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M'Alicia - Ce Qui M'appartient

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Summary

Alicia pensait être impossible à atteindre. Infirmière aux urgences le jour, artiste burlesque la nuit, elle traverse l'existence avec l'impression qu'une vitre la sépare du reste du monde. Les émotions glissent sur elle. Les hommes aussi. Puis Lucas entre dans sa vie. Littéralement. Obsessionnel, dangereux et incapable de respecter la moindre limite, il l'observe depuis des mois lorsqu'il décide finalement de s'introduire chez elle. Là où n'importe qui aurait fui, Alicia décide de lui montrer à quel point il se trompe. Car la femme qu'il croit connaître n'est qu'une façade. Entre les lumières d'un cabaret underground, les secrets et l'attirance destructrice qui naît entre eux, commence alors un jeu de pouvoir où aucun des deux n'est une victime. Lucas est un prédateur. Le problème, c'est qu'Alicia en est un aussi. Et lorsque le monde extérieur menace ce qu'ils sont en train de construire, ils découvrent qu'il existe quelque chose de plus dangereux que l'obsession : L'Appartenance.

Status
Ongoing
Chapters
12
Rating
5.0 1 review
Age Rating
18+

Chapitre 1 — La vitre

Alicia

Je m’étais promis de prendre une douche.

Une vraie douche. Chaude, longue, presque brûlante. Le genre de douche capable de décoller l’odeur du désinfectant de ma peau, de dissoudre les cris restés accrochés quelque part derrière mes tempes et d’emporter dans le siphon tout ce que je n’avais pas eu le droit de ressentir pendant ma garde.

À la place, j’étais affalée dans mon canapé, encore en legging noir et dans un vieux sweat trop grand, les cheveux attachés n’importe comment, un pot de glace posé sur le ventre et une cuillère coincée entre les lèvres.

Le film tournait depuis presque quarante minutes, mais je n’aurais pas été capable de donner le prénom du personnage principal.

Je fixais l’écran sans vraiment le voir. Les images bougeaient, les bouches s’ouvraient, les voix remplissaient l’appartement, mais rien n’atteignait vraiment ma conscience. J’étais là sans l’être, simplement assez éveillée pour ne pas m’endormir sur place. Mon corps avait encore la fatigue de l’hôpital dans les muscles : les épaules douloureuses, le bas du dos raide, les pieds meurtris, les paupières lourdes de cette usure particulière qui ne venait pas seulement du manque de sommeil.

J’avais mangé debout à quinze heures, bu trop de café, souri à des patients qui m’avaient insultée, rassuré une gamine en pleurs pendant qu’on recousait son arcade et empêché un homme ivre de s’arracher sa perfusion en me traitant de salope. Rien d’exceptionnel. Juste une garde. Une vraie, sale, longue, pleine de sang, de sueur, de mauvaise foi humaine et d’urgences qui ne l’étaient jamais assez pour ceux qui attendaient.

Maintenant, je n’avais plus assez d’énergie pour faire semblant d’être quelqu’un.

Pas l’infirmière calme que tout le monde semblait apprécier. Pas la femme polie qui disait merci même quand elle n’en avait pas envie. Pas celle qui souriait au bon moment, répondait ce qu’il fallait et donnait aux autres l’impression rassurante de savoir exactement qui elle était. Pas même celle que certains pensaient avoir comprise après une nuit passée dans son lit, avec cette conviction naïve d’avoir découvert quelque chose de vrai.

J’étais juste un corps dans un canapé, avec de la glace à la vanille en train de fondre contre mon ventre et le monde entier de l’autre côté d’une vitre.

C’était souvent comme ça.

Les gens pensaient que je ne sentais rien parce que je savais rester calme. Ce n’était pas exactement vrai. Je sentais des choses. Elles montaient, parfois. Un frisson d’adrénaline en arrivant aux urgences, une pointe de rage quand un patient dépassait les limites, une étincelle de plaisir quand la salle du cabaret retenait son souffle. Mais tout retombait vite. Trop vite. Comme si mes émotions frappaient contre une surface invisible avant de revenir mourir quelque part en moi.

La vitre.

Je l’appelais comme ça, faute de mieux.

Une séparation propre, transparente, presque élégante. Je voyais les autres vivre derrière. Ils aimaient, paniquaient, s’attachaient, se déchiraient, souffraient avec un abandon parfois fascinant. Moi, je comprenais. Je pouvais même imiter. Dire ce qu’il fallait, toucher au bon endroit, sourire avec la bonne intensité, rassurer une mère, séduire un inconnu, calmer une crise, provoquer une salle entière.

Mais la plupart du temps, rien ne traversait vraiment cette vitre.

Alors je cherchais des fissures.

Dans l’urgence, parce que le sang ne mentait pas. Dans le jiu-jitsu, parce qu’un corps plaqué au sol ne pouvait pas tricher. Sur scène, parce que les lumières, les regards et l’adrénaline me donnaient parfois l’impression d’être plus vivante que le reste du temps.

Et ce soir, visiblement, dans un pot de glace.

Mon téléphone vibra quelque part dans l’appartement.

Je l’ignorai d’abord, parce que toute décision impliquant de me lever me paraissait insultante. Il vibra une deuxième fois. Je poussai un soupir contre ma cuillère, fermai les yeux une seconde, puis retirai le pot de mon ventre pour le poser sur la table basse.

— Putain…

Ma voix me parut étrangère dans le silence mou du salon.

Je me levai, essuyai machinalement le dos de la cuillère contre mon pouce, puis traversai la pénombre en direction de la chambre. Mon téléphone devait être là-bas, branché à moitié sur la table de chevet, là où je l’avais abandonné en rentrant avec l’intention vague de répondre à mes messages avant de choisir finalement la solution la plus saine : ouvrir le congélateur et manger directement dans le pot.

L’appartement était plongé dans cette obscurité familière que je connaissais par cœur, éclairée seulement par les variations bleutées de la télévision. Les ombres s’étiraient sur les murs, molles et ordinaires, accrochées aux meubles, au bord du tapis, à l’entrée du couloir.

Je fis quelques pas vers la chambre avant de m’arrêter.

Quelque chose n’allait pas.

Je ne sus pas tout de suite quoi. Il n’y avait pas de bruit, pas de courant d’air évident, pas d’objet renversé au milieu du salon. Rien qui aurait dû me faire réagir. Juste une impression sale, primitive, née dans le ventre avant d’arriver jusqu’à la tête.

Je tournai lentement le visage vers la cuisine, puis vers la porte d’entrée.

Fermée.

Le silence sembla s’épaissir autour de moi.

Mon cœur donna un coup sec contre mes côtes.

Dans le reflet noir d’une des fenêtres, derrière ma silhouette floue, il y avait une ombre qui n’était pas la mienne.

Je pivotai.

Il était là.

Dans l’angle du salon, à l’endroit exact où la lumière de la télévision mourait avant d’atteindre le mur. Grand, immobile, vêtu de noir. Un masque de Guy Fawkes couvrait son visage, avec son sourire figé et ses traits stylisés, abominablement calme, et dans sa main, un couteau attrapait un éclat bleu.

Pendant une seconde, mon cerveau refusa de comprendre.

Quelqu’un était chez moi.

Quelqu’un était entré chez moi.

Quelqu’un m’avait regardée, assise dans mon canapé, fatiguée, seule, ridicule avec ma glace et mon vieux sweat, et cette pensée fut presque plus violente que la lame.

Puis mon corps reprit le pouvoir.

Je reculai si vite que ma hanche heurta un mur. Mon souffle se déchira dans ma gorge, et avant même qu’il puisse faire un geste, je courus vers la chambre.

Pas vers la porte.

Instinctivement, je fonçai vers la chambre.

La porte d’entrée était trop loin, trop exposée. Dans la chambre, il y avait la commode. Le tiroir du bas. L’arme cachée sous les pulls roulés.

J’entendis son pas derrière moi, et ce fut sans doute ce qui me terrifia le plus.

Il ne courait pas vraiment.

Il avançait vite, oui, mais sans précipitation, sans ce désordre qu’aurait eu un cambrioleur surpris ou un agresseur poussé par l’urgence. Il savait où j’allais. Ou du moins, il savait que je fuyais vers quelque chose, et cette certitude tranquille dans sa façon de me suivre me donna l’impression abominable qu’il avait déjà vécu cette scène avant moi.

J’atteignis la chambre avec le souffle déchiré, les doigts tendus vers la commode.

Il ne me manquait qu’un mètre.

Un seul.

La poignée du tiroir était là, à hauteur de ma cuisse, ridicule, ordinaire, presque rassurante dans le chaos de mon cœur. Ma main l’effleura à peine avant qu’un bras se referme autour de ma taille et m’arrache en arrière.

Mon dos percuta un torse dur, puis le matelas me coupa le souffle quand il me plaqua dessus avec une précision brutale.

Pas de coup inutile. Pas de geste brouillon.

Il me maintint comme s’il avait calculé l’angle exact de ma chute, son poids pesant sur moi sans m’écraser totalement, son avant-bras bloquant ma poitrine, son autre main refermée autour de mon poignet avant même que je puisse viser son visage.

La peur explosa enfin.

Sale. Blanche. Animale.

Je ruai sous lui, frappai avec ce que je pouvais, le genou, le coude, les ongles, les dents si j’avais réussi à atteindre sa peau. Il attrapa mon autre poignet et le plaqua au-dessus de ma tête, puis resserra sa prise juste assez pour me faire comprendre qu’il aurait pu faire pire.

Cette retenue me donna envie de hurler.

Je n’étais pas soulagée qu’il ne me brise pas. J’étais furieuse. Furieuse de sentir son contrôle sur moi malgré les années passées sur les tatamis, malgré les heures à apprendre à sortir d’une prise, à renverser un adversaire plus lourd, à garder la tête froide sous la pression. J’avais une ceinture de jiu-jitsu, de l’expérience, des réflexes, et pourtant j’étais coincée sous lui comme une débutante. Chaque tentative semblait arriver une fraction de seconde trop tard. Chaque mouvement qu’il anticipait me donnait davantage envie de le frapper.

— Qui êtes-vous ? demandai-je d’une voix trop rauque pour être vraiment la mienne.

Il inclina légèrement la tête.

Le masque de Guy Fawkes me renvoyait la lumière faible de la chambre, avec son sourire figé et ses traits stylisés, à la fois familiers et profondément inquiétants. Pourtant, je sentais son attention sur moi comme une main posée sur ma gorge.

— Quelqu’un qui a attendu longtemps.

Je tirai sur mes bras, mais il ne bougea pas. Sa force n’avait rien d’impressionnant dans le sens spectaculaire du terme. Elle était pire que ça : contrôlée, stable, sans tremblement.

— Qu’est-ce que vous voulez ?

Un silence suivit.

Il aurait pu répondre tout de suite. Il choisit de ne pas le faire, et ce choix creusa quelque chose de froid dans mon ventre.

— Toi.

Le mot tomba entre nous avec une simplicité obscène.

Je cessai de lutter pendant une fraction de seconde.

Pas parce que j’avais moins peur, mais parce que mon cerveau venait d’écarter définitivement l’hypothèse du cambriolage, de l’intrusion au hasard, du mauvais appartement. Il n’était pas entré chez moi pour voler quoi que ce soit. Il n’était pas tombé sur moi.

Il était venu pour moi.

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Good Writing

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Compelling Plot

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Great Character

1

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Strong Dialog

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Strong Dialog

author

L'entrée en matière est particulièrement réussie. L'opposition de style entre le contrôle rigide du personnage masculin et les réactions d'Alicia crée une dynamique immédiate et captivante. L'auteur joue habilement avec nos nerfs : le calvaire d'Alicia fait notre bonheur de lecteur. Une entame pleine de promesses et d'électricité, on en redemande !

22 days
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