Chapitre 1 : La fille dans lâombre
ChloĂ© Ă©tait une jeune fille diffĂ©rente. Depuis sa plus tendre enfance, elle vivait avec ses deux parents dans une petite ville calme oĂč tout le monde semblait se connaĂźtre. Pourtant, malgrĂ© cet environnement chaleureux, elle avait toujours eu du mal Ă trouver sa place.
Les autres enfants la trouvaient Ă©trange. Ils ne savaient pas vraiment pourquoi. Peut-ĂȘtre parce quâelle parlait peu. Peut-ĂȘtre parce quâelle prĂ©fĂ©rait observer plutĂŽt que participer. Ou peut-ĂȘtre simplement parce quâelle Ă©tait diffĂ©rente dâeux.
Alors, pendant que les autres jouaient ensemble, Chloé restait seule.
Souvent, elle sâasseyait dans un coin de la maison avec un livre ou ses pensĂ©es pour seule compagnie. Parfois, elle choisissait mĂȘme les endroits les plus sombres et les plus silencieux. Ses parents sâinquiĂ©taient beaucoup pour elle. Ils essayaient de lâencourager Ă se faire des amis, lâemmenaient Ă des anniversaires ou Ă des rencontres avec dâautres enfants, mais rien nây faisait.
â Ils me trouvent bizarre, rĂ©pĂ©tait-elle souvent.
Avec le temps, ses parents avaient fini par accepter quâelle Ă©tait simplement diffĂ©rente.
Ă lâĂ©cole primaire, les choses nâĂ©taient pas meilleures. Pendant les rĂ©crĂ©ations, les rires et les cris des autres enfants remplissaient la cour, mais ChloĂ© restait Ă lâĂ©cart. Assise sur un banc ou dans un coin de la classe, elle lisait des livres pendant que les autres jouaient au ballon ou couraient dans tous les sens.
Personne ne venait vraiment lui parler.
Et lorsquâun enfant essayait parfois de lâapprocher, cela ne durait jamais longtemps.
Les années passÚrent ainsi.
Puis vint le collĂšge.
ChloĂ© espĂ©rait secrĂštement que les choses changeraient. Mais elles restĂšrent pratiquement les mĂȘmes. Les Ă©lĂšves la taquinaient parfois Ă cause de son comportement rĂ©servĂ©. Ce nâĂ©tait pas encore du harcĂšlement, seulement quelques remarques, quelques rires lorsquâelle passait dans les couloirs.
Elle faisait semblant que cela ne lâatteignait pas.
Mais au fond dâelle, chaque remarque la blessait un peu plus.
Heureusement, elle possédait un refuge.
Un refuge que personne ne connaissait.
Chaque soir, avant de dormir, elle ouvrait son journal intime. Ses pages Ă©taient remplies de ses pensĂ©es les plus secrĂštes, de ses peurs, de ses rĂȘves et de ses espoirs.
Quand elle était triste, elle écrivait.
Quand elle était en colÚre, elle écrivait.
Quand elle se sentait seule, elle écrivait.
Son journal était devenu son meilleur ami.
Puis arriva enfin le lycée.
Cette fois, tout allait ĂȘtre diffĂ©rent.
Du moins, câest ce quâelle espĂ©rait.
Ses parents avaient déménagé dans une nouvelle ville pour des raisons professionnelles. Nouveau quartier. Nouvelle maison. Nouveau lycée.
Une nouvelle vie.
Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, ChloĂ© dĂ©cida de faire un effort. Peut-ĂȘtre que personne ne la connaissait ici. Peut-ĂȘtre quâelle pourrait enfin devenir quelquâun dâautre.
Le matin de la rentrée, elle prit une grande inspiration avant de franchir les grilles du lycée.
Autour dâelle, tout semblait immense.
Des groupes dâĂ©lĂšves discutaient dĂ©jĂ dans la cour. Certains riaient bruyamment. Dâautres prenaient des photos. Il y avait les sportifs, les Ă©lĂšves populaires, les pom-pom girls et tous ces groupes qui semblaient dĂ©jĂ parfaitement intĂ©grĂ©s.
Chloé se sentit minuscule.
MalgrĂ© sa peur, elle dĂ©cida dâessayer.
Elle aperçut un groupe de pom-pom girls prĂšs de lâentrĂ©e et sâapprocha timidement.
â SalutâŠ, dit-elle avec un petit sourire.
Les filles la regardĂšrent de la tĂȘte aux pieds.
Le silence dura quelques secondes.
ChloĂ© sentit immĂ©diatement son cĆur battre plus vite.
Lâune dâelles Ă©changea un regard avec ses amies. Une autre esquissa un sourire moqueur.
Puis elles éclatÚrent de rire.
Sans mĂȘme rĂ©pondre, elles tournĂšrent les talons et sâĂ©loignĂšrent.
Chloé resta immobile.
Son sourire disparut.
Une douleur familiĂšre serra sa poitrine.
Pour une fois, elle avait essayé.
Pour une fois, elle avait fait le premier pas.
Et pourtant, cela nâavait encore une fois servi Ă rien.
Les jours suivants passĂšrent lentement.
TrĂšs lentement.
ChloĂ© reprit ses anciennes habitudes. Elle sâinstallait toujours au fond de la classe, loin des autres. Elle parlait rarement. Personne ne venait sâasseoir Ă cĂŽtĂ© dâelle pendant les pauses.
Elle observait simplement les autres vivre leur vie pendant quâelle restait seule dans son coin.
Comme toujours.
Mais cette fois, au fond dâelle, quelque chose avait commencĂ© Ă changer.
Une petite fissure venait dâapparaĂźtre dans son cĆur.








