Chapter 1
Chapitre 1 — Un monde qui tourne trop vite
Je m’appelle Léna Moreau.
J’ai dix-neuf ans, je suis en première année d’université, et si vous me demandiez qui je suis, je vous répondrais probablement : une danseuse.
Pas une danseuse professionnelle. Pas encore.
Juste une fille qui a passé plus de temps dans des salles de danse que dans n’importe quel autre endroit. Une fille qui compte les temps dans sa tête quand elle marche dans la rue. Une fille qui trouve plus facile d’exprimer ses émotions avec un mouvement qu’avec des mots.
La danse a toujours été mon refuge.
Quand j’étais petite, je dansais quand j’étais heureuse. Puis j’ai commencé à danser quand j’étais triste. Quand j’étais en colère. Quand j’avais peur. Avec le temps, c’est devenu une habitude. Une nécessité.
Certains ont besoin de parler. D’autres écrivent dans un journal.
Moi, je danse.
L’université n’était pas exactement comme je l’avais imaginée. Les couloirs étaient plus bruyants, les cours plus difficiles et les journées beaucoup plus longues.
Mais il y avait une chose que j’aimais.
Personne ne me connaissait.
Personne ne savait qui j’étais au lycée. Personne ne connaissait mes erreurs, mes mauvaises notes en sciences ou la fois où je suis tombée en plein spectacle devant une salle entière.
Ici, je pouvais recommencer.
Construire une nouvelle version de moi-même.
Enfin... c’est ce que je croyais.
La plupart de mes journées se ressemblaient. Réveil trop tôt. Cours. Pause déjeuner. Entraînement avec le club de danse. Devoirs. Sommeil.
Puis recommencer.
Une routine simple.
Prévisible.
Rassurante.
Et pourtant, parfois, j’avais l’impression qu’il manquait quelque chose.
Comme si tout le monde avançait vers un avenir clair alors que moi, je tournais en rond au même endroit.
Je ne savais pas vraiment ce que je voulais devenir.
Danseuse ?
Professeure ?
Autre chose ?
Chaque réponse soulevait encore plus de questions.
Alors je continuais d’avancer.
Un pas après l’autre.
Comme dans une chorégraphie dont je ne connaissais pas encore la fin.
Je pensais que mon année se passerait ainsi.
Des cours.
Des entraînements.
Des doutes.
Et rien de plus.
Puis, un mardi matin ordinaire, alors que je traversais le campus en retard pour mon cours de littérature, je l’ai aperçu.
Assis seul sur un banc, un livre ouvert entre les mains.
Je ne connaissais pas son nom.
Je ne savais rien de lui.
Mais sans comprendre pourquoi, mon regard est resté accroché au sien une fraction de seconde.
Et pour la première fois depuis longtemps, quelque chose dans ma routine venait de changer.








