Sanctuaire ~ Lou & Wolf's gang (omegaverse)

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Summary

Dans un monde où Alpha rime avec cruauté et pouvoir, Lou se démarque par sa bienveillance. Jeune Loup idéaliste, il a fait de son village un sanctuaire, un refuge où chacun peut trouver sa place : humains, transformés... et même omégas en fuite. Alpha respecté et aimé, sa vie serait presque parfaite... s'il réfléchissait un peu plus avant d'agir et si sa patience n'était pas aussi limitée. Wolf, lui, ne vit pas : il survit. Oméga malingre au sang-mêlé, il a été arraché à sa vie par une meute rétrograde et violente. S'il échappe à la reproduction forcée, ce n'est ni par chance, ni par pitié... mais parce que sa condition physique ne le rend pas attrayant. Et parce qu'il est malin. Très malin. Rien n'aurait changé si, un jour, les Loups itinérants n'avaient pas franchi les frontières du Sanctuaire. Lou n'avait pas prévu de s'attacher. Wolf n'avait pas prévu d'être sauvé. Mais dans un monde qui refuse de changer, Lou sera-t-il prêt à tout risquer ?

Status
Ongoing
Chapters
7
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1

Lou.

— Chef ! Chef !

La voix grave percute mes tympans et ceux de tous les autres clients du bar. Des regards curieux, d’autres contrariés, se braquent sur la jeune femme qui vient de faire irruption en ahanant.

Moi, je fais partie des contrariés : je voulais siroter mon mojito en paix après une dure journée de labeur (enfin, après la journée, en tout cas), pas me faire dévisager par une louve débraillée, laquelle se fraie un chemin entre les tables pour me rejoindre au bar d’un pas martial.

— Chef ! répète-t-elle lorsqu’elle me rejoint. Je pensais bien te trouver ici.

Ce n’est pas une déduction digne des plus grands cerveaux : en dehors de la bibliothèque, il n’y a nulle part où traîner à cette heure. Et tout le monde sait que je ne suis pas fan des bibliothèques.

Mais je sais lire, contrairement à ce que dit la rumeur !

— Pathine... T’étais pas de repos aujourd’hui ? bougonné-je en lorgnant mon verre. Et pis, j’ai déjà une nounou.

D’un geste évasif, je lui montre la silhouette ramassée sur un tabouret à quelques mètres de moi avant d’ajouter :

— Tu vois ? Je risque rien. Et même s’il était pas là, je risquerais rien : le village est calme, le soleil brille, les oiseaux piaillent et les louveteaux roulent dans les talus.

La louve esquisse un sourire amusé et ricane :

— Tu seras ravi d’apprendre que ce calme touche à sa fin, alors ! Avec Pál, on faisait notre jogging quand le vent a tourné. Et devine ce qu’il nous a apporté ?

— Un raccourcissement de vos congés ? Je sais pas si vous savez, mais normalement, on sèche le boulot, pas les jours de repos.

Pathine s’installe sur le tabouret voisin du mien, commande la même chose que moi, puis se gratte le nez.

— Congés ou pas, tu sais bien que Pál fourre sa truffe partout. J’allais quand même pas le laisser y aller tout seul ! Du coup, on a humé le vent et on a suivi la piste jusqu’aux abords des ruines de l’ancien lavoir avant de faire demi-tour.

Pathine marque une pause et me regarde trépigner. Je ne suis pas connu pour ma patience. Mon prénom est même devenu synonyme d’impatience parmi les Loups du village.

— Tu veux pas être un peu plus précise ? Il avait quoi, le vent ? Et ’ancien lavoir ? Vous avez trouvé quelque chose ? Ou vous avez fait demi-tour pour finir votre jogging ?

— Le vent était chargé de phéromones lupins.

Elle s’arrête encore, boit une longue gorgée de son mojito, ce qui me donne envie de déverser le mien sur son crâne.

— Et donc ? C’était quelqu’un qui cherche le Sanctuaire ? Une meute amie en visite, qu’il va falloir loger ? Un vrai loup qui n’a rien à foutre dans les Vosges, mais qui y est quand même ? Ou un foutu Alpha Dominant qui a envie de venir voler nos protégés ?

Ces derniers mois, ils approchent de plus du village malgré la barrière de phéromones que j’active chaque matin pour nous soustraire au reste du monde. Je n’ai pas le choix si je veux que ce lieu reste un refuge pour tous et toutes. Un endroit où accueillir les Humains las du joug des loups-garous. Les bêtas fatigués de devoir obéir au risque de voir leur famille massacrée. Les Transformés qui ne supportent plus d’être à peine mieux traités que des esclaves. Les Omégas en fuite, usés de ne jamais être considérés.

Le Gouvernement voit les premiers comme des sous-créatures à qui confier les basses besognes. Les deuxièmes comme des valets. Les troisièmes comme de la main-d’œuvre qualifiée à exploiter. Les derniers comme des ventres sur pattes, uniquement bons à être enfermés pour enfanter encore et encore.

— Il y avait bien un Alpha Dominant. Et quinze Suiveurs. Autant de Bêtas. Quelques Deltas et Gammas. Une dizaine d’Omegas dont plusieurs sont pleins. Meute inconnue au bataillon, ils se dirigeaient vers le lac.

Mes oreilles lupines surgissent de part et d’autre de mon crâne, comme chaque fois que je suis contrarié. Vraiment contrarié. Et inquiet.

Une meute inconnue avec autant d’Alphas, ce n’est pas une bonne nouvelle.

— Crocs cariés, comme si j’avais besoin de ça en plus ! me lamenté-je en posant mon mojito sur le comptoir d’un geste dramatique.

Pathine fronce les sourcils et croise ses bras musclés avant de me lancer :

— Parce que tu as des problèmes à gérer, en ce moment ? Même sans parler “problème”, tu n’as absolument rien de prévu pour cette semaine, je me trompe ?

Je me redresse, déjà prêt à en découdre, mais me retrouve à court d’arguments avant même d’en avoir trouvé un.

— Euh, non. Mais j’ai pas besoin de ça quand même.

Mon emploi du temps est le parfait reflet de ma vie sentimentale : désertique. Pas de problème parmi les membres de la meute. Pas de nouveaux arrivants. Pas de souci d’approvisionnement du bar, de l’épicerie ou de matériel pour l’école, pas d’absence du personnel. Rien à signaler non plus du côté de nos voisins Humains et surtout, pas de dangers immédiats venant d’autres loups. Une surveillance accrue, oui, mais je n’en suis même pas responsable.

Je n’avais rien contre le fait de le garder vide, cet emploi du temps.

Pathine replace quelques mèches noires dans sa queue de cheval, puis demande un verre de Pinot à Olga, notre barmaid. Je louche sur son verre de coktail vide. Sur le mien encore plein.

Ma main glisse sur le comptoir patiné par des centaines de doigts au fil des années jusqu’au pied de mon verre. Pathine demeure silencieuse pendant que je vide le mojito avec délice.

— Ils sont un peu trop nombreux à mon goût, feulé-je une fois la boisson sifflée. Degré de civilisation ?

Du coin de l’œil, je détaille ma garde du corps. Une louve bêta comme je n’en ai vu dans aucune autre meute. Rapide. Forte. Loyale. D’une précision à faire peur. Aucune famille de sang. Elle aurait pu me quitter pour n’importe où sans risquer de devenir leur larbin. Des meutes plus riches. Plus influentes. Plus puissantes. Sauf qu’elle partageait ma vision des choses. Celle de mes parents. Elle est non seulement restée de son plein gré à mes côtés, mais à en plus choisi d’épouser un réfugié. Un Transformé gamma venu de l’Est, survivant d’un hameau décimé par des Chasseuses.

— Très bas : c’est une meute primitive, exclusivement masculine. Certains bêtas se déplacent sous forme lupine. En pleine journée.

Si mon cocktail n’était pas déjà vide, je le viderais d’une traite pour faire passer la nouvelle. Je déteste ce type de groupes : ce sont les pires.

— Les Néandertals des Garous... génial, bougonné-je. Taux d’agressivité maximal, j’imagine ?

— Exact. Un alpha et un bêta se sont battus en plein convoi, le Dominant a rebroussé chemin pour égorger le bêta et a ordonné à l’autre de se mettre en queue de file. Ils ont laissé le corps sur place.

— Il faudra s’en occuper, soupiré-je, faudrait pas que le cadavre contamine la faune.

— Et puis, même si c’était un primitif, sa dépouille mérite un minimum de respect, complète Pathine d’un ton patient.

— Ouais, ouais, ça aussi. J’y avais pensé, hein, mens-je éhontément. Est-ce qu’ils sont là pour... nous ?

Même si ça m’étonnerait beaucoup, je me dois de le vérifier : il en va de notre sécurité.

— Non. Je dirais qu’ils ont juste dévié de leur route migratoire à cause des orages récents : tout le sectaire de Dompaire est inondé. Ils n’ont pas l’air d’avoir senti notre présence. Mais je suis inquiète pour la faune, et pas juste à cause du cadavre : ils massacrent le gibier sans se soucier de l’équilibre. Avec Pál, on a vu plusieurs familles décimées, déjà !

Je grince des dents et lutte pour garder mes crocs rétractés. Des barbares. Ce sont des barbares. S’ils traitent leurs morts et les animaux avec si peu de respect, alors...

— Les Omégas... comment sont traités les Omégas ?

La condition des Omégas a toujours été un sujet sensible pour moi. Il l’était déjà pour ma mère. I l’est pour tout le village. Nous aspirons à un monde plus égal, plus juste, où plus personne ne sera utilisé contre sa volonté. Hélas, il n’en va pas de même pour la grande majorité des meutes : elles ne les accordent qu’un statut de reproducteurs serviles. Je ne sais pas si on peut considérer ça comme une victoire, mais au moins, ces omégas sont généralement bien traités : ils sont nourris, protégés, entretenus.

— Ce sont des primitifs, Chef. Même les loups sauvages et affamés sont des enfants de chœur à côté.

J’inspire une longue goulée d’air qui me laisse une amertume rageuse sur la langue. Le sang bat à mes tempes. La colère bourdonne dans mes oreilles.

— Je veux tout savoir, reprends-je d’une voix sourde. Leur nombre exact, combien sont gestants, leurs âges, leur état physique, leur intégrité mentale.

Et je ne le lui dirais pas maintenant, parce qu’elle s’y opposer farouchement, mais je veux savoir si nous devons prévoir des extractions d’urgence. Attaquer un groupe aussi grand, je ne l’ai jamais fait, mais il s’agit de tellement de vies...

Pathine se racle la gorge. Ça ne peut vouloir dire qu’une chose : la réponse ne va pas me plaire.