LA VOLEUSE DU PHARAON MAFIEUX

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Summary

Dans les ombres dorées du Caire moderne, Nour est une légende parmi les voleurs : une professionnelle froide et insaisissable qui ne laisse jamais de traces. Spécialisée dans les artefacts anciens, elle accepte le contrat le plus dangereux de sa carrière : dérober le Masque d’Anubis, relique sacrée et maudite appartenant à la puissante famille Al-Malik. Mais elle ne s’attendait pas à lui. Malik Al-Rashid, surnommé le Pharaon, est le chef impitoyable d’un empire mafieux qui contrôle le Caire d’une main de fer. Froid, charismatique et d’une possessivité absolue, il règne par la peur et le respect. Quand il découvre qui a osé le voler, il ne lance pas simplement ses hommes à sa poursuite. Il la veut. Pas seulement pour punir. Pas seulement pour récupérer son bien. Il veut la posséder entièrement. Faire plier cette femme qui a eu l’audace de le défier. Pourchassée à travers les souks labyrinthiques de Khan el-Khalili, les marchés clandestins et les sites archéologiques de Louxor, Nour va se retrouver prise au piège d’un jeu dangereux où désir, pouvoir et trahison s’entremêlent. Car chez les Al-Malik, il n’existe qu’une seule règle : On ne vole pas. On appartient. Entre haine brûlante et attirance magnétique, Nour va devoir choisir : fuir pour survivre… ou se perdre dans les ténèbres du Pharaon. Thèmes : Dark romance, mafia, obsession toxique, enemies to lovers extrême, possessivité

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapter 1 LES RICHESSES DU NIL

Le vent du désert soufflait doucement sur le plateau de Gizeh, portant avec lui le murmure ancestral du Nil. Nour se tenait à distance, perchée sur une dune isolée, les yeux rivés sur les trois géants de pierre qui dominaient l’horizon. La nuit était claire, et la lune baignait les pyramides d’une lumière argentée qui les faisait paraître presque vivantes. Khéops, Khéphren, Mykérinos. Les gardiens immortels du peuple du Nil.

Elle respira profondément, laissant l’air sec et chargé de sable emplir ses poumons. Ici, le temps semblait suspendu. Ces monuments n’étaient pas de simples tombes ; ils étaient le cœur battant d’une civilisation qui avait dompté le désert et fait du fleuve sacré son dieu vivant.

Le Nil, Iteru ou Hapi selon les anciens, était la vie même. Sans ses crues annuelles, qui déposaient une terre noire et fertile appelée Kemet – le Pays Noir –, l’Égypte n’aurait été qu’un ruban de sable stérile coincé entre deux déserts rouges, Deshret. Les Égyptiens anciens vénéraient ce fleuve comme un dieu bienveillant. Chaque année, vers la mi-juillet, les eaux montaient, inondant les champs et offrant aux paysans une saison de repos forcé. C’était pendant ces mois d’inondation que les milliers d’artisans et de travailleurs libres se tournaient vers les chantiers des pyramides. Pas d’esclaves enchaînés, contrairement aux légendes colportées plus tard. Des hommes payés en pain, en bière, en huile et en vêtements, organisés en équipes compétitives qui se vantaient de leur force et de leur précision.

« Ankh, udja, seneb. » Vie, prospérité, santé. Cette formule sacrée, gravée sur des milliers de stèles et murmurée dans les prières, résumait l’espoir éternel du peuple du Nil. Que le pharaon vive, que le royaume prospère, que le ka – l’esprit vital – survive à la mort.

Nour connaissait ces mots par cœur. Elle les avait lus dans de vieux manuscrits volés, dans les ombres des souks où les antiquaires murmuraient encore les secrets interdits. Les pyramides n’étaient pas seulement des empilements de pierre ; elles étaient un pont entre le monde des vivants et celui des morts. Construites sur la rive ouest du Nil, là où le soleil se couche, symbole du royaume de l’au-delà, Duat.

La Grande Pyramide de Khéops, la plus imposante, avait été érigée vers 2580-2560 avant J.-C. Plus de 2,3 millions de blocs de calcaire et de granit, certains pesant jusqu’à 70 tonnes, extraits des carrières d’Assouan et de Tura. Sa base couvrait plus de 13 acres, ses côtés s’élevaient à l’origine à 146 mètres de hauteur avec une précision astronomique : les faces étaient orientées presque parfaitement vers les quatre points cardinaux. À l’origine recouverte de dalles de calcaire blanc poli, elle brillait comme un miroir sous le soleil, visible à des dizaines de kilomètres. Les anciens l’appelaient Akhet Khufu, « l’horizon de Khéops », reliant le pharaon divin au dieu soleil Rê.

Comment avaient-ils fait ? Les ingénieurs modernes s’interrogeaient encore. Des rampes droites, circulaires ou en spirale en briques de terre crue et en sable, humidifiées pour faciliter le glissement des traîneaux. Des leviers, des rouleaux de bois, une organisation logistique millimétrée. Des équipes de 20 hommes pouvaient déplacer un bloc de 2,5 tonnes en une vingtaine de minutes. Pas 100 000 esclaves comme l’avait prétendu Hérodote, mais environ 20 000 à 30 000 travailleurs : artisans qualifiés permanents, paysans saisonniers, boulangers, médecins, prêtres. Une véritable ville ouvrière existait à côté du chantier, avec ses quartiers, ses boulangeries et même ses cimetières.

« Ii em hotep. » Viens en paix. C’était la formule que l’on adressait aux visiteurs des temples et des nécropoles. Nour la murmura pour elle-même, comme un défi silencieux aux esprits qui veillaient encore sur ces lieux.

La richesse de cette civilisation fascinait et terrifiait à la fois. L’or affluait de Nubie, l’ivoire et l’ébène du sud, le lapis-lazuli d’Afghanistan lointain, le cèdre du Liban. Les pharaons de la IVe dynastie, au sommet de leur puissance, avaient transformé cette abondance en monuments éternels. Khéphren, fils de Khéops, fit bâtir sa pyramide légèrement plus petite mais gardée par le Grand Sphinx, statue colossale au corps de lion et à la tête de pharaon, symbole de force royale et de protection divine. Mykérinos, plus modeste, complétait le trio, entouré de pyramides satellites pour les reines.

Ces structures n’étaient pas isolées. Chaque pyramide était reliée à un temple funéraire et à un temple de la vallée par une chaussée couverte. Des barques solaires en bois, comme celle découverte près de Khéops, attendaient pour transporter l’âme du pharaon dans l’au-delà. Les Égyptiens croyaient en une vie après la mort complexe : le ba (l’âme mobile) voyageait, le ka (force vitale) devait être nourri par des offrandes. Le corps, préservé par la momification – art maîtrisé grâce à Anubis, le dieu à tête de chacal, gardien des nécropoles –, devait rester intact.

Le Masque d’Anubis, celui qu’elle devait bientôt dérober, incarnait cette croyance. Or pur, lapis-lazuli, yeux d’obsidienne. Il protégeait le défunt pendant le jugement dans la salle de Maât, où le cœur était pesé contre la plume de la vérité. « Si le cœur est lourd de péchés, la Dévoreuse l’engloutit. Si léger, l’âme accède aux Champs des Roseaux, paradis éternel. »

Nour laissa son regard glisser sur les ombres des dunes. Le peuple du Nil avait construit un empire sur l’eau, la pierre et la foi. Leur culture était imprégnée de dualité : vie et mort, inondation et sécheresse, ordre (Maât) et chaos (Isfet). Les scribes, les prêtres, les artisans, les paysans – tous participaient à cette grande harmonie cosmique. Les femmes jouissaient d’un statut remarquable pour l’époque : elles pouvaient posséder des biens, divorcer, gérer des affaires. Les enfants étaient précieux, élevés dans le respect des ancêtres.

Autour des pyramides, la vie continuait aujourd’hui comme un écho lointain. Les fellahs cultivaient encore les berges du Nil, les felouques glissaient sur ses eaux, les appels à la prière se mêlaient au vent. Mais la richesse ancienne persistait dans les artefacts : statues, bijoux, papyrus, ornements funéraires qui valaient des fortunes sur le marché noir. Une richesse maudite, disaient certains. Voler ces reliques, c’était réveiller les anciens gardiens.

Nour sentit un frisson la parcourir. Elle n’était pas superstitieuse, mais ici, sous le regard des pyramides, on ne pouvait ignorer le poids des millénaires. Ces pierres avaient vu naître et mourir des dynasties, des conquérants grecs, romains, arabes, ottomans. Elles restaient, immuables.

« Nefer hotep. » Belle est la paix. Une autre formule ancienne, gravée sur les temples, pour apaiser les dieux.

Elle s’assit sur le sable encore tiède, laissant ses doigts tracer distraitement des hiéroglyphes imaginaires. La construction des pyramides reflétait une maîtrise extraordinaire : alignement avec les étoiles (Orion pour Osiris, le dieu ressuscité), proportions mathématiques presque parfaites, systèmes de ventilation et de chambres internes complexes. La chambre du roi dans la Grande Pyramide, avec ses énormes blocs de granit rose d’Assouan, restait un mystère. Comment avaient-ils hissé ces masses à plus de 40 mètres de hauteur ?

Les théories abondaient : rampes internes, leviers sophistiqués, même des connaissances géométriques avancées. Mais au-delà de la technique, c’était la volonté collective d’un peuple uni derrière son pharaon-dieu qui impressionnait. Pendant vingt ans, pour Khéops seul, des générations avaient travaillé à l’immortalité d’un homme. Une immortalité qui, ironiquement, profitait aujourd’hui aux voleurs, aux collectionneurs et aux empires modernes qui se cachaient derrière des façades de pouvoir.

Le désert s’étendait à perte de vue, ponctué de tombes plus modestes, de mastabas et de villages oubliés. Le peuple du Nil avait laissé un héritage qui dépassait la simple pierre : une langue, une écriture, une religion, une science de la vie et de la mort. Leurs contes, leurs hymnes au Nil, leurs livres des morts – tout cela respirait encore dans l’air du Caire moderne, mélange chaotique de klaxons, de minarets et de néons.

Nour se releva lentement. La nuit avançait, et avec elle, le moment approchait. Les pyramides veillaient, silencieuses, puissantes, riches d’or caché et de secrets plus précieux encore. Elles avaient vu des voleurs avant elle. Certaines étaient mortes, d’autres avaient disparu dans les sables.

« Ankh wedja seneb, » répéta-t-elle à voix basse, comme une invocation ou un défi. Vie, prospérité, santé… ou mort, selon ce que les anciens décideraient.

Le vent se leva plus fort, faisant tourbillonner le sable autour des bases immenses. Quelque part dans les ombres de Gizeh et de Louxor, le Masque d’Anubis attendait. Symbole de tout ce pouvoir ancien, de cette richesse accumulée sur des siècles, de cette culture qui refusait d’oublier.

Nour tourna le dos aux pyramides pour un instant, mais elle sentait leur présence dans son dos, comme un regard millénaire qui la suivait.

Le peuple du Nil avait construit pour l’éternité.

Et l’éternité, parfois, réclamait son dû.