Le loup blanc
La nuit où Isaiis naquit, la forêt hurla.
La grande forêt mystique qui bordait les falaises de Faillaise n'était jamais silencieuse, mais cette nuit-là le vent soufflait comme s'il portait un mauvais présage.
Dans une petite ferme isolée, une femme criait.
Elle s'appelait Elira.
Mi-elfe, mi-humaine.
Douce, aimante, connue dans les villages voisins pour son regard calme et sa bonté.
Mais cette nuit-là, la vie lui échappait.
Le sang coulait.
Dans la pièce, un homme immense faisait les cent pas.
Rovnar
Ancien gladiateur des arènes impériales.
Un colosse aux épaules larges, au regard dur, couvert de cicatrices.
Un homme qui avait tué des dizaines d'hommes dans les sables des arènes... mais qui tremblait devant la souffrance de sa femme.
Un dernier cri.
Puis un silence.
Le bébé pleura.
Mais Elira... ne respirait plus.
Rovnar resta immobile.
Le nouveau-né dans les bras d'une sage-femme tremblante.
La femme murmura :
— C'est un garçon.
Mais Rovnar ne répondit pas.
Il regardait le corps de sa femme.
Quelque chose dans ses yeux venait de se briser.
Ce soir-là, l'homme puissant devint un homme fou.
Quelques jours plus tard, il disparut dans la grande forêt mystique.
Et personne ne le revit.
Les quatre frères
Les années passèrent.
Dans la ferme abandonnée, quatre garçons grandirent seuls.
Quatre frères.
Quatre tempéraments.
Quatre destins.
Ranoar — le premier
Le plus grand.
Un guerrier né.
Cheveux blancs longs comme la neige d'hiver.
Corps large, puissant.
Son regard était doux malgré sa force.
Un combat contre une harpie dans les falaises lui coûta un œil.
Depuis ce jour, il portait une cicatrice et un bandeau noir.
Mais pour ses frères...
il restait un pilier.
Celui qui protégeait.
Aelthar— le second
Très différent.
Il ne cherchait pas la guerre.
Il lisait.
Des livres anciens récupérés dans des ruines.
Il étudiait les runes, les sorts, les étoiles.
Ses frères disaient souvent :
« Aelthar vit dans un autre monde »
Calme.
Intelligent.
Mais distant.
Varrek — le troisième
Le seul aux cheveux noirs.
Plus petit.
Plus agile.
Plus silencieux.
Sa mère disait souvent avant sa mort :
— Cet enfant... je vois quelque chose d'étrange dans ses yeux.
Il souriait peu.
Observait beaucoup.
Et mentait facilement.
Isaiis — le dernier
Le plus jeune.
Mais déjà le plus impressionnant.
Cheveux blancs.
Sourcils noirs.
Regard ambre.
Une beauté étrange qui attirait l'attention.
À quinze ans, il était déjà presque aussi grand que Ranoar.
Et sa force...
n'était pas normale.
Même ses frères le sentaient.
Quelque chose dans son sang était différent.
Tout changea la nuit des Daedra...
Un soir d'hiver.
Le vent était trop calme.
Ranoar le sentit.
— Quelque chose ne va pas.
Puis la forêt hurla.
Des silhouettes sortirent des arbres.
Des Daedra.
Créatures des plans obscurs.
Peau sombre, yeux brûlants.
La ferme fut envahie.
Le combat explosa.
Ranoar fendit le crâne d'un démon avec sa hache.
Aelthar lança des flammes runiques.
Isaiis combattait avec une rage brute.
Mais ils étaient trop nombreux.
La maison brûlait.
Les bêtes hurlaient.
Dans le chaos...
les frères furent séparés.
Isaiis se retrouva dans la forêt avec Varrek.
Ils coururent.
Longtemps.
Très longtemps.
Jusqu'à atteindre les routes commerciales menant à Vendor.
Isaiis pensait avoir été sauvé.
Mais Varrek s'arrêta.
Et sourit.
Un sourire froid.
Des hommes sortirent de l'ombre.
Des marchands d'esclaves.
Varrek posa une main sur l'épaule de Isaiis.
Et dit simplement :
— Désolé petit frère.
Les hommes saisirent Isaiis.
Il se débattit.
Mais ils étaient trop nombreux.
L'un d'eux lança une bourse d'or à Varrek.
Isaiis hurla :
— VARREK !
Mais son frère ne répondit pas.
Il tourna le dos.
Et disparut dans la nuit.
Les chaînes de Vendor
Le voyage jusqu'à Vendor dura des jours.
Isaiis était enchaîné.
Mais même dans la poussière et la fatigue...
sa présence ne passait pas inaperçue.
Grand.
Large d'épaules.
Et beau malgré la brutalité du voyage.
Un homme l'observait.
Silencieusement.
Un marchand.
Ancien maître d'arènes.
Un homme qui savait reconnaître un futur champion.
Il murmura à son garde :
— Ce garçon...
— Oui maître ?
— Celui-là ne sera pas un esclave.
Il sourit.
— Celui-là... sera un gladiateur.
Et Isaiis entra sans le savoir dans le monde du sang.