Chapitre 1
La forêt interdite n'avait pas d'âme, seulement des murmures et des ombres. Un voile sombre et impénétrable, où même la lumière du soleil peinait à s'aventurer. Chaque arbre, chaque brise portait en elle une promesse de malheur. Ceux qui osaient pénétrer ses profondeurs ne revenaient jamais. Ou alors, ils revenaient changés, hantés par des visions qu'ils n'osaient partager.
Vandor, le chevalier marqué par la guerre, n'était pas un homme superstitieux. Son cœur n'avait plus de place pour les peurs futiles des hommes. Mais cette forêt... Il ressentait une lourdeur dans l'air, une pression qui alourdissait ses pas. Un froid inattendu l'enserrait, comme une main invisible serrant son cou. Pourtant, il ne se retourna pas. Il avait choisi cet exil, cette solitude, pour fuir les démons de son passé. Rien n'avait plus de pouvoir sur lui, sauf peut-être le silence, et cet endroit en était la promesse. Les blessures qu'il portait à son corps témoignaient de la violence de son dernier combat, au-delà des frontières de la forêt.
La bataille avait laissé des traces profondes : une côte brisée, des plaies ouvertes, et la sensation d'une fatigue qui ne semblait jamais se dissiper. Il n'était pas venu ici pour soigner ses blessures. Mais le besoin de se cacher, de disparaître du monde, de se retrouver dans ce lieu où tout semblait figé, avait été plus fort que tout. Au loin, la silhouette d'une demeure émergeait entre les arbres. Une maison, mais pas une de celles qu'on trouve dans un village. Non, celle-ci semblait faite de l'essence même de la forêt: noire, imposante, comme si elle avait été là bien avant les hommes.
Il l'avait entendue nommée une certaine Cecilia dans les tavernes des régions avoisinantes, murmurée sur des lèvres tremblantes : la sorcière exilée, la magicienne d'un autre temps. Celle dont le nom seul suffisait à figer les regards. Elle était une légende, et comme toutes les légendes, elle portait en elle la vérité et le mensonge. Vandor s'approcha, l'âme lourde. Il n'était pas ici pour l'affronter. Il venait en quête de silence. Mais il savait, au fond de lui, que son destin ne l'avait pas mené dans cette forêt sans raison. Lorsqu'il franchit le seuil de la demeure, un frisson parcourut sa colonne vertébrale.
Elle était là. Cecilia. À peine un murmure de mouvement, une présence palpable. Ses magnifiques cheveux noirs sur ses épaules dénudées, et ses yeux, d'un vert profond, le fixaient avec une intensité qui sembla déchirer son âme. Elle sourit. Un sourire qui n'était ni accueillant, ni hostile, mais qui transpirait d'un désir ancien, imprégné de magie.
- Tu es venu chercher quoi, chevalier ? demanda-t-elle, sa voix aussi douce que le vent, mais tranchante comme une lame.
Vandor, le souffle court à cause de la douleur, ne cilla pas. Il soutint son regard, même si une part de lui savait que ce qu'il ressentait n'avait rien à voir avec la simple fatigue. Il luttait pour ne pas succomber à l'attraction magnétique de sa présence, à cette aura qui semblait brûler l'air autour d'eux.
- Le silence, répondit-il, sa voix rauque. Loin des cris de guerre, loin du monde.
Elle se leva lentement, ses mouvements gracieux et fluides, comme si elle flottait au-dessus du sol. Ses bras nus scintillaient sous la lumière mourante, ses courbes marquées par la magie, et ses yeux, rivés sur lui, le scrutaient comme une proie, une conquête. Une tension électrique semblait naître entre eux, vibrante et palpable, s'intensifiant à chaque seconde.
- Et tu crois que tu le trouveras ici ? dit-elle, son ton presque moqueur. Ce lieu est bien plus que tu ne le crois, chevalier. Il n'accorde pas de paix. Pas aux vivants. Pas aux âmes tourmentées.
Il la regarda, un frisson de désir et d'appréhension lui parcourant le dos. Son corps était marqué par la guerre, blessé, fatigué, mais une part de lui ressentait autre chose, un appel qu'il n'avait pas anticipé.Une attraction insidieuse qu'il n'avait pas cherchée, mais qu'il ne pouvait ignorer.
— Ce que je cherche ici, ce n'est pas la peur, dit-il, sa voix plus assurée. C'est la paix.
Elle s'approcha encore, se mouvant comme une ombre dans la lumière déclinante. Leurs regards se croisèrent, et l'air autour d'eux sembla se charger d'une chaleur nouvelle, d'une tension sexuelle palpable. Elle était trop proche. Trop belle. Trop... tout.
- La paix? répondit-elle, un sourire amusé, presque carnassier, effleurant ses lèvres. Il y a longtemps que la paix ne m'a pas visitée. Et toi, chevalier, penses-tu que tu pourras fuir tout ce que tu portes en toi ? Que tu pourras échapper à l'ombre qui te suit, même ici ?