Mon Manager Et Plus … à Winchester by Sonia at Inkitt
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Mon manager et plus … à winchester

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Summary

Pour Aria, jeune architecte qui tente de se reconstruire après avoir tout perdu, cette nouvelle opportunité professionnelle est la chance de sa vie. Mais son plan vacille dès son premier jour face à Warren, son manager. Un homme posé, secret... et déjà engagé. Entre eux, l'attraction est aussi immédiate qu'interdite. Mais Aria ne jongle pas seulement avec ses sentiments. Alors que les fantômes de son passé refont surface et que les rivalités de bureau s'enveniment, une soirée de gala fait voler les masques en éclats. Prise au piège entre ce qu’elle ressent, ce qu’elle doit taire et ceux qui veulent la voir tomber, Aria avance sur un fil.

Genre
Romance
Author
Sonia
Status
3d ago
Chapters
42
Rating
5.0 (1 review)
Age Rating
18+

Chapitre 1 — Brise d’espoir 1/3


La brise matinale glissait sur ma peau tandis que je restais prostrée sur ma vieille chaise en bois cambodgienne, vestige d’un stage à l’autre bout du monde rapporté par un ami. Le bois me cisaillait les cuisses, mais à force, la douleur s'était muée en une habitude familière.

Perchée sur mon balcon du septième étage, cigarette électronique en main et jambes croisées sous un simple pull, j'ai laissé mes pensées dériver. À mes pieds, parmi les feuilles agonisantes de mes plantes, traînait une canette de boisson énergisante à moitié vide. Devant moi, la blue hour s'épanouissait, fragile, suspendue dans cet entre-deux où la nuit refuse encore de céder sa place. Chaque façade, chaque vitrine semblait s'accrocher à cette clarté hésitante. Au loin, les premières voitures traçaient déjà des rubans de bruit, emportant des passants aux gestes mécaniques.

Le vent tiède faisait danser les rideaux, frôlant la petite table jaune et ses deux chaises dépareillées. Le monde semblait en apnée. Puis, sans prévenir, il a surgi dans mon esprit.

Rami.

Son nom a fissuré mon calme comme un souffle glacial sous la peau. Un rire sec m’a échappé, nerveux, amer. Quel crétin. Le roi des abrutis. Il m’avait quittée le jour de ma remise de diplôme, juste avant la cérémonie, balayant nos années de vie commune d'une phrase creuse : « Je pars faire ma vie en Australie. »

Je revois encore la scène : le brouhaha étouffé de la foule, la lumière crue sur sa joue, et sa façon fuyante d’éviter mes yeux. Mon sourire s'était figé pour les photos officielles alors qu'à l'intérieur, j'étais en miettes. Cette nuit-là, j’ai pleuré jusqu’à l’épuisement, puis j’ai bu pour faire taire le vacarme dans mon crâne. Le reste n'était qu'un brouillard de rires forcés et de bras qui serrent, avec, toujours, ce vide abyssal au centre.

Depuis, les jours s'étaient enchaînés dans une inertie poisseuse, candidatures restées mortes, entretiens absurdes, et cette fatigue de jouer la comédie de la résilience alors que tout s'effritait. Ce matin, l'armure a cédé. Les larmes sont revenues franches, obstinées. J'ai ramené mes genoux contre ma poitrine, enfouissant mon visage pour laisser couler ce trop-plein. C’étaient des pleurs lents, silencieux, qui laissaient un goût de sel et d'échec sur la langue.

J’ai relevé enfin la tête, les yeux noyés dans le ciel profond. J'espérais un signe, un virage, n'importe quoi qui me prouverait que je ne retomberais plus sur des hommes incapables d'aimer autrement que par confort.

J'ai tiré une dernière bouffée de ma vapoteuse pomme-cassis et j'ai éteint l'appareil. L’air s’alourdissait, chargé de cette odeur métallique qui annonce l'orage. Je me suis levée, j'ai essuyé mes joues d’un revers de manche et j'ai vidé la dernière gorgée de ma canette avant de la jeter. En rentrant, le claquement de la porte coulissante a scellé le silence.

Mon appartement était le miroir exact de mon psychisme : soixante mètres carrés de chaos. Des vêtements s'entassaient sur le canapé noir, la table à manger servait de bar de fortune jonché de bouteilles vides et de sacs de courses jamais déballés. Je n'osais même pas vérifier l'état du frais à l'intérieur ; mes finances ne me permettaient plus le luxe du gaspillage.

Je me suis échouée dans mon fauteuil émeraude, littéralement engloutie par les courriers de refus et les CV froissés. L’espoir se dissolvait comme du sucre dans de l’eau tiède. Sur mon téléphone, le monde continuait de briller : mes amies affichaient des sourires pleins d'assurance, des dîners chics, des voyages.

J’ai verrouillé l'écran. Le silence est revenu, suffocant.

— Même le McDo, je ne dirais pas non… ai-je murmuré en me grattant le crâne, les cheveux en bataille.

Puis, une pulsion. Les antidépresseurs.

Traînant les pieds, j'ai enjambé les cartons de livraison pour rejoindre la salle de bain. Sous le néon blafard, le miroir me renvoyait le reflet d'une étrangère : cernes creusés, teint terne, regard éteint.

Diplômée d'architecture à Winchester. « Jeune promesse du design contemporain », disaient-ils. Et pourtant, deux mois après la cérémonie, rien. Le néant. Peut-être que je faisais peur ? Ou que mon désespoir se lisait trop clairement sur mon visage ?

— Oui... c’est sûrement ça, ai-je soufflé à mon reflet.

J'ai repris cette fichue conscience en même temps que j'ai avalé mon comprimé à même l'eau du robinet. Je ne pouvais pas rester cette « junkie » aux traits tirés. Il fallait réorganiser l'espace pour réorganiser l'esprit. L'architecte en moi s'est réveillée brièvement.

Pendant des heures, j'ai ramassé, j'ai trié, j'ai frotté. J'ai ouvert les rideaux en grand pour chasser l'air rance. Dehors, la pluie s'est mise à tambouriner contre les vitres, mais à l'intérieur, le calme revenait enfin. Mon salon a retrouvé son allure industrielle et chaleureuse. L'odeur du propre se mêlait à celle du café froid. C'était dérisoire, mais je respirais mieux.

Le soulagement a été de courte durée. En entrant dans ma chambre, je me suis retrouvée face au véritable champ de bataille. Ma tunique de diplômée traînait au sol, froissée, au milieu des cahiers et des vêtements épars.

Je me suis accroupie pour ramasser un t-shirt, mais mes doigts ont rencontré un autre tissu. Noir. Doux. Trop familier.

Rami.

Je n'ai pas pu m'empêcher de le porter à mon visage. L’odeur était un piège : un mélange de savon et de tabac froid. En une seule inspiration, deux années de rires, de larmes et de réconciliations me sont revenues en plein cœur. Et surtout, cet amour-là... celui qui refuse de mourir malgré l'absence.

La force que j’avais cru grappiller en rangeant l'appartement s’est écroulée d'un coup. Je me suis laissée choir sur le lit, au milieu de ce désordre qui portait encore sa trace. Ses draps froissés, son parfum imprégné dans le tissu, son fantôme... C’était trop. Je me suis recroquevillée, le visage enfoui dans ce qui restait de lui, et j'ai pleuré, encore. Pas de grands cris. Juste ces larmes lentes, muettes, qui vous scient le souffle et laissent un vide froid dans la gorge.

L’épuisement a fini par l’emporter, me tirant vers un sommeil lourd, presque irréel. Mon corps réclamait un répit, une trêve. Je sombrais, bercée par une vision trompeuse : il était là, immobile, à m’attendre dans la lumière figée des jours heureux.

Puis, brutalement, une sonnerie a déchiré le silence. J'ai sursauté, la vue brouillée, incapable de situer l'heure ou l'endroit. Mon téléphone hurlait sur la table basse du salon. Je me suis extirpée du lit et j'ai couru dans le couloir, trébuchant sur une pile de livres et des sacs oubliés. Le cœur battant — un mélange stupide d'espoir et de terreur —, j’ai saisi l'appareil. Rami ? Un numéro inconnu s'affichait. Le dégoût m'a piquée, mais j'ai décroché, un frisson le long de la colonne.

— Oui… allô ?

— Bonjour, vous êtes bien Mademoiselle Aria Maurel ?

Mon souffle se coupa. Pas une facture, pitié...

— Oui… c’est moi. Qui est-ce ? ai-je murmuré, la voix encore un peu brisée.

— Bonjour, Jane O’Malley, responsable recrutement. Votre CV a retenu notre attention. Êtes-vous toujours en recherche d’emploi ? Nous souhaiterions vous voir pour un entretien.

Ce n'était pas une facture. C'était une bouée de sauvetage. Je me suis redressée instantanément, lissant mon pull par réflexe comme si cette Jane avait pu me voir à travers l'écran.

— Oui, bien sûr, je suis toujours disponible, ai-je dit en tentant de masquer mon trouble derrière une assurance de façade.

Le poste ? Conseiller des clients sur des équipements connectés. Rien à voir avec l'architecture, mais peu importait. C'était une chance. Sur mon CV, j'avais délibérément laissé l'espace de la photo vide. Dans une ville comme Winchester, j’avais appris que l'excellence de mon diplôme d’architecte ne suffisait pas toujours à effacer les silences gênés ou les sourcils levés. Je préférais que mon talent parle en premier, avant que mes traits de jeune femme noire ne viennent activer, malgré moi, des cases préconçues dans l’esprit des recruteurs. S'ils me refusaient, ce serait un échec de plus dans l'océan. Mais je devais tenter.

— Quinze heures ? Oui... cela me convient parfaitement.

Le clic de fin d’appel a résonné dans le salon désormais trop silencieux. Je suis restée là, le téléphone pressé contre l'oreille. Un entretien. Enfin. Un rire nerveux, presque enfantin, m'est échappé. Cette petite étincelle d'adrénaline que je n'avais pas ressentie depuis des siècles vibrait à nouveau sous ma peau.

Puis, la panique, il était presque midi. Et j'avais l'air d'une épave.

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