Ce que tu ne sais pas

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Summary

"Un bruit. D'abord celui des gestes répétés de Nora derrière le bar. Puis celui des pas de Matteo. Son regard suffira à faire vaciller tout ce qu'elle croyait contrôler." Nora et Matteo. L'histoire de deux trentenaires forgés par la solitude et le silence qu'ils pensent avoir choisi. Jusqu'à leur rencontre. Un soir, à l'Étoile du matin, une auberge nichée dans les Alpes du sud près de la frontière italienne. Nora, une femme discrète, effacée y travaille comme serveuse. Ou plutôt se cache derrière son tablier. Depuis trop longtemps. L'arrivée troublante de Matteo, boxeur amateur, réveillera une peur. Trop ancienne. Trop violente. Mais qu'avec lui elle ne pourra plus esquiver. Celle d'oser vivre. Avec elle, Matteo devra enfreindre une règle : baisser sa garde. À un âge où chaque jour compte, chaque décision coûte, sauront-ils faire les bons choix sans s'abîmer ?

Status
Ongoing
Chapters
3
Rating
n/a
Age Rating
13+

Chapitre 1 - Le Labyrinthe



Les bruits de mes pas résonnent dans ce long dédale qui semble si familier. Il fait sombre, la lueur du jour perce à peine. Je marche. Il faut que je sorte. Mais où est la sortie ?

Je marche depuis si longtemps...

Nora se réveille en sueur. Une fois de plus. Elle prend son téléphone qu’elle avait posé près d’elle, sur la vieille commode qui lui sert de table de nuit, entre autres.

Quatre heures vingt.

Elle verrouille l’écran dans un long soupir de lassitude. Elle regarde un instant le plafond, puis se tourne vers la fenêtre qu’elle a laissée ouverte par cette nuit déjà chaude du mois de juin.

Elle se lève machinalement, se dirige vers la salle d’eau et se regarde un long moment devant le miroir. Ses traits sont tirés, le teint légèrement pâle. Mais elle remarque surtout ses cernes sous ses grands yeux noisettes. Chaque jour, c’est comme si elle découvrait une nouvelle teinte de bleu, de vert, de violet. Elle trouve les traits de son visage peu harmonieux. Dans quelques semaines, Nora aura trente-cinq ans. Elle commence à voir les signes de l’âge sur son visage, même si sa mignonnerie lui fait paraître un peu plus jeune qu’elle ne l’est.

Elle attache ses longs cheveux noirs puis retourne dans sa pièce qui lui sert de lieu de vie, de cuisine et de chambre à coucher pour se préparer un café. Bien serré. Elle descend sa tasse en main, sur la terrasse qu’elle partage avec sa propriétaire, Annette Durand. Une dame âgée vivant au rez-de-chaussée. Seule, elle aussi. Assise sur le banc en fer forgé, Nora apprécie le calme et la sérénité de l’aurore aux premiers chants des oiseaux. Elle ne se lasse jamais de regarder les rayons du soleil habiller ce magnifique paysage alpin dont elle est tombée amoureuse il y a déjà trop longtemps. A l’heure où beaucoup dorment encore ou méditent, Nora essaie de penser à son avenir. Mais à chaque fois, son esprit s’embrume.

Sept heures.

Sur le papier, Nora est serveuse à l’Étoile du matin, une auberge à quelques minutes de marche de chez elle. Mais la réalité est qu’elle peut être aussi derrière le bar, en cuisine et plus rarement à l’étage avec les femmes de chambre. Au gré des besoins et des saisons qu’elle a arrêtées de compter. Elle fait comme elle peut pour camoufler les signes évidents de fatigue, mais il semble qu’aucun maquillage ne parvienne à corriger son teint. À lui donner bonne mine. Elle s’habille sans vraiment choisir ses vêtements, avec en fond sonore le journal télévisé qu’elle n’écoute plus vraiment. Cinq jours sur sept, elle longe la nationale en direction de l’auberge, de grandes lunettes de soleil sur le nez pour masquer son regard. Ou pour se cacher. À cette heure-ci, de nombreux camions et voitures filent à vive allure en direction de l’Italie. Il lui arrive parfois d’être frôlée. Elle pourrait s’y rendre en voiture mais ne le fait pas. Le matin, cette marche est l’ultime étape de son réveil. Le soir, elle lui permet d’évacuer le stress de la journée.

Sept heures trente.

Elle arrive enfin à l’auberge, salue le personnel déjà prêt pour le service. Elle pousse les grandes portes battantes de la cuisine, enfile son tablier, prend son petit carnet et se charge de prendre les premières commandes. À la fin du service, c’est comme une cassette qu’on rembobine. Le film de la journée de Nora. Elle reprend le même chemin, en sens inverse cette fois-ci. De retour dans son studio, elle se sert un décaféiné cette fois-ci, et se prépare un repas sur le pouce. Sur la terrasse, elle contemple les montagnes et le ciel changer de couleur au coucher du soleil.

Presque comme un rituel, sa journée s’achève.

Nora prend sa douche, se regarde de nouveau dans le miroir encore embué, qu’elle essuie maladroitement de sa main. Son constat reste le même que le matin. Pourquoi changerait-il ?

Dans son lit, téléphone en main, elle scrolle sur les réseaux sociaux. Sans trop savoir pourquoi, ce geste était devenu une habitude. Des personnes avec qui elle n’était plus en contact que l’application appelait toujours “amis”. Leurs photos de voyages, leurs sourires figés, leurs mariages, les baptêmes de leurs enfants... Rien d’extraordinaire. Juste des vies qui se construisent. Un bonheur simple partagé.

Simple.

Rien ne l’était pour Nora.

Les publicités défilaient sur son écran. Pour des vols lointains. Des hôtels. Des sites de rencontres ou de voyance. L’algorithme pensait la connaître mieux qu’elle-même.

Mais Nora ne rêvait pas de vacances.

Ni de l’âme sœur.

Encore moins qu’on lise les lignes de sa main.

Elle finit par régler son réveil avant de reposer son téléphone sur la commode.

Les mêmes pensées, les mêmes prières traversent son esprit en fixant le plafond avant de sombrer dans le sommeil.

Parfois, un bruit sourd la réveillait au milieu de la nuit. Un freinage sec. Puis un choc. Suivis peu après par les sirènes des secours.

Leurs lumières vives et alternées se reflétant parfois sur son mur.

Un accident. Encore un autre.

Puis elle referme ses yeux.

Sachant que le lendemain, elle reprendrait le même chemin le long de cette route dangereuse. Marchant sans s’arrêter sur les débris des voitures qui s’étaient encastrées la veille contre les arbres. Les traces de freinage encore au sol. De l’huile de moteur ou du sang recouvert par du sable sur l’asphalte.

Nora n’ignorait pas le danger. Elle vivait juste avec.

Ce qu’elle ne savait pas encore, c’est qu’elle perdrait le contrôle.

Elle aussi.

Que la collision arriverait.

Inévitablement.

Mais sans doute pas où elle l’attendait.