Les Flammes d’Azuri

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Summary

À Azuri, le destin des princes est écrit par les Ancêtres. Kaël n’aurait jamais dû regarder Zeya. Encore moins lui parler. Car dans ce royaume gouverné par les traditions sacrées, certaines rencontres peuvent provoquer la chute d’un trône… et réveiller des secrets que le passé aurait dû emporter avec lui.

Genre
Romance
Author
Loulou005
Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1 :La fille des ruines

Dans le royaume d’Azuri, on disait que les Ancêtres parlaient à travers le feu.

Ils parlaient dans les flammes immenses des cérémonies royales, dans les torches sacrées qui brûlaient nuit et jour au sommet du palais, dans les braseros dressés devant les temples de pierre noire et même dans les incendies qui ravageaient parfois les villages reculés des terres rouges.

Le feu bénissait.

Le feu choisissait.

Le feu condamnait.

Et depuis dix-neuf ans, le peuple d’Azuri croyait qu’une fille portait le feu du malheur.

— Ne la regarde pas trop longtemps.

La vieille femme murmura ces mots en serrant contre elle son panier d’épices tandis qu’une jeune mère baissait immédiatement les yeux et tirait sa fille derrière elle.

Comme chaque fois.

Comme partout.

Zeya continua pourtant d’avancer dans le marché sans ralentir.

Les regards glissaient sur elle avec peur, dégoût ou méfiance. Certains commerçants s’écartaient discrètement lorsqu’elle passait près de leurs étals. D’autres faisaient semblant de ne pas la voir.

Une vendeuse cracha même au sol.

— Fille maudite…

Zeya ne répondit pas.

Elle avait appris depuis longtemps à avaler les insultes comme on avale une lame : lentement, en silence, jusqu’à ce que la douleur devienne normale.

Le soleil brûlait les toits de terre cuite et les immenses tissus suspendus au-dessus des ruelles du marché dansaient sous le vent chaud venu du désert. L’air sentait les épices, la fumée, le bois brûlé et les fruits mûrs.

Azuri était magnifique.

Cruellement magnifique.

Même les quartiers pauvres vibraient d’une grandeur presque irréelle.

Les bâtiments de pierre ocre étaient couverts de symboles anciens gravés à la main, des tissus royaux rouges et dorés flottaient entre les rues, des statues gigantesques représentant les anciens souverains dominaient les places publiques et, au loin, tout en haut des montagnes noires, le palais royal brillait sous le soleil comme une couronne de feu.

Le Palais des Lions.

Le cœur du royaume.

Zeya leva les yeux vers lui un court instant avant de détourner le regard.

Elle détestait ce palais.

Elle détestait tout ce qu’il représentait.

Les gardes royaux.

Les nobles.

Les clans.

Les Ancêtres.

Les mensonges.

Ses doigts se resserrèrent autour du sac de plantes médicinales accroché à sa hanche.

— Zeya !

Elle tourna la tête.

Un petit garçon lui faisait signe depuis un stand de fruits.

Nuru.

Le seul enfant du quartier qui n’avait jamais eu peur d’elle.

Elle s’approcha enfin et le garçon lui tendit discrètement une mangue.

— Tiens.

— Ta mère va encore dire que je vole votre nourriture.

— Elle ne regarde pas.

Zeya eut un petit sourire malgré elle.

Rare.

Fatigué.

Mais réel.

Elle prit la mangue.

— Merci.

— Tu viens demain?

Son sourire disparut aussitôt.

— Non.

— Mais tout le royaume y va !

Évidemment.

Comment oublier ?

Demain aura lieu la Cérémonie des Flammes.

La plus importante célébration d’Azuri.

Le peuple entier se réunirait devant le palais pour voir les héritiers royaux défiler devant la Flamme sacrée des Ancêtres.

Et surtout…

Le prince héritier apparaîtrait officiellement avec sa future épouse.

La princesse promise.

Zeya sentit un goût amer envahir sa bouche.

— Je n’ai rien à faire là-bas.

— Tu pourrais voir le prince Kaël !

Cette fois elle ricana doucement.

Toutes les filles du royaume parlaient du prince Kaël comme d’un dieu vivant.

Le guerrier doré d’Azuri.

Le futur roi.

Le fils préféré du peuple.

Grand.

Redoutable.

Magnifique.

Les chansons racontaient qu’il avait tué un lion noir à seize ans pendant l’épreuve royale.

Les soldats juraient qu’il n’avait jamais perdu un combat.

Et les femmes…

Les femmes perdaient la tête dès qu’il apparaissait.

Zeya, elle, ne voyait qu’un autre homme né avec une couronne dans les mains pendant que les autres devaient survivre dans la poussière.

— Les princes ne m’intéressent pas.

Nuru ouvrit la bouche pour protester mais un bruit sourd traversa soudain le marché.

BOUM.

Puis un second.

BOUM.

Les tambours royaux.

Toute la foule s’immobilisa immédiatement.

Même les marchands cessèrent de parler.

Le silence tomba comme une lame.

Les yeux se tournèrent vers les hauteurs du royaume.

Vers le palais.

Les grands tambours sacrés résonnaient encore.

BOUM.

BOUM.

BOUM.

L’annonce royale.

Zeya sentit sa nuque se tendre.

Quelque chose n’allait pas.

Elle l’ignorait encore pourquoi… mais elle le sentait.

Depuis l’enfance, certaines vibrations traversaient son corps avant les catastrophes.

Comme un murmure sous sa peau.

Et là…

Son cœur battait trop vite.

Les tambours continuaient.

Puis les flammes des torches autour du marché vacillèrent brutalement.

Les gens murmurèrent avec inquiétude.

Une bourrasque chaude traversa la rue.

Et Zeya entendit la voix.

Claire.

Glaciale.

Dans sa tête.

Le feu revient à sa reine.

Elle se figea.

Non.

Non…

Pas encore.

Sa respiration devint irrégulière.

Les voix revenaient toujours avant les visions.

Elle recula brusquement tandis que le monde autour d’elle semblait se déformer légèrement.

Les torches.

Le vent.

Les tambours.

Puis des images frappèrent son esprit.

Du feu.

Du sang.

Le palais en flammes.

Une couronne brisée au sol.

Et des yeux dorés.

Des yeux qu’elle n’avait jamais vus mais qu’elle reconnut immédiatement.

Le prince héritier.

Zeya sursauta violemment.

La vision disparut d’un coup.

Le marché revint autour d’elle dans un brouhaha étouffé.

— Zeya ?

Nuru la regardait avec inquiétude.

Elle recula encore.

— Je dois partir.

— Mais—

Elle tourna les talons avant même qu’il termine sa phrase.

Elle marcha vite.

Puis plus vite encore.

Jusqu’à quitter les rues animées du marché pour rejoindre les vieux chemins poussiéreux menant aux terres abandonnées.

Aux ruines.

L’endroit où personne n’osait vivre.

L’endroit où elle avait grandi.

Le soleil commençait lentement à tomber lorsqu’elle arriva enfin devant les anciennes structures de pierre mangées par les plantes sauvages.

Le silence ici était différent.

Plus lourd.

Comme si même le royaume refusait de respirer dans cet endroit.

Zeya entra dans la vieille maison en pierre où elle vivait seule depuis des années et posa brutalement son sac au sol.

Ses mains tremblaient.

Elle détestait les visions.

Elle détestait ces voix.

Elle détestait ce lien étrange avec les Ancêtres.

Parce qu’à Azuri, les gens comme elle finissaient toujours brûlés.

Comme sa mère.

Son regard glissa malgré elle vers le vieux tissu caché sous une pierre près du mur.

Elle hésita quelques secondes avant de le sortir lentement.

Un collier apparut.

Un ancien symbole royal y était gravé.

Le symbole interdit.

Celui que sa mère lui avait ordonné de cacher avant de mourir.

Zeya le fixa longtemps.

Puis les tambours royaux résonnèrent encore au loin.

Cette fois plus puissants.

Comme si le royaume entier retenait son souffle avant quelque chose d’immense.

Et sans comprendre pourquoi…

La Flamme dans les torches autour des ruines s’éleva brusquement.

Comme si le feu lui-même venait de se réveiller.

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