La Caresse du Feu

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Summary

Un traité pour la paix. Un otage pour serment. Un désir qui menace de tout détruire. Aelyra, Reine de Valoryn, maîtrise tout : son peuple, ses flammes, ses émotions. Mais son contrôle vacille le jour où Malrik, le Prince de Ceryndel, franchit les portes de son palais. Il est l'ombre et le givre. Elle est la lumière et le brasier. Tandis qu'Aelyra surveille son otage avec une méfiance glaciale, Malrik, lui, la fixe avec l'insistance d'un prédateur qui jauge sa proie. Des regards bien trop longs, bien trop sombres, bien trop silencieux, qui menacent de percer à jour la souveraine. Entre les complots de cour et ce jeu de domination, la frontière entre la haine et l'obsession s'efface. Malrik pense avoir trouvé sa cible, mais dans ce duel de pouvoir, le premier qui cède a déjà perdu. Dans un monde où la loyauté se paye au prix du sang et où les mensonges sont énoncés comme des vérités, il est parfois plus sûr de se tourner vers l'ennemi qui ne se cache pas d'en être un.

Genre
Fantasy
Author
Jade Crow
Status
Ongoing
Chapters
11
Rating
5.0 1 review
Age Rating
18+

Chapitre un

Aelyra

Je regarde la femme assise en face de moi dans ce carrosse royal, elle a naté ses cheveux de blés en une couronne serrée, symbole de sa discipline. Elle est magnifique, d’une beauté qui coupe le souffle mais c’est surtout son aura et son calme qui font la différence à l’approche du chaos. Elle regarde par la fenêtre, le regard dans le vide. On approche de la frontière…

Je pose ma main sur la sienne, savourant la chaleur de sa peau. Ce geste l’arrache à sa contemplation du paysage brumeux, elle plante son regard saphir dans le mien.

— Majesté, murmure-t-elle, c’est un acte nécessaire pour le bien du peuple. Et ce n’est que temporaire.

— Neia, promets moi de me revenir. Et ne laisse pas ces barbares éteindre ton feu intérieur.

— Je vous le promets, Majesté.

Le carrosse ralenti, je profite de cette accalmie pour la prendre dans mes bras, savourant son doux parfum d’acier et de feu de bois, car j’ai bien conscience que je ne vais plus le respirer avant longtemps. Je l’envoie au Royaume de Ceryndel. N’ayant pas d’héritier pour l’Échange des Couronnes, c’est elle, ma plus fidèle amie, qui va être l’otage de Ceryndel en échange du Prince de ce Roi fou. Je contiens mes larmes, je ne dois pas craquer. Mes hommes et mes ennemis ne doivent voir qu’une souveraine forte et déterminée à faire régner la paix. Ils ne doivent pas voir ma faiblesse. Le traité en dépend. La paix et la vie de mon peuple en dépendent.

Le carrosse s’arrête, je souffle en la relâchant.

— Tout ira bien ma Reine. Gardez la tête haute et ne pliez pas. Ayez confiance.

Je prends une grande inspiration en resserrant la fourrure sur mes épaules. Le pont de Brume porte bien son nom, un brouillard presque irréel recouvre la colline, engloutissant le paysage de la Vallée. Je ne distingue que les torches en feu éternel à l’extrémité du pont.

Neia sort à son tour et fait signe à ses quatre guerrières de la rejoindre. Le cœur serré, je regarde chacune de ses femmes. Je hurle intérieurement, tout comme ma cour à cette décision terrible, mais nécessaire, de les envoyer dans un Royaume barbare où les femmes ne sont vu que par leur corps. La pointe de mes oreilles frissonne sous le froid mordant du Nord, qui s’insinue sous mes vêtements jusque dans mes os.

Je pose ma main sur l’épaule de Neia pour joindre nos fronts.

— Paix et Justice ! nos murmures se rejoignent.

Je fais le même geste en scandant la devise de ma couronne avec chacune des guerrières. Elles restent toutes fières, le regard aussi vif et acéré qu’une lame. Elles ne tremblent pas, elles sont ici de leur plein gré et elles font toutes parties de mes gardes d’Élite. Kaylessa est une archère hors pair avec des pouvoirs élémentaires. Yasmina, une espionne rusée qui sait se dissimuler dans les ombres. Taenya manie l’épée comme personne et c’est une fin stratège. Siora sait lire entre les lignes et possède une volonté de fer. J’ai peur d’affaiblir ma cour et ma couronne, mais je ne peux pas prendre le risque d’envoyer n’importe qui. Elles vont devoir survivre à la cour de Kerys, de ce roi immonde et vaniteux. Elles vont devenir mes yeux et mes oreilles dans la cour de mon ennemi.

J’avance vers le pont, aux côtés de ma Générale. Je distingue à peine une masse noire de l’autre côté de l’abîme. Notre convoi s’arrête à bonne distance. Le Roi n’est pas là, je ne distingue qu’une silhouette immobile de l’autre côté. Je garde la tête droite, fixant un point imaginaire pour ne pas flancher. Le froid me mord le visage. Ma magie de feu sacré, ce brasier qui coule dans mes veines, n’arrive pas à me réchauffer suffisamment. Je contiens mes tremblements en serrant les dents et les poings.

L’ombre d’en face commence à prendre forme, je peux enfin distinguer deux silhouettes. Le Roi et le Prince de Ceryndel. Ils avancent d’un pas lent et calculé, savourant l’instant. Ils savent que je ne suis pas à mon avantage dans ce froid mordant. La buée s’échappe de mes lèvres à chaque respiration.

Le Roi et son fils s’arrêtent à quelques mètres de nous. Le contraste entre les deux hommes est saisissant, le souverain est marqué par la débauche et le plaisir, l’épaisse fourrure sur ses épaules ne cache pas son ventre bedonnant et son teint rougie par l’alcool. Quant au Prince de Ceryndel, il est athlétique et s’il n’avait pas les mêmes cheveux corbeaux et le même regard sombre et cruel, je n’aurais pas reconnu le lien de parenté. Il me dévisage avec un intérêt malsain, comme s’il cherchait à mesurer la valeur de ma couronne… ou de mon corps.

— Votre Majesté, Prince de Ceryndel, dis-je en inclinant légèrement la tête en signe de politesse.

— Votre Majesté, lâche le Roi d’une voix grasse. Vous m’amenez donc des guerrières.

— C’est ma Générale, Neia Dajor, Majesté. Ma plus fidèle amie ainsi que quatre de ses guerrières. Comme vous le savez, je n’ai pas d’héritier.

— C’est fort pratique dans votre cas de ne pas en avoir.

Je serre les dents à sa remarque pour ne pas répliquer et lui sauter à la gorge. Pour cet homme, les femmes ne sont faites que pour enfanter et assouvir les désirs des hommes. Je sens Neia frémir à sa réplique, sa main se posant instinctivement sur la garde de son épée.

— Ça l’est pour vous aussi, je réplique sèchement. N’oubliez pas le Droit à l’Acier, ce sont des membres de ma Garde d’Élite, elles ne se séparent jamais de leur épée. Et je ne tolérerais aucune violence physique et encore moins sexuelle envers mes Guerrières.

— Je prends note, répond le Roi en détaillant Neia de haut en bas avec un regard de prédateur qui me donne envie de le pousser dans le vide de toutes mes forces.

— C’est votre fils, votre seul héritier qui en paiera le prix, je n’hésiterais pas à le faire souffrir avant de lui trancher moi-même la tête Gorwin, dis-je la voix rauque de menace.

Le Prince de Ceryndel laisse échapper un demi-sourire, nullement effrayé par mes menaces à son encontre. Et pourtant, il devrait, parce que je ne tolère aucune forme de violence envers les femmes, et encore moins sur celles qui sont sous ma protection.

Le silence qui suit est pesant, le sifflement du vent qui s’engouffre sous nos pieds me fait hérisser les poils de la nuque. Gorwin ricane, ce son gras et forcé me donne la nausée, mais son fils, lui, me scrute. Il guette la moindre faille, ses yeux d’obsidiennes tentant de voir à travers mon âme.

— L’échange, ordonne le Roi de Ceryndel en faisant un signe de main.

Neia se tourne vers moi une dernière fois. Notre regard est bref, mais nous n’avons pas besoin de mots pour nous comprendre. Nous nous sommes déjà tout dit, nous savons toutes les deux le rôle que nous avons à jouer dans cette partition. Une fidélité qui dépasse la Couronne et qui est bien plus puissante que les liens du sang.

Elle raffermit sa prise sur son épée, ses quatre guerrières se placent derrière elle. Elle s’avance vers le camp ennemi, la tête haute, ne laissant résonner que le bruit de leurs bottes contre les pierres froides.

En sens inverse, le Prince de Ceryndel s’avance vers moi. Il marche la tête haute et avec le pas assuré d’un prédateur. Une fois à ma hauteur, il s’arrête, nos épaules se frôlent. Il est trop prêt, je ressens sa proximité comme une agression. Je réprime un grognement de rage, refusant de répondre à sa provocation. Je peux sentir son odeur, la neige et le cuir, un mélange étrange et sauvage.

Il se penche vers moi, son souffle caressant mon oreille et faisant frémir sa pointe.

— Vous tremblez, Majesté, murmure-t-il d’un ton provocateur, est-ce de froid… ou de peur ?

La rage bouillonne dans mes veines comme la lave d’un volcan. Il joue avec mes nerfs, il cherche à me déstabiliser. Je ne recule pas, au contrainte, je relève la tête et mon plus beau sourire.

— Bien au contraire, dis-je calmement, c’est de l’impatience. L’impatience de voir votre arrogance tomber face à mes conseillères et mes guerrières, Prince.

Je crache presque le dernier mot, le faisant sonner comme une insulte. Le coin de sa bouche tressaute et le Roi s’esclaffe. Il n’a pas manqué une seconde de notre échange. Le Prince de Ceryndel reprend son chemin vers mes gardes. Je regarde une dernière fois les silhouettes de mes guerrières disparaître dans la brume. Je leur adresse une dernière prière silencieuse.

Que la Déesse vous garde mes soeurs.

Je me retourne pour lui emboîter le pas. Je regarde la fourrure blanche sur son dos se balancer au rythme de ses pas.

Il s’arrête devant le cortège, attendant les ordres comme un animal docile qu’il n’est pas.

— Votre poignet, Prince.

Ma voix tonne ferme et empli de toute l’autorité dont je suis capable, alors que j’ai envie de hurler. Il tend son bras, paume le bas. Je sais sa main, sa peau est froide créant un contraste étrange avec la mienne qui est chaude.

Je tourne sa main en remontant légèrement la manche de son pourpoint. Je sens sa peau calleuse sous mes doigts avant de retirer ma main pour attraper la pochette de cuir dans la poche intérieur de mon manteau. Je l’ouvre doucement, consciente du regard du Prince sur mes mouvements.

Je sens la chaleur du fil d’or sous mes doigts, je lève les yeux vers mon otage, son regard est plein de défi et je ne peux m’empêcher de sourire face à sa tentative de garder le contrôle.

— Vous avez peur de moi, Majesté ?

Sa voix est calme et pourtant le défi et la fureur dans son regard ne me trompent pas.

— Vous vous méprenez, je suis simplement prudente. Votre réputation de barbare incapable de se contrôler vous précède, Prince du Nord.

J’enroule le fil d’or autour de son poignet, le métal semble au départ glisser sur sa peau mais au bout de quelques secondes, le fil s’infiltre dans la peau du Prince, laissant échapper une légère buée. Ses muscles se contractent sous l’effet de la douleur, il ne crie pas, aucun son ne sort de son corps. Seule sa mâchoire serrée et la pulsation rapide de sa veine sous le fil montrent sa douleur.

Le fil disparaît sous sa peau, laissant une marque dorée pulser doucement autour de son poignet.

Une chaîne subtile pour canaliser son pouvoir, je vais faire entrer un loup à ma cour mais je ne suis pas assez stupide pour le laisser avec toute sa force si je peux l’affaiblir.

Je frotte mes mains sur ma robe, satisfaite.

— Montez dans le carrosse royal, nous avons de la route pour retourner au palais, dis-je sèchement au Prince de Ceryndel. Vane, mon cheval.

Mon général en second s’avance avec Sapphir et me tend les rênes. Il regarde le pont et je vois dans son regard la colère et le regret, il est tout aussi touché que moi par le départ de notre Générale. Je pose ma main sur la sienne en saisissant les rênes, un réconfort silencieux autant pour lui que pour moi.

— Vous ne montez pas avec moi, Majesté ? lance le Prince de Ceryndel.

— Non, dis-je simplement en montant sur ma jument.

Sans un mot, sans un regard en arrière ou pour le Prince de Ceryndel, je claque les talons sur ma jument pour me poster à l’avant de notre cortège.

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