Une vie brisée
D’aussi loin que je me souvienne, ma vie a toujours été grise.
Je souris souvent pour rassurer les autres, mais au fond… je ne suis pas vraiment sûre de moi. Je ne l’ai jamais été. La vie ne m’a jamais laissé le temps d’apprendre à être forte. Elle m’a simplement forcée à survivre et à suivre.
J’avais dix ans lorsque mes parents sont morts dans un tragique accident. Ce jour-là, mon monde entier s’est effondré. Mais ma grande sœur, Fiona, était là. Elle n’avait que dix-huit ans et pourtant, elle est devenue ma mère, ma protectrice, mon refuge.
Malgré nos difficultés, Fiona trouvait toujours la force de sourire. Elle me répétait sans cesse que tout finirait par aller mieux. Et quand elle disait ça… j’y croyais vraiment.
Puis Mathias nous a trahies.
Notre frère aîné a vendu la maison familiale après la mort de nos parents avant de disparaître avec tout l’argent. Sans remords. Sans même regarder derrière lui. Je me souviens encore de son sourire froid ce jour-là. C’était comme si nous n’avions jamais compté pour lui.
Mais Fiona est restée.
Toujours.
Elle s’est privée pour moi. Elle a travaillé jusqu’à l’épuisement pour que je puisse continuer l’école. Elle était tout ce qu’il me restait.
Et puis… le destin me l’a arrachée aussi.
Le soir de mon vingt-et-unième anniversaire, Fiona est morte dans un accident de circulation. Un chauffard ivre a détruit ma vie en quelques secondes.
Son nom, je le connais. Son visage est gravé en moi.
C’était le fils d’une des familles les plus riches.
Il avait seulement vingt-trois ans, mais tout le monde connaissait déjà son arrogance, son irresponsabilité et cette façon qu’ont les riches de croire que l’argent peut effacer leurs fautes.
L’enquête n’a jamais vraiment existé.
Quelques jours après l’incident, je reçus la visite de l’enquêteur chargé de l’affaire. Il me déclara que ma sœur était la fautive dans cette histoire. Je n’ai pas pu contenir mon chagrin et j’ai fini en sanglots.
Même un simple « désolé » semblait être trop demander pour la vie de ma sœur.
L’enquêteur me regarda d’un air impassible.
Mes yeux brûlaient à force de pleurer.
Il est parti sans rien ajouter.
Et moi… je suis restée seule avec ma douleur.
Enfin non.
Fiona avait laissé derrière elle deux raisons de continuer à vivre : Nathan et Jessica.
Nathan n’avait que cinq ans. Un petit garçon curieux, plein d’énergie, qui posait mille questions par minute. Jessica, elle, avait onze ans. Trop intelligente pour son âge. Trop silencieuse aussi.
Leur père, Alexandre, n’a même pas essayé de les garder. Un homme faible, incapable d’assumer quoi que ce soit. Quand j’ai proposé de prendre les enfants avec moi, il a accepté sans discuter. Sans même se demander où nous allions vivre.
Alors ils sont venus vivre avec moi.
Dans mon petit appartement.
Avec Thomas, mon copain.
Thomas était un homme beau, charmant et tres intelligent . Le genre d’homme dont beaucoup de femmes rêveraient.mais etait a moi et à moi seul
La mort de ma sœur fut très dure pour moi, mais quelques jours après cela, Nathan se rapprocha de moi.
— Tantine, où est ma maman ?
Jessica se tenait derrière lui sans rien dire. Elle nous observait en silence.
Je n’aurais jamais imaginé que les mots sortis de la bouche d’un si petit garçon pouvaient faire aussi mal.
Je me rapprochai doucement de lui, puis je le pris dans mes bras avant de lui chuchoter à l’oreille qu’elle était partie.
Instantanément, nous avons commencé à pleurer.
Jessica, qui observait la scène, se mit elle aussi à pleurer.