Chapitre 1
Le lycée St. Armand ne ressemblait à rien de ce que Lina connaissait.
Ici, même le silence avait l’air cher.
Les couloirs brillaient trop, les uniformes étaient trop parfaits, et les regards… toujours un peu trop longs sur elle.
Elle baissa les yeux et continua d’avancer.
Premier jour. Nouveau départ. Encore.
Elle s’était promis de ne pas attirer l’attention.
Mais dans ce genre d’endroit, être invisible demandait presque plus d’efforts que d’exister.
— Attention.
Une voix rapide.
Un choc léger contre son épaule.
Son cahier tomba au sol.
Lina se pencha immédiatement.
— Désolé, dit le garçon en même temps.
Elle leva les yeux.
Il ne la regardait même pas vraiment. Comme si l’accident ne méritait pas plus d’une seconde dans sa vie.
Uniforme impeccable. Posture calme. Présence naturelle, presque arrogante sans le vouloir.
Quelqu’un autour de lui l’appela, il tourna déjà la tête.
— C’est bon, répondit-elle simplement.
Mais il était déjà parti.
Comme si elle n’était qu’un détail.
Elle aurait dû oublier cet instant.
Mais ce genre de moment… reste parfois plus longtemps qu’il ne devrait.
À la pause du midi, Lina trouva une table vide au fond de la cafétéria.
Parfait.
Personne à gérer. Personne à affronter.
Juste elle et son repas.
Mais les autres tables, elles, semblaient raconter une autre réalité.
Des rires trop forts. Des conversations trop sûres. Et lui, au centre de tout ça.
Le garçon de ce matin.
Ethan.
Elle avait entendu son prénom.
Les autres ne lui parlaient pas comme à un élève normal.
Ils lui parlaient comme à quelqu’un qu’on remarque sans essayer.
— Tu es nouvelle, non ?
Lina se figea.
Elle releva les yeux.
Ethan était là.
Seul cette fois.
Comme s’il avait décidé de quitter son monde quelques minutes.
— Oui, répondit-elle prudemment.
Il regarda sa table, puis elle.
— Tu manges toujours seule ?
La question n’était ni moqueuse ni gentille.
Juste… directe.
— Quand j’en ai envie.
Silence.
Puis, presque imperceptiblement, il hocha la tête.
— Bonne réponse.
Elle fronça légèrement les sourcils.
— Ça veut dire quoi ?
— Rien. dit-il. Juste… tu ne fais pas semblant.
Cette phrase resta suspendue entre eux.
Elle ne sut pas quoi répondre.
Quelqu’un l’appela plus loin.
— Ethan !
Il ne se retourna pas tout de suite.
Son regard resta une seconde de plus sur Lina.
Puis il partit.
Encore une fois.
Le reste de la journée passa lentement.
Trop lentement.
Mais chaque fois qu’elle levait les yeux, elle le voyait un peu plus loin.
Jamais proche.
Jamais vraiment loin.
Comme s’il était toujours dans son champ de vision sans jamais y entrer complètement.
Et ce soir-là, en rentrant chez elle, Lina repensa à cette phrase étrange :
“Tu ne fais pas semblant.”
Elle ne savait pas pourquoi…
Mais elle eut l’impression que c’était la première fois que quelqu’un la voyait vraiment.