Grimorts - L’Oiseau Sépulcral

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Summary

Satsu se réveille après avoir été gravement blessé. Il découvre alors qu’il a été soigné par une étrange créature noire aux allures de médecin de la peste.

Status
Complete
Chapters
11
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1 : Le Blessé

Le matin printanier laissait flotter ses douces odeurs de floraison alors que quelques oiseaux chantaient déjà. Des rayons timides venaient réchauffer la cime des arbres de la forêt luxuriante. Des gouttes de rosée glissaient sur les fougères de cet endroit paisible. 

Toutefois, lorsque Satsu sentit sa conscience refaire surface, il fut hermétique à cette nature à l’allure si chaleureuse.

En effet, la première chose qui revint à ses sens fut l’écho d’une vive douleur au thorax et à l’avant bras droit. Un grognement étouffé lui échappa. Il tenta de légèrement se mouvoir tout en gardant ses orbites clos, mais une voix qui lui était inconnue le surprit :

« Heureux de voir que vous vous éveillez enfin. »

Le ton était calme et serein. Il s’y trouvait quelque chose de bienveillant et cordial.

Satsu ouvrit péniblement les yeux, percevant déjà les branchages des feuillus qui le surplombaient. Son regard courut autour de lui, jusqu’à s’arrêter sur une forme sombre qui semblait prendre quelques notes sur un carnet à la couverture ornée de motifs raffinés. La créature assise sur une souche à un peine un mètre était habillée de sombres vêtements vétustes et rapiécés, bien que très propres. Mais le plus marquant demeurait son long bec noir et les plumes massives qui jaillissait d’une part et d’autre de son cou. Deux protubérances plumeuses tombaient de ses épaules comme des écharpes duveteuses le long de son dos. L’homme oiseau délaissa son livret et tourna la tête vers Satsu, le fixant de ses yeux verrons. Il ajouta :

« J’ai déjà pu secourir des malheureux aux abords des chemins peu fréquentés. Bien souvent, ils avaient été victimes de quelques malveillants brigands. Toutefois, vos blessures n’étaient pas symptomatiques des armes contenantes. Une bien agressive créature avait dû s’en prendre à vous, si je ne me trompe pas ? »

Satsu dévisageait cet étrange interlocuteur. Il entrouvrit la bouche pour tenter de parler mais aucune parole n’en sortit. Il s’étonna de sentir que sa gorge était totalement sèche. À la place de mots, ce fut un court râle qui lui échappa. L’homme oiseau répondit avec un léger rire qui se dessina sur le coin de son bec. Il se retourna pour fouiller l’une des multiples sacoches disposées autour de lui. Il en sortit une gourde de petite taille, mais dont le métal qui la composait affirmait qu’elle était d’excellente facture. Il la tendit au jeune blessé toujours couché. C’est avec un geste tremblant et incertain que Satsu accompagna le geste pour porter le récipient à sa bouche. L’eau passa dans sa gorge telle de la glace revigorante. Au bout de quelques gorgés, il redonna le breuvage. Il déglutit quelques fois avant de se sentir la force de parler :

« Ce... C’était une vouivre.

- Une vouivre ? s’étonna la créature de plumes noires. Voilà qui n’est pas anodin. Généralement ces reptiles restent bien sagement dans leur antre. Et dans le pire des cas, elles se contentent de s’attaquer au bétail... »Le regard de Satsu plongea dans le vide alors qu’il décidait de se taire. Il ne semblait pas vouloir apporter de développement aux circonstances qui l’avaient amenées à cette situation. Il observa son avant bras désormais recouverts de bandages propres. Il se souvenait si bien de la mâchoire de la vouivre qui se refermait sur son membre tel des dizaines de petits couteaux. Mais bien vite l’homme oiseau le tira de cette terrifiante rêverie :

« Tout près d’ici s’étend Disthène, un modeste village que je n’ai jamais visité. Il s’agit justement de ma prochaine destination. Si vous le souhaitez, je peux vous y accompagner, et aussi vous offrir quelques pièces pour que vous puissiez subvenir à vos besoins avant de reprendre votre propre chemin. Voir même profiter d’une nuit dans une potentielle auberge. Sommeiller dans un bon lit est très sain pour faire cicatriser les blessures. »

Satsu ne s’attendait pas à une telle offre de cet inconnu. Cela attisa immédiatement sa méfiance :

« Tu me soignes sans me connaître et tu proposes même de me donner de l’argent ? On va pas tourner autour du pot. Tu veux que je fasse quoi pour toi ? »

Le bec s’élargit avec un sourire amusé. L’homme oiseau entreprit de prendre son temps pour ranger la gourde avant d’observer son interlocuteur dans les yeux, et de répondre :

« Ce n’est pas parce que bon nombre de peuples et de créatures n’obéissent qu’à leur égoïsme et leur avidité qu’il s’agit d’une règle établie. Pour ma part je ne suis qu’un médecin itinérant. Je suis au service de la vie avant toute autre chose. Et mes patients me donnent ce qu’ils souhaitent, si ils en ont les moyens.

- Et c’est viable comme façon de faire ?

- Certains sont extrêmement reconnaissants quand on les soigne eux ou leurs proches. Et d’autant plus lorsque le pronostic vital était engagé.

- Je vois… Mais pour ma part je n’ai rien à offrir. Mes propres sacoches sont quasiment vides.

- Je n’ai pas fouillé vos biens pour le savoir, répondit-il alors que ses yeux se plissaient. Hmmm… d’ailleurs… Si je ne me trompe pas, vous êtes un leuxdyen ?

- Tu es observateur… Ça te pose un problème ?

- Disons que puisque nous n’avons pas le même régime alimentaire, je n’ai rien pouvant vous sustenter. Néanmoins, le village dont j’ai parlé n’est qu’à quelques centaines de mètres. Soit je peux m’y rendre pour vous ramener une nourriture adaptée. Soit, si vous en avez la force, je peux vous soutenir et nous irons ensemble sur place.

- C’est vrai que vu ton profil, on s’attend surtout à ce que tu manges des graines, ricana Satsu. »Le bec du concerné claqua comme pour manifester un léger agacement.

Le jeune blessé grimaça et reprit :

« Mais du coup, tu me laisses tout seul ici un petit moment dans ta première proposition ?

- C’est inévitable, effectivement.

- Je n’ai pas envie d’être tout seul dans mon état ! Je n’ai pas la force pour me défendre ! »

Le jeune homme passa une main dans ses cheveux blancs avec un soupire épuisé :

« Arff… bon… heu… ça te tente qu’on attende quelques heures que je récupère un peu. Et ensuite on essaye d’aller ensemble dans ton fameux village ?

- Nous pouvons faire ainsi. J’ai tout mon temps pour ma part... »

Ainsi ils se présentèrent brièvement. L’homme oiseau était un plagan se nommant Masekhael Saaxir. Il souligna qu’il achevait justement son voyage pour retourner bientôt auprès des siens en rapportant des connaissances, mais aussi quelques souvenirs. Satsu écouta attentivement, souhaitant sans doute se poser sur la voix mélodieuse de la créature pour moins songer à sa douleur et l’horreur des derniers évènements qu’il avait vécu. Il resta d’ailleurs assez vague avec le médecin. Il se contenta de lui raconter qu’il avait quitté sa tribu pour cause de mésentente avec ses congénères, avant de tomber sur la vouivre alors qu’il chassait. L’homme oiseau ne se sentit pas totalement convaincu par le récit. Mais il resta silencieux sur ce fait, acceptant avec respect que son interlocuteur souhaite garder ses secrets.