Hydromania Saison 1 : La Chute De New Pétra by NAGYCLAY at Inkitt
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HYDROMANIA - Saison 1 : La Chute de New-Pétra

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Summary

Dans un futur ravagé par les crises climatiques, l'eau est devenue la seule monnaie. Les frontières de New-Pétra, bastion européen ultra-privilégiée, sont désormais fermées. Mohmo Safari, immigré ayant réussi à entrer de justesse, n'a qu'un objectif : faire venir sa famille avant qu'il ne soit trop tard. À l'intérieur, Franck Martel, jeune privilégié insouciant, vit derrière les murs comme si le monde extérieur n'existait pas. Lorsque leurs trajectoires se croisent, les illusions s'effondrent. L'enfer révèle les instincts de survie les plus féroces et les pensées les plus sombres. Dans une ville où chaque goutte d'eau vaut une vie, survivre oblige à choisir : préserver son humanité ou la sacrifier.

Status
Complete
Chapters
10
Rating
n/a
Age Rating
18+

ÉPISODE 1 : LA DERNIÈRE GOUTTE

PROLOGUE : Le Pacte Bleu

Dans un futur proche, la planète a cédé. Ravagée par le réchauffement climatique et empoisonnée par la Géotrite - une substance extraite jusqu’à l’épuisement des nappes souterraines pour satisfaire l’hyperconsommation énergétique de l’humanité - la Terre est devenue stérile. Les pluies ont cessé. Les rivières sont mortes.

Dans le chaos post-effondrement, un nouveau dogme s’est imposé par le Haut Conseil International de l’Environnement : l’Hydralisme. Une idéologie populiste et écologiste, proche de l’éco-communisme radical.

Face à l’épuisement critique des ressources et pour éviter l’extinction totale, elle a instauré, au nom du bien commun, le Pacte Bleu.

L’eau, désormais rebaptisée le Liquide, est devenue l’unique monnaie.

Une austérité hydrique mondiale et un purisme radical ont été décrétés comme seule solution de survie. Les énergies fossiles ont été démantelées. Tout ce qui empoisonnait l’air et la terre fut effacé par décret pour stopper net l’agonie de l’écosystème.

Les carburants (essence, diesel, kérosène) , mais aussi tout produit jugé superflu ou trop gourmand en eau ont été balayés, interdits de reproduction : Le champagne, les vins et les spiritueux. Les cosmétiques, le maquillage et les parfums. Le chocolat, la viande rouge, les jeans et le tabac...

Tous ces biens fabriqués avant le Pacte Bleu ont été gelés et confisqués.

Ne subsiste aujourd’hui qu’un monde sec, discipliné, obsédé par la survie. Un monde dont les yeux sont rivés vers l’une des dernières citadelles où l’eau coule encore : New-Pétra, la ville-dôme, protégée et prospère.

En son centre se dresse La Source, l’une des banques mondiales de l’eau.

C’est là que convergent des millions de migrants, refoulés aux frontières, parqués dans des camps, priant pour une chance.

Le ciel n’était plus bleu. Une plaque de cuivre incandescent écrasait l’horizon.

Zara, un homme de quarante ans au visage raviné par le soleil et la fatigue, titubait dans la chaleur étouffante. Ses chaussures étaient éclatées, maintenues tant bien que mal par du fil de fer. À chaque pas, un craquement sinistre résonnait tandis que la terre se fissurait sous ses pieds.

Sous son bras, il serrait nerveusement un dossier plastifié marqué du logo de La Source. À l’intérieur se trouvaient des preuves, des noms, une vérité qu’il devait révéler coûte que coûte. Il avait déjà marché plus de deux mille kilomètres dans le désert pour atteindre la Cité de New-Pétra. Épuisé, il continuait pourtant d’avancer car il savait ce qui arriverait s’il échouait.

Soudain, il aperçut un inconnu à terre, agonisant au bord d’une dune. À côté du mourant gisait un sac éventré, débordant de billets de banque obsolètes. Zara n’y prêta même plus attention. L’argent ne valait plus rien. Son regard se fixa plutôt sur une gourde posée dans le sable.

Il la saisit et la rapprocha lentement de son visage. Une seconde d’hésitation, puis il la huma.

Le rejet fut immédiat. Son visage se ferma brutalement, dicté par un instinct de survie pur, comme si l’air lui-même venait de devenir agressif. Il lâcha la gourde d’un coup sec. Elle s’écrasa au sol. Reculant d’un pas, Zara essuya ses mains avec insistance sur son vêtement élimé, un geste nerveux pour effacer une souillure invisible. Il s’éloigna sans attendre.

C’est alors qu’un autre nomade du désert apparut. Épuisé, déshydraté, guidé par un besoin presque animal, ce dernier se jeta sur la gourde abandonnée et la saisit à pleines mains.

Zara se retourna brusquement en criant :- Non ! C’est de l’hydrotox !

Mais l’homme ne l’écoutait pas. Il le fixa à peine, les yeux vitreux. Ses mains tremblaient et sa gorge était sèche depuis trop longtemps.- Les scientifiques racontent n’importe quoi pour nous empêcher de prendre ce qui reste, croassa le nomade. Je bois.

Il ouvrit la bouche et avala une large gorgée.

À peine le liquide eut-il franchi ses lèvres que son corps se figea. L’eau descendit dans son œsophage comme un acide en ébullition volcanique, déchirant sa gorge et se répandant dans ses entrailles en filaments brûlants. Sa matière humaine perdit instantanément toute tenue, comme si sa chair fondait de l’intérieur. Il s’effondra sur le coup, se désagrégeant déjà sur lui-même dans la poussière.

Zara observa la scène un court instant, le regard sec.- Je t’avais prévenu. C’est de l’eau mortelle, une dissolution pour toute la biosphère.

Il détourna aussitôt les yeux et reprit sa marche.

Un battement de silence s’installa, seulement troublé par le souffle du vent. Zara s’arrêta près du premier agonisant, renversa les billets inutiles dans le sable et laissa les rafales les emporter comme des déchets. Avec le sac désormais vide, il se couvrit la tête pour s’offrir une maigre zone d’ombre.

L’homme au sol laissa échapper un râle haletant :- Quel jour sommes-nous ?- Le 18 septembre, répondit Zara. Le jour de l’immigration.

L’homme se redressa légèrement, un ultime et dérisoire espoir traversant son regard, avant de retomber lourdement. Mort.

Plus loin, Zara traversa un immense jardin éolien. Des centaines de structures rouillées grinçaient sinistrement dans le vent, dressées comme un cimetière de géants.

Et tout au loin, s’élevant au-dessus du chaos, New-Pétra apparut enfin. Le dôme de la cité du Liquide scintillait sous le soleil mourant. Magnifique. Cruel.

LES PORTES DE NEW-PÉTRA

Le silence lourd du désert disparut brutalement, remplacé par un mur de bruit assourdissant. Aux abords de la citadelle, des milliers de migrants s’écrasaient en hurlant contre d’épaisses barrières métalliques.

Zara fut immédiatement happé par la foule en furie. Autour de lui, l’espace vital n’existait plus. Il n’y avait plus que des corps en sueur, des nuques encrassées par la poussière, des bras osseux et des visages déshydratés qui luttaient pour arracher une bouffée d’air. Au-dessus de cette masse humaine, des écrans géants diffusaient en boucle le symbole bleu de La Source. Une voix synthétique et glaciale résonnait dans les haut-parleurs :- Le Liquide est la vie. Le gaspillage est un crime.

Des gardiens en uniforme impeccable filtraient les entrants, tandis que des scanners lumineux balayaient les premiers sélectionnés. À chaque validation, un signal sonore retentissait et le migrant chanceux recevait un bio-pass lumineux greffé au poignet.

Dans la foule, certains survivaient grâce au “plâtre-peau”, une fine membrane synthétique thermorégulatrice artificielle qui permettait de supporter des températures grimpant jusqu’à 60°C. Une marchandise rare et hors de prix.

Zara tenta de se frayer un chemin lorsqu’un petit groupe lui bloqua soudain le passage. Un chef de bande se dressa devant lui en désignant un dispositif métallique fixé au sol. C’était une cuve ouverte reliée à des capteurs numériques, sur laquelle on pouvait lire l’inscription :Redevance de sueur.- Un litre pour le passage, ou tu rebrousse chemin, menaça le chef de bande. Soit tu payes en bouteilles, soit tu verses. Tu laisses ton liquide ici.

Ce système de collecte barbare transformait la transpiration des corps en crédit hydrique. Sans ciller, Zara retira le sac vide qui lui couvrait la tête. En reconnaissant son visage ou son assurance, le chef de bande inclina légèrement la tête. Le groupe s’écarta en silence. Zara traversa.

Soudain, une femme migrante agrippa convulsivement son bras. Ses yeux étaient emplis de détresse.- Monsieur... s’il vous plaît... Vous avez de l’eau ? Pour mes enfants...

Zara hésita une fraction de seconde. Puis, fouillant dans sa poche, il lui tendit sa toute dernière capsule d’eau lourde concentrée. Elle ne contenait que dix gouttes, mais la mère les contempla comme s’il s’agissait de diamants bruts.- Que Dieu vous protège... murmura-t-elle dans un souffle.

Un violent mouvement de foule les sépara aussitôt. Au loin, un lourd grincement métallique retentit. Les gigantesques portes blindées de la cité commencèrent à s’entrouvrir. La foule explosa de rage et d’espoir.- Ouvrez ! Ouvrez ! hurlait un homme en frappant les grilles.- Les familles d’abord ! criait une femme étouffée par la masse.- Mensonge ! Ça fait seize mois que j’attends ! tempêtait un autre migrant.

Les gardes postés sur les remparts pointèrent leurs armes vers la foule.- Reculez ! L’entrée se fait strictement par ordre d’arrivée !

Zara rassembla ses dernières forces pour avancer vers l’ouverture. C’est à ce moment précis qu’il le vit. À quelques mètres derrière lui, une silhouette immobile se tenait debout. Calme. Parfaitement sereine au milieu du chaos ambiant.

Un frisson d’effroi parcourut l’échine de Zara. Il accéléra immédiatement le pas, mais les portes blindées commençaient déjà à se refermer dans un vacarme hydraulique. Autour de lui, les hurlements redoublèrent.- Laissez-moi passer ! hurla Zara en tentant de brandir son précieux paquet. Ils nous ont trahis ! J’ai les preuves !

Sa voix fut totalement étouffée par la rumeur de la foule. Près de lui, un garde fatigué porta une bouteille d’eau à sa bouche, mais dans la bousculade, elle lui échappa des mains. La bouteille tomba au ralenti. Le choc fut terrible. Le plastique éclata au sol, éclaboussant la poussière.

Un silence absolu et de mort plana sur la foule pendant une seconde. Puis, l’explosion.

Des dizaines de migrants affamés se jetèrent au sol comme des animaux pour lécher la terre humide. Projeté par la violence du mouvement, Zara s’effondra lourdement et fut piétiné par des dizaines de pieds. Le précieux dossier plastifié glissa de ses mains.

Soudain, un flash d’acier fendit l’air. Une main gantée surgit de nulle part et un scalpel acéré s’enfonça profondément dans le dos de Zara. Un gémissement de douleur lui échappa tandis que le dossier lui était arraché des mains. Son visage tomba dans la poussière chaude.- Désolé... Mohmo... murmura Zara dans un dernier souffle à peine audible.

Le dôme technologique de New-Pétra, brillant de mille feux, fut la toute dernière lumière qui se refléta dans ses yeux grands ouverts. Puis, plus rien. Le désert venait de refermer son piège.

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