CHAPITRE 1: Le poids du ciel
Le tic-tac du vieux réveil sur la table de chevet semblait résonner plus fort que d'habitude ce matin-là. Un bruit sec, régulier, presque agressif. Une seconde de moins. Encore une. Toujours moins.
Ange resta allongé, les yeux fixés sur le plafond fissuré de sa petite chambre. Dehors, les bruits de la ville commençaient déjà à s'éveiller : le vrombissement lointain des moteurs, les éclats de voix des vendeuses qui s'installaient au coin de la rue, et cette chaleur lourde, typique du matin, qui s'infiltrait déjà par la fenêtre persienne.
Il passa une main lasse sur son visage, puis s'assit sur le bord de son lit. Vingt-deux ans. C'était l'âge où l'on était censé avoir l'avenir devant soi, des projets plein la tête et des rêves à revendre. Mais pour Ange, l'avenir ressemblait plutôt à un brouillard épais qu'il devait traverser à l'aveugle.
Sa mère disait souvent que son prénom lui allait bien, qu'il avait cette douceur et cette patience qui apaisaient les tempêtes. Mais les anges n'ont pas à payer le loyer, ils n'ont pas à chercher des petits boulots qui s'effritent avant même d'avoir commencé, et ils n'ont pas la poitrine serrée par l'angoisse du lendemain.
Il se leva, enfila un t-shirt un peu délavé et s'approcha du miroir piqué de taches noires suspendu au mur. Le reflet qui lui renvoya son regard n'avait plus rien de l'insouciance de ses dix-huit ans. Ses traits tirés trahissaient les nuits trop courtes passées à réfléchir, à compter, à simuler des solutions qui n'existaient pas.
La vie était dure. Ce n'était pas une plainte, juste un constat. Un fait accompli avec lequel il fallait composer chaque jour, comme la poussière des routes ou la pluie qui surprend en pleine saison.
Il ouvrit la porte de sa chambre et tomba sur le salon baigné d'une lumière rasante. Sur la table basse, une pile de factures et son téléphone dont l'écran s'alluma soudain, affichant un message qu'il redoutait de lire depuis la veille.
C'était le début d'une longue journée. Une journée de plus dans ce labyrinthe compliqué. Mais Ange prit une profonde inspiration, redressa les épaules et ramassa ses clés. Il n'avait pas le choix. Le temps filait, éphémère, et le monde n'attendait pas ceux qui hésitaient à faire le premier pas.








