Sous l'uniforme

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Summary

Lena Dufresne contrôle tout. Son corps, son esprit, son avenir. Entre ses études de droit et ses gardes de pompier volontaire, elle a appris à avancer sans jamais ralentir. Mais certains silences ne le restent jamais très longtemps. Quand des militaires franchissent les portes de son université, quelque chose se brise net. Ce n’est pas seulement une annonce. C’est une absence qui prend forme. Et un nom qui ne devrait pas revenir de cette manière. À partir de cet instant, tout bascule. Entre devoir, mémoire et fractures invisibles, Lena va être forcée de traverser ce qu’elle fuyait le plus : ce qui reste quand tout s’effondre. Et parfois, ce qui commence par une perte ne s’arrête pas là.

Genre
Romance
Author
alicew35
Status
Ongoing
Chapters
6
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1

Avertissement

Ce roman est une œuvre de fiction.

Certains éléments relatifs aux institutions, aux grades, aux lieux ou aux procédures peuvent avoir été modifiés ou simplifiés afin de servir la narration.

Toute ressemblance avec des personnes ou des faits réels serait purement fortuite.



Le réveil vibra à 5 h 12.

Lena tendit le bras avant même la deuxième vibration et coupa l’alarme dans un soupir fatigué. Pendant quelques secondes, elle resta immobile dans l’obscurité de sa chambre, les yeux fixés au plafond.

Le silence.

Puis la pluie légère contre la fenêtre.

Paris dormait encore.

Elle finit par se redresser, passa une main dans ses cheveux blonds emmêlés et attrapa son téléphone sur la table de nuit. Quelques notifications sans importance. Le groupe de la fac. Une publication Instagram. Un rappel pour un devoir à rendre.

Rien de Nick.

Son regard resta bloqué une seconde sur leur dernière conversation.

Trois semaines plus tôt.

Fais attention à toi.

C’était son dernier message.

Et comme d’habitude, il n’avait pas répondu après.

Lena verrouilla l’écran brusquement avant de pouvoir relire le reste.

Elle se leva.

L’appartement était petit mais propre, presque trop organisé. Des codes annotés traînaient sur la table du salon à côté d’un casque de pompier rouge marqué de bandes réfléchissantes. Une paire de rangers sèchait près du radiateur.

Elle enfila un legging noir, un sweat gris trop grand et attacha rapidement ses cheveux en queue-de-cheval.

Puis elle sortit.

L’air froid de novembre lui mordit immédiatement la peau.

Parfait.

Lena inspira profondément avant de commencer à courir.

Au début, lentement.

Juste le temps de réveiller ses muscles.

Les rues étaient quasiment désertes à cette heure-là. Quelques voitures. Un bus vide. Un boulanger qui installait sa terrasse malgré l’humidité du matin.

Ses écouteurs restaient éteints.

Elle préférait entendre sa respiration.

Le rythme régulier de ses foulées.

Le bruit du monde encore endormi.

Elle accéléra naturellement en rejoignant les quais.

Courir avait toujours été son échappatoire.

Quand elle courait : plus de cours, plus de pression, plus d’attentes.

Rien que le vide.

Ses poumons brûlaient déjà légèrement quand elle prit le virage vers le parc. Ses jambes commençaient à chauffer, mais elle continua d’accélérer malgré la fatigue.

Toujours plus loin.

Toujours plus vite.

Comme si s’arrêter signifiait réfléchir.

Et réfléchir signifiait penser à Nick.

Son frère avait 3 ans de plus qu’elle.

Quand elle était enfant, il était son héros.

Nick savait tout faire. Il réparait les vélos. Il se battait pour elle au collège. Il lui apprenait à frapper dans un sac de boxe installé dans le garage de leurs parents.

Et surtout, il riait tout le temps.

Un rire fort. Vivant.

Puis il était entré dans l’armée.

Au début, rien n’avait changé.

Il appelait souvent. Il racontait ses classes. Les entraînements. Les autres soldats.

Lena se souvenait encore de la fierté dans ses yeux le jour où il était apparu en uniforme pour la première fois.

Puis les années avaient passé.

Les appels étaient devenus plus courts.

Les messages plus rares.

Et Nick… plus froid.

Comme si quelque chose s’était lentement refermé en lui.

Elle ralentit légèrement près du grillage du parc, le souffle plus lourd.

Le pire, c’était qu’elle ne savait même pas exactement quand ils avaient commencé à devenir étrangers.

Ça s’était fait progressivement.

Un repas de famille annulé. Un anniversaire raté. Des réponses laissées en “vu”. Des silences de plus en plus longs au téléphone.

Et maintenant, elle ne savait même plus où il était exactement en mission.

“Quelque part en Guyane”, avait simplement dit leur mère.

Lena serra la mâchoire et reprit de la vitesse.

Ne pas penser.

Continuer.

Le soleil commençait doucement à se lever derrière les immeubles, teintant le ciel gris d’une lumière orangée. La ville prenait vie autour d’elle.

Son téléphone vibra dans la poche de son sweat.

Elle l’ignora.

Encore une vibration.

Cette fois, elle ralentit et attrapa l’appareil.

ALERTE — Centre de secours.

Intervention à quelques kilomètres. La garde 5 est demandée sur les lieux.

Lena passa une main sur son visage humide de sueur.

Un léger sourire traversa ses lèvres.

Elle était pompier volontaire depuis ses seize ans.

Au départ, c’était presque un défi.

Une façon de prouver qu’elle était capable de tenir physiquement.

Puis elle y avait pris goût.

L’adrénaline. L’urgence. Le sentiment d’être utile.

Sauver quelqu’un procurait une sensation qu’aucun cours de droit ne réussirait jamais à égaler.

Elle rêvait encore de devenir avocate.

Enfin… elle croyait encore en rêver.

Elle consulta rapidement l’heure.

Pas le temps d’aller à l’intervention. Elle avait cours dans moins d’une heure.

Elle répondit rapidement au centre avant de reprendre son footing jusqu’à son appartement.

Une douche brûlante plus tard, Lena traversait déjà le campus, un café à la main et ses codes de droit serrés contre elle.

L’université grouillait d’étudiants encore à moitié réveillés.

Le bruit. Les discussions. Les rires.

La normalité.

Elle entra dans l’amphi quelques minutes avant le début du cours et s’installa au troisième rang.

Comme toujours.

Le professeur arriva presque immédiatement.

Droit pénal, dernière année.

Lena ouvrit son ordinateur sans vraiment écouter l’introduction du cours.

Son téléphone vibra encore dans son sac.

Probablement le centre.

Elle l’ignora cette fois complètement.

— Mademoiselle Dufresne ?

Elle releva la tête.

Le professeur la regardait au-dessus de ses lunettes.

— Peut-être que votre téléphone trouve mon cours moins passionnant que moi.

Quelques rires traversèrent l’amphi.

Lena esquissa un sourire poli.

— Désolée.

Elle allait ranger définitivement son téléphone quand les portes de l’amphithéâtre s’ouvrirent.

Le bruit du couloir entra une seconde… puis disparut aussitôt.

Comme si l’air lui-même venait de changer de densité.

Deux silhouettes.

Uniformes impeccables.

Et ce genre de présence qui n’a rien à faire dans une salle de cours.

Les conversations s’éteignirent progressivement, sans que personne ne comprenne vraiment pourquoi.

Lena, elle, ne bougea pas.

Pas encore.

Quelque chose venait de se figer dans sa poitrine, sans qu’elle puisse le nommer.

Un des militaires fit un pas dans l’amphithéâtre.

Puis un second.

Et là, elle le vit.

Elias.

Le monde n’eut pas besoin de plus de détails pour se dérégler.

Son visage ne bougeait presque pas.

Mais ses yeux…

Ses yeux, eux, étaient déjà ailleurs.

Comme s’il essayait de tenir debout à l’intérieur de lui-même.

À côté de lui, l’autre militaire avançait sans regarder la salle.

Droit.

Trop droit.

Comme quelqu’un qui refuse de penser à ce qu’il fait.

Le professeur s’était arrêté de parler.

Personne ne disait rien.

Même les chaises semblaient plus lourdes.

Lena sentit son téléphone glisser légèrement dans sa main.

Elle ne s’en rendit même pas compte.

Elias s’arrêta à quelques mètres.

Son regard chercha.

Une seconde.

Puis une autre.

Et quand il la trouva…

Il se brisa légèrement.

Pas complètement.

Juste assez pour que ce soit visible.

Assez pour que ça suffise.

Non.

Pas ça.

Pas maintenant.

Athéna se leva avant même d’y réfléchir.

Ses jambes n’étaient déjà plus vraiment les siennes.

— Lena Dufresne ?

Sa voix.

Elle ne l’entendit presque pas.

Sa voix semblait venir de très loin. Elle acquiesça.

Un mouvement minuscule.

Presque mécanique.

L’autre militaire prit alors la parole.

Calme.

Trop calme.

— Nous devons vous parler concernant votre frère, l’adjudant Nicolas Dufresne.

Le nom tomba.

Tout s’arrêta.

Et dans sa poitrine, quelque chose explosa.