Prologue
Le silence de la nuit était lourd, perturbé par le bruit irrégulier de pas traînants sur le bitume. Une femme avançait péniblement sur le bord d’une route déserte, éclairée par la lumière spectrale de la lune.
Le corps de la femme était une carte de douleurs : recouverts de plaies à n'en plus compter, ruisselantes et pullulante depuis une fuite désespérée. Elle boitait, sa jambe droite ne supportait presque plus son poids, et chaque mouvement lui arrachait une grimace. Sa cheville gauche, enflée et violette, n’obéissait plus qu’à moitié. Ses pieds, nus et sales, marqués par des entailles profondes, laissaient des traces de sang sur la route derrière elle. Sa longue robe rouge, jadis d’une belle élégance, n’était plus qu’un lambeau sale et froissé, collé à ses jambes par la sueur et le sang. La soie déchirée s’accrochait à son corps avec une lourdeur inquiétante, comme si elle aussi luttait contre l’abandon inévitable.
Le visage de la femme portait les stigmates d’une souffrance intense. Une large coupure traversait son front jusqu’à sa joue gauche, saignant encore par intermittence, et son œil droit était presque fermé, gonflé et bleuâtre. Ses lèvres étaient fendues, craquelées par la déshydratation et les coups, et son souffle, saccadé, ne faisait qu’aggraver les douleurs dans ses côtes, sans doute brisées lors de sa dernière chute. Ses mains tremblaient, le sang coulant doucement de ses paumes, dont l’une serrait fermement un sabre dont la lame ruisselait encore de liquide carmin.
C’était une arme massive, trop grande pour elle, mais elle la tenait comme si sa vie en dépendait. La lame, brillante sous la lumière lunaire, était recouverte de sang séché et récent, formant un contraste brutal avec l’acier poli. Ses doigts, crispés autour du manche, étaient couverts de coupures et de cloques, vices d’une lutte féroce et récente. Le sabre était lourd, presque trop pour elle à cet instant, mais elle refusait de le lâcher, refusait de se séparer de ce dernier lien avec son ultime résistance.
Elle tourna la tête brièvement, jetant un regard effrayé par-dessus son épaule. L’obscurité derrière elle semblait mouvante, vivante. Rien ne laissait deviner une présence, mais elle savait qu’il était là. Il était toujours là, quelque part, prêt à surgir de l’ombre. Le Marionnettiste. Son cœur s’emballa à cette pensée. Cet homme qui l’avait poursuivie, torturée, manipulée comme un jouet, comme une simple marionnette entre ses mains cruelles.
Elle avait vu tant d’autres tomber sous son contrôle. Ses victimes, des corps sans vie ou presque, des êtres privés de leur volonté, leurs fils invisibles tirés par cet homme sans visage. Elle avait été l’une d’entre elles, captive dans son jeu macabre, jusqu’à ce qu’elle trouve la force de se rebeller. Cette force, elle l’avait puisée dans un acte désespéré : la mort d’un de ses pantins, celui qui la surveillait, une épée plantée dans son cœur dans un éclat de rage. Et maintenant, elle portait cette arme comme un fardeau, tâchée du sang de ceux qu’elle avait dû abattre pour fuir.
Chaque bruit, chaque souffle de vent, lui donnait l’impression que le Marionnettiste était sur elle. Elle l’imaginait surgir à tout moment, apparaissant de nulle part, ses fils s’enroulant autour de ses poignets et de sa gorge, l’aspirant de nouveau dans sa sombre danse. Elle savait qu’il était là, quelque part, tapi dans l’ombre, à l’attendre. Il ne la laisserait jamais partir. Pas tant qu’elle était en vie. Le décor autour d’elle se fondait dans une monotonie oppressante.
La route, bordée par une forêt dense, semblait ne jamais finir, et les arbres, décharnés, projetaient des ombres inquiétantes sur son passage. Leurs branches squelettiques se balançaient au rythme d’une brise glaciale, émettant des craquements qui résonnaient comme des pas dans la nuit. Tout autour d’elle semblait conspirer pour la ralentir, pour la piéger. Mais elle n’avait pas le luxe de s’arrêter, ni même de ralentir.
Chaque seconde d’immobilité était une seconde de trop. Elle devait fuir, encore et toujours. Un vertige la saisit soudain, ses jambes vacillèrent, et elle s’effondra sur ses genoux avec un cri étouffé. Ses mains s’écrasèrent sur le sol poussiéreux, et le sabre tomba, glissant hors de sa portée. La douleur lui arracha des larmes silencieuses, coulant sur ses joues déjà marquées par le sang et la saleté. Elle resta là, immobile, tentant de reprendre son souffle, de calmer les battements affolés de son cœur. Le sol sous ses mains lui semblait à la fois réel et lointain, comme si elle flottait entre deux mondes, entre la vie et la mort.Mais elle ne pouvait pas rester là. Si elle restait à genoux, il la trouverait. Elle le savait. Le Marionnettiste était toujours proche, toujours dans son ombre, prêt à tirer à nouveau les ficelles.
Alors, avec une force qu’elle ne savait plus avoir, elle rampa vers son sabre, ses doigts tremblants se refermant autour du manche avec une lenteur désespérée. Chaque mouvement envoyait une onde de douleur à travers son corps, mais elle se força à se redresser, à retrouver son équilibre précaire. Elle reprit sa marche, titubant, mais avançant malgré tout. Sa vision se brouillait, et ses muscles refusaient presque de lui obéir. Mais elle se raccrochait à une simple idée : s’éloigner de lui, du Marionnettiste, de cet homme qui avait fait d’elle une chose, une simple marionnette. Elle n’était plus sa créature, plus une victime. Elle était libre, pour l’instant, et tant que ses jambes tiendraient, elle continuerait à marcher. Le silence autour d’elle semblait se refermer. Même le vent s’était tu, comme si la nuit retenait son souffle, attendant la fin de cette danse macabre.
Le grondement lointain d’un moteur rompit brusquement le silence de la nuit, faisant bondir son cœur épuisé dans sa poitrine. Une lumière pâle se mit à scintiller sur l’horizon, se rapprochant à vive allure, projetant des éclats chaotiques sur les arbres et la route. Une voiture. Pendant une fraction de seconde, l’espoir illumina son esprit brisé. Peut-être une chance, un miracle improbable. Quelqu’un. Un sauveur. Elle se redressa tant bien que mal, ignorant la douleur lancinante dans sa jambe, et agita faiblement la main.
Le véhicule, un quatre-quatre noir menaçant, ralentit en s’approchant d’elle. Ses phares perçaient l’obscurité, créant une barrière aveuglante entre elle et la silhouette qui se dessinait derrière le pare-brise. L’espoir faiblit en même temps que le moteur rugit doucement, s’arrêtant à quelques mètres d’elle. Un frisson glacé parcourut son échine alors que la portière du conducteur s’ouvrit lentement, presque avec une théâtralité effrayante.
Elle resta immobile, figée par une terreur soudaine. Une silhouette imposante se détacha de l’obscurité. Grand, massif, l’homme sortit de la voiture avec une lenteur calculée, comme s’il savourait chaque instant. Sa capuche rabattue masquait partiellement son visage, ne laissant apparaître qu’un sourire effrayant, cruel, qui se devinait sous l’ombre de son visage. Ses lèvres s’étiraient en une grimace sinistre, dégageant une froide satisfaction. Il ne parlait pas. Il n’avait pas besoin de mots pour exprimer ce qu’elle devinait dans son regard caché : une chasse qui touchait à sa fin.
Son souffle se bloqua dans sa gorge. Cet homme n’était pas un simple passant. Il était là pour elle. Elle n’avait pas besoin de voir son visage pour comprendre. Ses gestes, sa posture, ce silence oppressant... c’était lui. Le Marionnettiste. Le prédateur. Elle recula d’un pas, puis d’un autre, sans quitter la silhouette des yeux. Ses muscles hurlaient de douleur, mais elle s’en moquait. La terreur transcendait ses limites physiques.
La lune se reflétait faiblement sur le métal du sabre qu’elle tenait encore, mais son bras tremblait trop pour le lever. Elle savait, d’une certitude glaciale, qu’elle ne pourrait pas le combattre. Pas maintenant. Pas dans cet état. Sans réfléchir, elle tourna les talons et courut. Elle se précipita vers la forêt qui bordait la route, s’enfonçant dans l’obscurité des sous-bois sans un regard en arrière.
Ses jambes peinaient à la porter, et chaque pas était une lutte contre l’épuisement. Son souffle devenait rauque, chaque inspiration se transformant en une agonie brûlante. Ses pieds trébuchaient sur les racines, la végétation épaisse la ralentissant, mais elle continuait, poussée par une peur viscérale. Derrière elle, elle entendait les pas lourds, lents, implacables. Il ne se pressait pas. Il savait qu’elle ne pourrait pas fuir indéfiniment. Il jouait avec elle, comme il l’avait toujours fait. Comme un chat avec une souris.
Elle jeta un coup d’œil derrière elle, mais ne vit que l’obscurité. Pourtant, elle sentait sa présence, cette ombre qui semblait flotter juste hors de son champ de vision. Elle courait aussi vite que ses jambes meurtries le lui permettaient, mais cela ne suffisait pas. Le sol sous ses pieds devint plus traître, parsemé de pièges invisibles dans l’obscurité. Et c’est là qu’elle trébucha. Son pied s’enfonça dans le vide.
Un cri de terreur et de douleur lui échappa tandis qu’elle chutait dans ce qui ressemblait à un trou dissimulé. Elle atterrit lourdement au fond d’une fosse, ses jambes s’écrasant contre quelque chose de dur et froid. La douleur fut immédiate et insupportable. Un pic de métal rouillé s’était enfoncé profondément dans son genou. Elle hurla, la douleur la submergeant entièrement. Ses mains tremblantes tentèrent de libérer sa jambe, mais chaque mouvement ne faisait qu’aggraver la blessure, et le sang commençait déjà à imbiber le sol sous elle.
Elle essaya de respirer, de se calmer, mais la panique la submergeait. Son regard hagard scrutait le ciel au-dessus d’elle, espérant un miracle, une échappatoire, mais tout ce qu’elle vit, ce fut une silhouette apparaître au bord de la fosse. Il était là. Il la regardait de haut, ce même sourire malveillant sur les lèvres, une expression de satisfaction intense illuminant son visage. Il n’était plus qu’un cauchemar devenu réalité, un fantôme venu pour réclamer ce qui lui appartenait.
Il laissa échapper un petit rire, doux et effrayant à la fois. Il s’accroupit lentement, sa capuche projetant une ombre encore plus sombre sur son visage.
— Petite souris... murmura-t-il d’une voix suave, presque caressante. Tu croyais vraiment m’échapper ?
Elle tenta de bouger, de ramper en arrière, mais sa jambe immobilisée par le pic la maintenait prisonnière. Ses doigts griffèrent la terre, cherchant désespérément à trouver une issue. Il tendit la main, effleurant presque son visage, comme un chasseur admirant sa proie avant le coup final.
— Regarde-toi... souffla-t-il, amusé. Si fragile. Si pathétique.
Elle sentit les larmes brûler ses yeux, mais elle refusa de les laisser couler. Refusa de lui donner cette satisfaction. La panique embrasa son esprit comme un feu dévorant, mais quelque part au fond d’elle, une étincelle de rage éclata. Elle refusa d’abandonner. Pas maintenant, pas après tout ce qu’elle avait enduré. Ignorant la douleur atroce dans son genou, elle chercha à tâtons son sabre, le retrouvant à moitié enfoui sous la terre meuble. Ses doigts tremblants se refermèrent sur le manche.
Il était là, au-dessus d’elle, si proche. Trop proche. Son sourire s’élargissait, ce rictus cruel et satisfait qui la rendait malade. Mais elle ne le regarda pas plus longtemps. Avec un cri de fureur désespérée, elle souleva son sabre, rassemblant toutes ses forces dans ce dernier geste, et tenta de lui trancher la tête d’un seul coup. La lame siffla dans l’air.
Mais avant qu’elle ne puisse atteindre sa cible, sa main puissante se referma autour de la lame, l’arrêtant net. Le choc la fit vaciller, ses bras tremblant sous l’effort, mais l’homme ne bougea pas. Le métal tranchant s’enfonça dans la chair de sa paume, le sang jaillissant aussitôt, glissant le long de l’acier. Pourtant, il ne cilla pas. Pas un gémissement, pas une grimace de douleur. Au lieu de cela, un éclat de rire sinistre s’échappa de ses lèvres.
— Oui... murmura-t-il, ses yeux brillant d’une lueur malsaine. Oui, lutte. Continue, petite souris.
Son rire s’amplifia, résonnant dans la nuit comme un écho grotesque, tandis que son sang continuait de couler. Elle pouvait sentir la pression de sa main sur la lame, la force avec laquelle il la maintenait. Il aurait pu la désarmer d’un simple geste, mais il ne le fit pas. Il savourait cet instant. Chaque seconde de sa résistance semblait l’amuser davantage.Ses yeux... Elle les voyait à présent. Ils étaient d’un noir d’encre, profonds et insondables, comme deux puits sans fond. Aucune lumière ne s’y reflétait, aucune émotion ne s’y lisait. Il n’y avait pas de distinction entre la pupille et l’iris, comme si son regard était une porte ouverte sur un vide immense, une obscurité sans fin. C’était une noirceur qui dépassait celle de la nuit environnante. Une noirceur qui venait de l’intérieur, qui n’était pas seulement dans ses yeux, mais dans chaque fibre de son être.
Ces yeux étaient le miroir de son âme. Un gouffre profond, engloutissant tout ce qu’il touchait. Une âme corrompue, sans aucune trace d’humanité, aussi froide et implacable que les ténèbres elles-mêmes. C’était la noirceur pure, celle qui ne laissait aucune place à la pitié, aucun espace pour la lumière. Elle réalisa, en le regardant, qu’elle n’avait jamais été confrontée à un mal aussi absolu. Il appuya plus fort sur la lame, l’enfonçant davantage dans sa chair, mais son sourire ne faiblissait pas. Le sang coulait abondamment de sa paume, dégoulinant le long de son bras, mais il semblait n’en tirer que plus de plaisir. Ses yeux noirs la fixaient avec une intensité qui la fit frissonner jusqu’à l’os.
— C’est bien, petite souris, murmura-t-il d’une voix douce, presque caressante. Continue de te battre... ça rend les choses tellement plus jouissives.
Elle tenta de tirer la lame vers elle, de le déstabiliser, mais il la dominait par sa seule force. Il n’était plus un homme. Il était devenu quelque chose de plus sombre, une incarnation du mal en personne. Ses muscles brûlaient sous l’effort, ses bras fléchissaient sous la pression de sa main, mais elle refusait d’abandonner, refusait de le laisser gagner sans se battre.
L’homme, voyant sa lutte désespérée, éclata à nouveau de rire, un rire profond et guttural qui résonnait dans les profondeurs de la nuit. Il rapprocha son visage du sien, si près qu’elle pouvait sentir son souffle sur sa peau, le goût métallique du sang et de la mort flottant dans l’air entre eux.
— Regarde-toi, souffla-t-il. Si fragile, et pourtant... tu te débats encore. Je dois avouer que tu me surprends. Mais... cela ne changera rien.
D’un geste brutal, il tira sur la lame, la lui arrachant des mains. Le sabre chuta lourdement à ses pieds, désormais hors de portée. Elle le regarda, impuissante, ses forces l’abandonnant peu à peu. Il se redressa, dominant la fosse, le sourire toujours accroché à ses lèvres ensanglantées. Il fit un pas vers elle, ses yeux noirs brûlant d’une lueur prédatrice.
— Tu as été un joli jouet, petite souris. Mais toute danse a une fin.
Elle tenta de reculer, son genou transpercé par le pic la clouait au sol. Sa respiration se fit plus rapide, son cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, chaque fibre de son corps lui hurlant de fuir, de s’échapper. Mais il n’y avait nulle part où aller.
La panique déferla en elle comme une vague, submergeant toute pensée rationnelle. Ses doigts griffèrent frénétiquement le sol, cherchant une issue, une échappatoire impossible. Mais il n’y avait rien. Elle était coincée, piégée au fond de cette fosse, incapable de bouger, la douleur dans son genou l’immobilisant complètement. Ses jambes tremblaient, son souffle se bloquait dans sa gorge. Elle était à bout de forces.
Au-dessus d’elle, le Marionnettiste continuait de l’observer, son sourire cruel toujours accroché à ses lèvres. Ses yeux noirs la fixaient avec une intensité perverse, comme s’il savourait chaque seconde de son agonie. Il n’avait pas besoin de bouger, pas besoin de dire un mot. Sa seule présence suffisait à la paralyser. Il incarnait la peur, le désespoir, la mort
Elle savait qu’elle ne pourrait plus lutter. Pas contre lui. Pas dans cet état. Une terreur sourde envahit tout son être, une certitude glacée que la fin était proche, inéluctable. Pourtant, au fond de ce gouffre d’effroi, une idée naquit, presque comme une supplique instinctive. Un pacte. Une folie.
Le Marionnettiste adorait les pactes.
Il l’avait fait avec tant d’autres. Des âmes désespérées, piégées par leur propre impuissance, qui lui avaient tout donné en échange de quelques jours, quelques heures supplémentaires. Elle se souvenait des autres victimes, ces pauvres âmes qu’il avait manipulées, corrompues, dépossédées de ce qui faisait d’elles des êtres humains. Mais c’était peut-être sa seule chance. Une illusion de choix dans cet enfer, une dernière tentative.
— Un... pacte, balbutia-t-elle, sa voix brisée par la peur et la douleur. Faisons un pacte...
Le Marionnettiste s’arrêta net. Son sourire s’effaça légèrement, remplacé par une curiosité malsaine. Ses yeux se plissèrent, et il inclina la tête, comme s’il l’avait mal entendue. Puis, lentement, il se redressa, dominant encore plus la fosse dans laquelle elle se trouvait, et la fixa longuement.
— Un pacte ? répéta-t-il d’un ton amusé, ses lèvres se courbant à nouveau en un sourire perfide. Oh, petite souris... tu veux encore jouer ?
Son rire guttural résonna dans la nuit, répercuté par les arbres autour d’eux comme un écho sinistre. Il descendit lentement dans la fosse, approchant d’elle, son corps massif projetant une ombre encore plus noire sur elle. Chaque pas qu’il faisait rapprochait cette fin inéluctable, mais elle n’avait plus le choix.
— Oui, murmura-t-elle, la voix brisée par les sanglots et l’épuisement. Faisons un pacte. Prends ma vue. Elle sera tienne. Fais-moi vivre...
À ces mots, il s’arrêta, son visage désormais à quelques centimètres du sien. Son sourire se figea, et quelque chose changea dans son regard. Ses yeux, ces abysses de noirceur, se mirent soudain à briller d’une lueur intense, presque incandescente. Une lumière étrange, malsaine, illumina ses pupilles, leur donnant l’apparence de deux braises infernales, brûlantes d’une folie à peine contenue.
Elle frissonna en le voyant ainsi. Ce regard incandescent n’avait plus rien d’humain. Il incarnait une cruauté pure, une malice dévorante qui semblait vouloir tout consumer sur son passage. Son sourire s’élargit encore, ses dents brillantes formant un contraste terrifiant avec l’obscurité de ses yeux.
— Oh, petite souris... commença-t-il, la voix à présent presque douce, comme une caresse vénéneuse. Tu es prête à tout sacrifier, n’est-ce pas ? Même ta vue...
Il se pencha davantage, son visage si proche que ses lèvres frôlaient presque son oreille, et elle put sentir son souffle glacé sur sa peau.
— Je pourrais prendre tes yeux, murmura-t-il, la voix basse et mielleuse. Je pourrais te laisser errer dans les ténèbres, aveugle à tout sauf à moi. Je te ferais voir des choses qui te hanteraient bien au-delà de cette vie. Des horreurs que tu ne pourrais jamais effacer.
Il se redressa légèrement, son sourire s’élargissant de plus en plus, ses yeux brûlant d’une excitation presque hystérique.
— Tu veux vraiment ça, petite souris ? demanda-t-il, ses mains maculées de sang tendues vers elle. Tu veux me donner ta vue en échange de ta misérable vie ?
Elle ne répondit pas immédiatement. Ses pensées étaient un tourbillon de confusion et de peur. Mais que pouvait-elle faire d’autre ? La douleur dans son genou, la terreur qui lui comprimait la poitrine... Elle n’avait plus d’échappatoire. Elle hocha lentement la tête, ses larmes roulant silencieusement sur ses joues.
Le Marionnettiste éclata à nouveau de rire, cette fois avec une joie presque démente. Ses yeux brillaient d’une intensité terrifiante, la lumière incandescente dansant dans ses prunelles comme les flammes d’un feu maudit.
— Parfait, susurra-t-il d’une voix exultante. Un pacte, donc...
Il s’approcha davantage, son regard brûlant se fixant dans le sien, ses mains tendues vers elle comme pour la saisir.
— Alors, je n’ai plus qu’à t’offrir les plus belles derniers images de ta vie, petite souris