Chapter 1: l’écho du brasier
Le chaos avait une odeur. Celle de la poudre, du pneu brûlé et de l'adrénaline pure qui cognait contre mes tempes.
— Police ! Tout le monde au sol !
Le cri de mon frère aîné, Marco, déchira la pénombre de l'entrepôt des quais de la zone 4. Je suivais l'escouade, mon arme de service au poing, le cœur battant à tout rompre contre mon gilet pare-balles. Pour tout le monde, j'étais Juli Milan, l'étoile montante de la brigade, le « bijou » d'une lignée de flics impeccables. Mais à cet instant précis, sous les néons grésillants, je me sentais minuscule.
Les sirènes hurlaient au dehors, projetant des éclats rouges et bleus contre les vitres encrassées. La fumée des grenades lacrymogènes flottait en volutes paresseuses, transformant l'usine en un labyrinthe fantomatique.
C'est là que je l'ai vu.
À travers le rideau de brume grise, une silhouette se détachait, adossée contre une pile de caisses de chargement. Il ne courait pas. Il ne se cachait pas. Il dominait le chaos.
C'était Mike Kim.
Le futur roi de l'empire de la drogue. L'héritier du sang.
Même de loin, son aura m'a frappée comme une gifle thermique. Il portait un costume noir d'une coupe chirurgicale qui épousait ses larges épaules, la chemise déboutonnée au col, révélant la naissance d'un tatouage sombre qui remontait sur sa gorge. Ses cheveux, noirs comme une nuit sans lune, étaient légèrement décoiffés par le vent qui s'engouffrait dans l'entrepôt.
Il a tourné la tête lentement. Le temps s'est arrêté.
Ses yeux étaient des lames d'obsidienne, froids, mais brûlants d'une intensité qui me mit à nu. Pendant une fraction de seconde, le monde a disparu : les cris des suspects, le fracas du métal, les ordres de mon père à la radio... il n'y avait plus que lui. Il a porté une cigarette à ses lèvres charnues, le bout rougeoyant de la braise éclairant brièvement ses traits de statue grecque, d'une virilité presque insolente.
Un sourire en coin, à peine perceptible, a étiré ses lèvres alors qu'il expirait une volute de fumée. C'était un défi. Une promesse de destruction.
— Juli ! Bouge de là ! hurla Marco en me bousculant.
Je clignai des yeux. Quand je regardai à nouveau vers les caisses, il n'y avait plus que de la fumée. Mike Kim s'était évaporé dans les ténèbres comme s'il en était le créateur.
Deux semaines plus tard
Je fixais le plafond de ma chambre, incapable de trouver le sommeil. L'image de cet homme était gravée au fer rouge derrière mes paupières.
Je me rappelais la façon dont le tissu de sa chemise se tendait sur son torse quand il avait bougé, la ligne autoritaire de sa mâchoire, et surtout, ce regard qui semblait lire en moi mes désirs les plus inavouables. Mon père l'appelait "le monstre", "la vermine". Mais dans l'obscurité de ma chambre, le "monstre" avait un visage d'ange déchu qui me hantait.
J'avais chaud. Trop chaud. Je passai une main sur mon cou, là où son regard s'était posé deux semaines plus tôt, et un frisson électrique remonta le long de ma colonne vertébrale.
Je savais que je devais l'oublier. Je savais qu'il était le poison et que j'étais le remède. Mais à cet instant, je ne voulais pas être soignée. Je voulais brûler.