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MILO - Les fondations du Désir - Tome 3

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Summary

Deux empires. Un pacte forcé. Une guerre où le cœur est la cible la plus dangereuse. Émilio « Milo » Conti est le Squale de New York : un playboy arrogant, cynique et imprévisible, habitué à ce que tout Manhattan plie devant sa puissance. Mais lorsque son père scelle une alliance de sang avec la redoutable Bratva russe, Milo se retrouve piégé. Sa liberté est sacrifiée sur l'autel de la mafia, enchaînée à une héritière qu'il s'est juré de mépriser.Anastasia Volkov sort tout juste de douze ans d'exil dans une pension suisse. Douce en apparence, bienveillante et lumineuse, elle cache sous sa robe de soie une résilience d'acier et un esprit tactique redoutable. Elle n'est pas une proie facile. Elle est une reine prête à défendre sa dignité face aux monstres qui l'entourent.Leur première rencontre fortuite dans l'ombre d'un club clandestin fait naître une tension électrique. Mais le choc des retrouvailles à l'autel déclenche un incendie incontrôlable. Entre paranoïa maladive, provocations mutuelles et désirs interdits, Milo applique la politique de la terre brûlée pour tenter de la dompter. Une erreur tactique monumentale. Car on ne brise pas une Volkov avec du silence.Des boiseries sombres du manoir Conti aux forêts enneigées des Carpates en Roumanie, le piège se referme. Milo pensait faire d'elle sa captive, mais dans cette joute de sang et de pouvoir, c'est lui qui pourrait bien devenir son prisonnier.

Status
Ongoing
Chapters
31
Rating
3.0 3 reviews
Age Rating
13+

1. Un Squale en cage

Émilio

Les effluves confinés de la chair, les vapeurs de genièvre rare et les relents de tabac froid saturaient l’atmosphère de mon penthouse. Sur le lit monumental, deux silhouettes sculpturales s’attardaient encore parmi les linceuls de draps froissés, traquant mon approbation à travers le miroir fixé au plafond. J’allumai une cigarette, un sourire dédaigneux au coin des lèvres, savourant ce sentiment d’absolue souveraineté. J’avais vingt-cinq ans, la ville à mes pieds, et aucune femme n’avait encore eu le pouvoir d’entraver ma liberté au-delà de l’aube.

— ÉMILIO CONTI !

Le battant de la porte s’abattit contre la cloison dans un fracas retentissant. Mes yeux croisèrent une silhouette familière, d’une élégance sépulcrale, immobile sur le seuil. Ma mère. L’impitoyable Hop Conti. Sans prononcer une parole, d’un geste impérial de la main, elle désigna le néant extérieur. Sa prestance royale et ses yeux d’acier balayèrent instantanément l’intimité de la pièce. Les deux canons de beauté perçurent la sentence en une fraction de seconde ; elles rassemblèrent leurs effets dans un silence de plomb et s’éclipsèrent, terrifiées.

Je ne cillai pas. Confortablement adossé à mes oreillers, j’aspirai une lente bouffée de nicotine, observant son manège avec un amusement teinté de mépris. Elle s’imaginait m’intimider. Je croisai les jambes, ancrant mon regard provocateur dans le sien, avant de lâcher d’une voix traînante :

— Toujours le sens du drame, ma chère maman. La prochaine fois, use du heurtoir. Tu brises mon inertie.

Impassible, elle s’avança et projeta un parchemin jauni sur la soie des draps, sous mes yeux. Je reconnus immédiatement l’empreinte de la plume d’or, le sceau de cire d’un noir d’encre et la calligraphie nerveuse de mon père.

— Ton sursis a pris fin, Émilio, décréta-t-elle d’un ton sans appel. Ton père a scellé ce pacte il y a dix ans pour s’allouer les faveurs des Russes et arracher ta sœur Océanne à son calvaire. Tu étais mineur, mais aujourd’hui, la dette du sang exige son tribut. Nous partageons notre empire avec eux, et ce lit scellera notre hégémonie. L’heure est venue d’épouser Anastasia Volkov.

J’avalai une longue goulée de fumée, la laissant saturer mes poumons avant de la rejeter lentement vers les caissons du plafond. Le silence qui s’ensuivit devint oppressant. Les paroles de Hop résonnaient, lourdes, brutales, martelant les parois de mon crâne.

Océanne.

Une décennie s’était écoulée, mais la simple résonance de son nom suffisait à me projeter à mes quinze ans, à cette époque sombre où nos certitudes s’effondraient. Mon père, Victor, avait dû s’humilier, courber l’échine devant le parrain de la Bratva pour extirper ma sœur de l’enfer et anéantir le Dôme de verre. À l’époque, j’étais trop jeune, trop impuissant pour réécrire les règles. Victor avait signé de sa plume d’or. Il m’avait inféodé pour racheter sa chair.

Je repoussai violemment la couette et me dressai, ignorant ma nudité pour toiser ma mère. Ma morgue habituelle s’était volatilisée, supplantée par une rage sourde, celle d’un prédateur qui réalise que les grilles de sa cage viennent de se refermer.

— Victor Conti m’a troqué contre une gamine de huit ans, Hop ? lançais-je d’une voix dangereusement feutrée en écrasant ma cigarette dans le cristal du cendrier. Depuis dix ans, vous me laissez régner sur cette ville en feignant d’oublier que je ne m’appartiens pas. Et aujourd’hui, je devrais renoncer à mon trône ? Pour une Russe recluse au fond d’un couvent suisse, que je n’ai jamais vue ?

Hop ne sourcilla pas. Elle s’était nourrie de chacune de mes fureurs, elle savait décrypter mes moindres provocations. Son regard demeura rivé au mien.

— Ce n’est pas une négociation, Émilio, répliqua-t-elle sans élever la voix. Sans ce sacrifice, ta sœur ne serait qu’un cadavre. Les Russes ont été les artisans de sa délivrance. Ton père a payé la rançon d’Océanne. À ton tour d’acquitter celle de notre lignée.

Elle recula d’un pas, sa silhouette aristocratique se découpant à la perfection dans l’embrasure de la porte.

— Ajuste ta tenue. Les Conti n’attendent pas. Et ton destin non plus.

Elle disparut en scellant la porte derrière elle, m’abandonnant au contrat maudit. Mes poings se crispèrent à en blanchir mes phalanges. Ils aspiraient à faire de moi un otage diplomatique ? Qu’il en soit ainsi. Mais si je devais sombrer, je m’offrirais une ultime nuit d’homme libre.

Une heure plus tard, les lueurs pourpres du Voltaire léchaient le cuir de ma banquette VIP. Cet ancien repaire clandestin de mon père, qui avait été un sanctuaire historique pour la famille, était devenu mon royaume de débauche. Ce soir-là, les pulsations entêtantes de la techno ne résonnaient pas seulement sous les voûtes, elles cognaient directement dans ma poitrine, au diapason de ma rancœur. Dans ce fief édifié par Victor Conti, je me sentais tel un condamné en sursis.

Sur la table de verre basse, un flacon de gin de collection gisait déjà vide. Autour de moi, la faune habituelle des héritiers oisifs et des bas-fonds s’agitait, mendiant une miette de mon attention. Je ne leur offrais qu’un sourire carnassier, les yeux embrasés par l’alcool et le dédain.

— Une autre bouteille, Monsieur ? me souffla le gérant à l’oreille, l’échine courbée, terrifié à l’idée de heurter le prince régnant de la ville.

— Apporte-moi les réserves, répliquai-je d’une voix enrouée. Et purge mon carré de ces parasites. Que tout le monde disparaisse.

D’un simple geste, mes prétoriens s’exécutèrent, refoulant brutalement les courtisanes et les opportunistes qui gravitaient dans mon sillage. J’exigeais le vide. J’exigeais le chaos.

Je contemplai la faune compacte qui s’agitait en contrebas sur la piste de danse. Ces idiots s’étourdissaient, libres, sans se douter que le grand Émilio Conti venait d’être enchaîné comme un molosse par les siens, au cœur même du domaine paternel. J’attrapai un verre de gin pur, mes articulations encore endolories par la tension de mes poings. S’ils ambitionnaient de me muer en agneau sacrificiel pour acheter la paix avec les Russes, ils allaient comprendre qu’on ne dompte pas un prédateur sans y laisser sa peau. Anastasia Volkov exigeait un époux ? Elle hériterait d’un monstre.

Je vidai mon verre d’un trait, les yeux rivés sur les arches de l’entrée. C’est à ce moment précis que je le vis franchir le cordon de sécurité. L’intrus écarta mes gardes d’un air provocateur. Il progressa d’un pas trop assuré pour un homme qui tenait à son existence, un sourire ironique gravé sur les lèvres, avant de lever son verre dans ma direction.

— Alors, Squale. On s’enivre en solitaire dans l’aquarium du patriarche ?

Mes muscles se vrillèrent instantanément, avant de se relâcher. La silhouette émergea des stroboscopes. Dante Vance, mon unique allié. D’un bref signe de tête, j’ordonnai à mes hommes de baisser la garde. Dante s’installa sur la banquette opposée, balançant ses jambes avec une désinvolture qui m’irrita. Il saisit le flacon de gin entamé, s’en injecta une rasade directement au goulot, puis planta son regard perçant dans le mien.

— Tu as une mine infâme, Émilio. Même pour un homme qui a partagé sa couche avec deux merveilles. Les rumeurs bruissent déjà sur les docks. Qu’est-ce qui se trame ?

Un sourire féroce, dénué de toute clémence, étira mes lèvres. Je me penchai en avant.

— Le Requin a honoré sa dette, lâchai-je d’une voix blanche. Et c’est moi qui passe à l’échafaud. On me marie, Dante. À une Volkov. La Bratva s’invite dans mes draps.

Dante manqua de s’étouffer. Ses pupilles se dilatèrent, mais avant qu’il ne puisse proférer le moindre juron, mon attention fut captée par un mouvement près du comptoir, juste au pied de mon carré VIP.

Une femme venait de faire son entrée.

Au milieu de cette faune en sueur et de la techno assourdissante, elle paraissait irréelle. Elle arborait une étoffe de soie sombre qui épousait ses courbes avec une décence presque insultante pour un lieu tel que le Voltaire. Aucun artifice de maquillage. Une assurance tranquille, presque souveraine. Elle commanda un breuvage sans accorder un regard aux hommes qui la dévisageaient.

La rage qui me consumait depuis le départ de ma mère se mua soudain en quelque chose de bien plus obscur. De l’adrénaline pure. S’ils s’appêtaient à me passer la corde au cou, j’allais rappeler à ce club et à Manhattan pourquoi on m’avait baptisé le Squale.

— Qu’est-ce que tu manigances ? grogna Dante en me voyant me dresser.

— Je m’offre mon ultime sursis, répliquai-je en ajustant les boutons de ma veste de costume.

Je descendis les marches du carré VIP, les yeux rivés sur la nuque de l’inconnue. Elle ignorait encore où elle venait de s’aventurer, mais elle allait apprendre que, dans mon aquarium, c’est moi qui décidais qui avait le droit de respirer.

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