Grimorts - La Sentinelle Sylvestre

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Summary

Kan-Vayyisu est un gardien de la forêt. Il protège et préserve l’écosystème de son royaume des menaces extérieurs depuis plusieurs siècles. Mais son quotidien se voit bouleversé le jour où une créature étrange naît sur ses terres… d’autant plus en sachant que des chasseurs arrivent pour la traquer...

Status
Complete
Chapters
18
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1 : Les Gemmes

« Attrapez-moi ces bestioles ! »

Les deux hommes se précipitent à la suite des petits reptiles volants sous l’ordre d’Elphyr. Ce dernier prend la course également, grommelant intérieurement sur la manière par laquelle la situation leur a échappé ! En général, les plus jeunes vouivres se contentent de se terrer au fond de leur caverne en espérant voir revenir les adultes de la chasse. Du moins ceux qui sont encore en vie. Mais là… Il semblerait qu’une brèche entre les roches ait laissé ces petites créatures prendre la fuite vers l’extérieur. Pire encore, il fallait que ce soit une forêt épaisse !

Elphyr, plumes dressées et dague à la main entrevoit de petites ailes, il bifurque rapidement, rattrapant sa proie. D'un geste précis, sa lame cisaille l’air et tranche la membrane d’une des ailes de l’animal. La vouivre, à peine plus grosse qu’un chat tombe au sol en se tordant de douleur. L’hybride mi-oiseau achève alors la créature de quelques coups de lame dans son abdomen. Il saisit la prise par le cou et l’accroche à sa ceinture via une sangle prévue à cet effet. Cette dépouille, encore agitée de quelques spasmes, vient alors en rejoindre deux autres.

Elphyr nettoie sa lame et la range dans son fourreau avec des gestes trahissant ses habitudes. Il reste et demeure un chasseur chevronné, mais en dehors des avantages dus à son hybridation ancestrale, il ne possède aucune faculté magique. Son apparence à première vue humaine surprend rapidement par le duvet et les plumes bleues aux reflets multiples qui parcourent l’entièreté de son corps. De grands yeux jaunes attirent rapidement l’attention sur son visage. L’homme ne possède pas réellement de cheveux, mais à la place s’étend un plumage long et épais qui court jusqu’au bas de sa nuque. Sa silhouette athlétique est enserrée dans une armure de cuir brun disposant de multiples poches. Un sac à dos, des ceintures et des sacoche achèvent les besoins de son équipement.

Elphyr relève la tête, il entend des pas saccadés, probablement un de ses collègues. Il effectue un nouveau sprint et tombe sur un massif gaillard roux et barbu dans la quarantaine. Ce dernier est essoufflé mais présente sa chasse :

« Chef, j’en ai choppé une !

- Bravo Orice. Par contre la gemme sur son crâne est bleu… C’est clairement ce qu’il y a de plus commun.

- Certes… mais… fiou... j’ai perdu de vue celle où... ça ressemblait à du rubis…

- Continuons. Tâchons de retrouver Paël aussi. »

L’autre hoche la tête, toujours occupé à remplir ses poumons.

Le duo commence à marcher, appelant par moment leur dernier équipier. Tous deux ne connaissent pas ce bois. En effet, c’est la première fois qu’ils vont récupérer les gemmes de vouivre ici.

En général, le trio de chasseurs n'avait pas besoin de quitter les grottes où vivent leurs proies. Dans leur métier, la pire chose qui pouvait parfois leur arriver était que des vouivres de retour de chasse arrivent sur place en grand nombre, découvrant la mort des adultes montant la garde alors que les petits se font exterminer. Toutefois, même si plusieurs vouivres en colère sont parfois complexes à maîtriser, ces animaux restent très craintifs. Si leur progéniture a perdu la vie ainsi que leurs sentinelles, ces dernières préfèrent battre en retraite que se risquer dans un affrontement aussi vengeur que possiblement perdu d’avance :

« Paël !!! T’es où ?!!! lança Orice une fois de plus.

- Cet imbécile ! Combien de fois j’ai dit qu'il ne fallait pas qu’il s’éloigne de plus de…

- Les gars, les gars, je suis là !!! »

La voix presque fluette du dernier homme arrive à leurs oreilles.

Le trio parvient à se rassembler dans les secondes qui suivent. Paël est un jeune homme en fin d'adolescence. Fin et élancé, ses longs cheveux bruns encadrent un visage doux animé par l’éclat enthousiaste de ses yeux noisettes :

« Bon sang Paël ! s’exclame Elphyr. Plus jamais tu disparais comme ça ! Qu’est ce que je raconterai à ta mère et ton frangin s'il t’arrive quelque chose, hein ?! »

Le jeune homme baisse la tête d’un air navré, dissimulant ses yeux derrière ses mèches raides et un peu grasses :

« Désolé, chef. Je ne voulais pas vous inquiéter à ce point. »

Il redresse ensuite le menton et présente son petit sac de jute :

« Par contre regardez, j’ai eu de belles prises ! »

Elphyr se penche et observe avec attention dans la besace. Ses yeux jaunes s’agrandissent :

« Oh… l’une porte une gemme identique à la labradorite. Celle-ci se revendra à très bon prix. »

Son regard retourne vers le jeune homme, puis il lui ébouriffe les cheveux d’une main aimable avant d’ajouter :

« Même si c’est du très bon travail, ce n’est pas une raison pour en faire qu’à ta tête ! »

Le jeune homme sourit tandis qu’Orice lâche un petit rire joyeux très communicatif.

En tout, ils ont pu abattre huit vouivres sur la vingtaine qu’ils avaient localisé à la base. Ce n’est pas autant qu'ils espéraient, mais additionné aux orbes des deux adultes qu’ils ont tués à l’entrée, ils avaient clairement de quoi en tirer des revenus non négligeable. Bien assez pour que chacun puisse entretenir sa petite famille plusieurs semaines, si ce n’est davantage.

Sur ces notes d'enthousiasme, le petit groupe fait demi-tour. Orice et Paël se sentent assez perdus. Toutefois, profitant de ses sens développés, Elphyr parvient bien plus aisément à se repérer, même dans un lieu inconnu comme celui-ci où tous les arbres, buissons et fougères paraissent se ressembler.

En ce début de printemps, le bois est déjà luxuriant. Les bourgeons sont innombrables et la majorité ont déjà éclos. Des fleurs parsèment certains buissons et les étendues au sol disposant de confortables rayons de soleil en journée. De la mousse peuple les écorces et les roches :

« C’est quand même rudement joli ici ! remarque Paël, les yeux brillants. Ce serait sympa de repasser à l’occasion. Il doit y avoir plein de créatures intéressantes dans le coin !

- Je me disais un peu la même chose, soutient Orice. »

Elphyr, concentré sur la route, ne vient pas se joindre à la conversation. Mais il peut confirmer que la nature autour est particulièrement verdoyante. Les plantes fleuries sont diversifiées et les chants des oiseaux restent nombreux malgré leur présence.

Ils avancent ainsi à bon rythme jusqu’à ce que Paël s’exclame :

« Mince, on dirait que je me suis coupé... »

En effet, une entaille à son coude est bien visible, et une tache carmin avait amoché le tissu brun clair de sa tunique. Ses deux camarades se stoppent et se retournent vers lui. Orice inspecte :

« Tu t’es fait ça quand ?

- Heu… je crois que c’était dans la grotte après avoir dépecé les deux grandes et qu’on a commencé à courser les petites. Je m’étais écorché à une roche un peu rugueuse ou une bêtise dans ce genre. Avec la poursuite et tout ça je n’y avais pas plus prêté attention… C’est grave ?

- Non, non, le rassure Orice en ouvrant sa trousse de soin pour venir tapoter la plaie avec un petit bout de tissu et de l’alcool médical. Mais c’est bien de ne pas trop laisser traîner ces choses là. Surtout que… sinon ta mère va nous dire qu’on ne prend pas soin de toi, haha ! »

Il termine ses modestes soins, commence à ranger son matériel, quand soudain, Elphyr se tétanise. Les plumes parsemant son visage et son cou se hérissent :

« Chut ! Je… j’ai entendu quelque chose… »