Quand l toiles murmurent
La bibliothèque de Poudlard baignait dans la lumière dorée du crépuscule. Hermione Granger était penchée sur un grimoire de métamorphose avancée, sa plume grattant furieusement le parchemin. Sixième année signifiait BUSE derrière elle, mais les ASPIC approchaient dangereusement vite.
À trois tables de là, Draco Malfoy fixait le même chapitre depuis vingt minutes. Il n'arrivait pas à se concentrer. La transformation des objets inanimés en créatures vivantes exigeait une précision qu'il ne possédait pas ce soir.
- Granger.
Hermione leva les yeux, surprise. Draco se tenait près de sa table, l'air mal à l'aise.
- Malfoy, répondit-elle prudemment.
- Ce passage sur la conscience temporaire des objets transfigurés... tu as compris?
Le silence s'étira. Hermione cligna des yeux, certaine d'avoir mal entendu. Draco Malfoy lui demandait de l'aide? Sans insulte préalable?
- C'est... oui. Le professeur McGonagall explique que la conscience n'est qu'une illusion, un écho de la forme imposée.
Draco hocha la tête lentement.
- Mais alors, pourquoi insiste-t-elle sur les considérations éthiques?
Malgré elle, Hermione sentit son intérêt s'éveiller.
- Parce que même une illusion de conscience mérite du respect. Si la créature croit ressentir, qui sommes-nous pour...
- Décider que ça n'a pas d'importance, termina Draco.
Leurs regards se croisèrent. Pendant trois secondes extraordinaires, ils n'étaient ni Gryffondor ni Serpentard, juste deux élèves partageant une réflexion complexe.
- Merci, dit Draco avant de retourner à sa table.
Hermione resta figée, sa plume suspendue au-dessus du parchemin.
Ce qu'aucun des deux n'avait remarqué, c'était le portrait d'un mage du quinzième siècle accroché entre deux étagères. Ses yeux peints s'élargirent. Sans un mot, il glissa hors de son cadre.
Dix minutes plus tard, dans le couloir du troisième étage, Dame Violette recevait des visiteurs inhabituels. Six portraits s'étaient entassés dans son cadre baroque, créant un comité improvisé.
- Vous l'avez vu de vos propres yeux? demanda Dame Violette, une main sur son cœur peint.
- Aussi clairement que je vous vois, ma Dame, confirma le mage. Aucune animosité. Une vraie conversation intellectuelle.
Sir Cadogan brandit son épée miniature avec enthousiasme.
- Le jeune Serpentard aurait pu lui lancer une remarque cinglante! Mais non! Il l'a remerciée!
- Fascinant, murmura Phineas Nigellus Black depuis son propre cadre adjacent, qu'il avait rapproché pour mieux entendre. Mon arrière-arrière-petit-neveu fait preuve de manières. Miracles de Noël en novembre.
- Ne soyez pas cynique, Phineas, le réprimanda Dame Violette. C'est absolument romantique. Deux âmes que tout oppose, trouvant un terrain d'entente dans la quête du savoir!
- Vous exagérez, grommela Phineas.
Mais ses yeux pétillaient.
Une sorcière élisabéthaine se pencha en avant.
- Nous les observons depuis des années. Toujours à se chamailler, à s'éviter. Mais ces dernières semaines...
- Les regards ont changé, acquiesça un alchimiste du dix-huitième siècle. Moins de colère. Plus de... curiosité?
Dame Violette applaudit.
- Mes chers amis, je crois que nous assistons à quelque chose de merveilleux. Le début d'une grande histoire d'amour!
- Ou d'une grande catastrophe, marmonna Phineas.
- Quelle est la différence? répliqua Dame Violette avec un sourire entendu. Écoutez-moi bien. Nous, les gardiens silencieux de ce château, avons observé des générations d'élèves. Nous avons vu l'amour fleurir dans les endroits les plus improbables. Ces deux-là ont besoin d'un petit coup de pouce.
Sir Cadogan sauta sur son poney.
- Un coup de pouce! Oui! Je peux les guider vers des rencontres fortuites!
- Nous devons être subtils, insista Dame Violette. Créer des opportunités, pas des pièges évidents.
- Et si nous nous trompons? demanda le mage prudemment. S'ils ne sont pas faits l'un pour l'autre?
Dame Violette haussa ses épaules peintes.
- Alors nous aurons au moins essayé. Mais j'ai vécu trois cents ans dans ces murs. Je reconnais la magie de l'amour naissant quand je la vois. Ces deux-là ont une étincelle. Elle a juste besoin d'être attisée.
Phineas Nigellus soupira.
- Je ne peux pas croire que je suis d'accord avec cette romantique incorrigible. Mais... le garçon est malheureux. Et la jeune Miss Granger, malgré ses amis, semble parfois bien seule dans sa soif de connaissance.
- Alors nous sommes d'accord? Dame Violette regarda chaque portrait. L'Opération Cupidon commence?
Les têtes peintes hochèrent une à une.
- Excellent! Première étape: nous devons les rapprocher physiquement. Sir Cadogan, vous êtes notre éclaireur mobile. Suivez leurs déplacements, signalez-les.
Le chevalier salua maladroitement, manquant de tomber de son poney.
- Phineas, vous parlerez à Draco. Vous êtes son ancêtre, il vous écoute.
- Subtilement, grogna Phineas.
- Et moi? demanda l'alchimiste.
- Vous êtes près de la salle commune de Gryffondor. Observez Miss Granger. Notez ses habitudes.
Dame Violette rayonnait.
- D'ici Noël, ces deux-là réaliseront ce que nous voyons déjà. Ils sont faits l'un pour l'autre.
Dans la bibliothèque, inconsciente du complot qui se tramait dans les cadres dorés du château, Hermione referma son livre. Elle jeta un dernier regard vers la table où Draco était assis.
Il écrivait maintenant avec concentration, ses notes s'étalant proprement sur le parchemin. Quand avait-il cessé d'être simplement l'ennemi insupportable? Quand était-il devenu... une personne?
Elle secoua la tête et rassembla ses affaires. C'était ridicule. Draco Malfoy restait Draco Malfoy.
Pourtant, en sortant, elle ne put s'empêcher de sourire légèrement.
Dans son cadre, le mage du quinzième siècle nota ce sourire et se dépêcha de le rapporter. L'opération venait de commencer, et déjà, les signes étaient prometteurs.








