge d'un missile. Soufflé par l'explosion, Karl ne doit sa survie qu'à ses réflexes de prédateur. Il comprend alors l'impensable : il est traqué. La puce de « sécurité » que lui a implantée une infirmière à la clinique militaire est en réalité une balise de mort. Seul dans la forêt, sans équipement et blessé, Karl improvise. Utilisant une casserole pour bloquer le signal électronique du drone, il s'enfonce dans les bois pour une opération de chirurgie de fortune : s'arracher le traceur au couteau. C’est alors qu’un loup affamé surgit de l'ombre. Dans un combat sauvage, Karl parvient à faire avaler la puce au prédateur. Quelques minutes plus tard, le drone frappe à nouveau, pulvérisant l'animal et le signal qu'il portait. Aux yeux de ses assaillants, Karl est mort. L'enjeu : Désormais devenu un fantôme, l'ancien tireur d'élite n'a plus rien à perdre. Brûlant de rage, il commence une enquête sanglante pour découvrir qui a ordonné son exécution. Le chasseur est devenu la proie, mais la proie vient de disparaître des radars... et elle compte bien rendre les coups

Status
Complete
Chapters
12
Rating
n/a
Age Rating
16+

LE SIGNAL DU FANTÔME

Note de l’auteur :

Bienvenue dans ce nouveau récit. Avec ce chapitre, j’ai voulu explorer la fine frontière entre la paix retrouvée et l’instinct de survie qui ne meurt jamais. Vous allez rencontrer Karl, un homme qui pensait avoir laissé la guerre derrière lui, mais qui va découvrir que son passé a une mémoire d’acier. Préparez-vous à une entrée en matière brutale.

Bonne lecture, et restez aux aguets... tout comme lui.

Le silence de la forêt boréale était censé être son sanctuaire. Pour Karl, ce silence était une récompense, une monnaie rare qu’il avait payée au prix fort après vingt ans de services dans les unités d’élite les plus sombres de l’armée. Garée au bout du chemin de terre, sa vieille Jeep exhalait encore des cliquetis de métal chaud, contrastant avec l’air frais et vif de cette fin de journée.

Karl descendit du véhicule, ses bottes de randonnée s’enfonçant dans le tapis d’aiguilles de pin. Il inspira profondément. L’odeur du sapin baumier et de la terre humide était plus efficace que n’importe quel calmant. Il se tourna vers son chalet, une construction robuste en bois rond nichée au bord d’une falaise surplombant la rivière. C’était là qu’il allait devenir un homme ordinaire. Plus d’ordres, plus de lunettes de visée, plus de cibles.

Il attrapa son sac à dos sur le siège passager, ignorant la raideur dans son épaule gauche, un souvenir de sa dernière mission au Moyen-Orient. Il ne fit que quelques pas vers la porte d’entrée.

C’est alors qu’il l’entendit.

Ce n’était pas le bruissement du vent dans les branches. C’était un sifflement électrique, aigu, presque imperceptible, mais que son instinct de prédateur identifia instantanément. Un frisson monta le long de sa colonne vertébrale. Karl s’arrêta net, la main sur la poignée de la porte. Il leva les yeux.

À cinquante mètres au-dessus de la canopée, une silhouette noire, anguleuse, découpait le ciel crépusculaire. Un drone de reconnaissance de dernière génération, armé.

— Non… souffla Karl.

Il n’eut pas le temps de terminer sa pensée. Sous le ventre de l’appareil, un éclair de lumière jaillit. Un missile air-sol venait d’être libéré.

Le temps sembla se figer. Karl ne réfléchit pas ; il plongea en avant, propulsé par une décharge d’adrénaline pure. Ses muscles hurlèrent alors qu’il se jetait dans le vide, vers le talus qui descendait vers la forêt.

L’explosion fut apocalyptique.

Le chalet, le travail de toute une vie, vola en éclats dans un fracas assourdissant. Le souffle de la détonation rattrapa Karl en plein vol. La pression fut telle qu’il eut l’impression d’être percuté par un train de marchandises. Il fut projeté à plusieurs mètres, roulant violemment sur le sol rocailleux avant de s’immobiliser contre un tronc de bouleau.

Ses oreilles sifflaient, un bourdonnement strident qui masquait tout autre son. De la poussière, de la fumée et des débris enflammés pleuvaient autour de lui. Karl lutta pour reprendre son souffle, ses poumons brûlant sous l’effet de l’onde de choc. Il ouvrit les yeux, la vision floue, et vit ce qu’il restait de son havre de paix : un brasier infernal qui dévorait la forêt.

Il se redressa péniblement, le visage maculé de sang et de terre. Ses réflexes reprirent le dessus. S’ils avaient envoyé un drone, ils étaient en train de surveiller le flux vidéo. Ils vérifiaient si la cible était abattue.

Le drone descendit plus bas, tournoyant au-dessus des flammes comme un vautour électronique.

Karl comprit immédiatement le problème. Comment l’avaient-ils trouvé si vite ? Sa retraite n’avait commencé que depuis quarante-huit heures. Une image lui revint en tête, nette, glaciale : la clinique militaire où il avait passé ses tests de sortie. L’infirmière, avec son sourire trop poli, qui lui avait injecté une puce de “sécurité” sous la peau du bras. « C’est pour votre protection, Karl. En cas d’accident en forêt, on pourra vous localiser. »

— Mensonge… grogna-t-il entre ses dents serrées.

Il attrapa son sac à dos, miraculeusement épargné dans sa chute. Ses mains tremblaient, mais son esprit était clair. Il fouilla frénétiquement à l’intérieur et en sortit une grosse casserole en acier inoxydable qu’il comptait utiliser pour ses repas. Sans hésiter, il la plaqua contre son bras gauche, là où la puce brûlait sous sa peau. Il espérait que le métal créerait une cage de Faraday improvisée, assez pour brouiller le signal quelques secondes.

Le drone vira de bord, ses capteurs infrarouges balayant la zone de l’explosion. Karl profita de ce court répit pour se jeter dans l’ombre épaisse de la forêt dense. Il courait, ignorant la douleur dans ses côtes, la casserole pressée contre son corps comme un bouclier ridicule mais vital.

Il s’enfonça profondément sous le couvert des arbres, là où les branches étaient si serrées que même un satellite aurait du mal à le repérer. À un kilomètre du site de l’explosion, il s’arrêta, à bout de souffle, près d’un ruisseau.

Il devait sortir ce traceur. Maintenant.

Il sortit son couteau de survie, une lame en carbone noirci qui n’avait jamais failli. À la lumière mourante du jour, il retrouva la petite cicatrice sur son avant-bras. Sans une hésitation, il serra les dents et enfonça la pointe de la lame dans sa propre chair.

La douleur fut fulgurante, une brûlure électrique qui lui fit monter les larmes aux yeux. Il ne cria pas. Il fouilla dans le muscle, le sang chaud coulant sur ses doigts, jusqu’à ce qu’il sente un petit objet dur, pas plus gros qu’un grain de riz. Il le fit sauter d’un coup de poignet. Le minuscule transpondeur tomba dans la mousse, maculé de rouge.

Le drone approchait de nouveau. Le bourdonnement de ses moteurs se rapprochait dangereusement.

C’est alors qu’il entendit un autre son. Un grognement bas, guttural.

À quelques mètres de lui, un loup massif, les côtes saillantes par la faim, sortit des broussailles. L’animal fixait Karl, ou plutôt le sang frais qui s’écoulait de son bras. La bête était désespérée, ses yeux jaunes brillant d’une lueur sauvage.

Le drone était presque au-dessus d’eux. Karl regarda la puce au sol, puis le loup. Une idée folle, instinctive, germa dans son esprit.

Le loup sauta. Karl, malgré sa blessure, esquiva avec la grâce d’un homme qui a survécu à mille embuscades. Il ne frappa pas l’animal. Au contraire, il utilisa la force du loup contre lui, le plaquant au sol. Dans un geste d’une précision chirurgicale, il saisit la puce ensanglantée et la projeta directement dans la gueule ouverte du prédateur.

Surpris, le loup l’avala d’un coup, cherchant à mordre la main de Karl.

Karl se dégagea, attrapa son fusil de précision qu’il avait réussi à arracher à son sac et tira deux coups en l’air. Le vacarme fit sursauter l’animal qui, terrifié, détala à travers les bois en direction d’une clairière opposée.

— Va-t’en, mon grand. Cours pour nous deux, murmura Karl.

Il se dissimula sous un amoncellement de branches mortes, retenant sa respiration.

Quelques secondes plus tard, le drone apparut dans la petite trouée de ciel. Il ne s’intéressa pas à Karl, immobile et caché sous la végétation. Ses capteurs venaient de verrouiller le signal qui se déplaçait rapidement à quelques centaines de mètres de là. Pour l’intelligence artificielle de l’appareil, Karl était en train de fuir.

Le drone inclina ses ailes. Un second missile se détacha.

L’explosion lointaine fit vibrer le sol. Karl ferma les yeux, une pensée fugitive pour le loup qui venait de mourir à sa place. Le signal s’éteignit brusquement. Sur l’écran d’un centre de commandement, quelque part à des milliers de kilomètres, un point rouge venait de disparaître. Mission accomplie. Cible neutralisée.

Le drone fit un dernier passage de vérification, puis vira vers le sud, s’éloignant pour retourner à sa base.

Le silence revint sur la forêt, plus lourd qu’auparavant. Karl resta immobile pendant de longues minutes, le bras bandé par un morceau de sa chemise. Il se releva lentement, ses yeux n’étant plus ceux d’un retraité, mais ceux d’un homme qui venait de traverser le Styx.

Il regarda la fumée noire qui montait encore de son chalet au loin. Ils croyaient qu’il était mort. C’était leur plus grande erreur.

Il ne rentrerait pas chez lui. Il n’avait plus de chez-soi. Il n’avait plus de nom. Il n’était plus qu’un fantôme armé d’une haine pure. L’enquête n’allait pas être menée par la police ou l’armée. Elle serait menée par lui, dans l’ombre, avec la précision d’un tir à mille mètres.

Karl ramassa son sac, vérifia son chargeur et s’enfonça dans la nuit noire. La chasse venait de changer de camp.