Chapitre 1 - Montréal
Les feuilles orangées des grands arbres du parc de la Fontaine m’arrachent un sourire. L’automne est définitivement ma saison préférée.
— Alix ? Youhou… tu es avec moi ?
Mon attention se décroche de la fenêtre pour revenir sur la femme assise dans le fauteuil beige en face de moi.
Brune, une cinquantaine d’années, des lunettes rondes et un air pincé qui me donne envie de lui dire de péter un coup.
Mais je me retiens.
Après tout, ma mère paie la séance.
— Oui, Michèle, je vous écoute.
— J’aimerais plutôt que tu me répondes. Qu’est-ce qui t’amène dans mon cabinet ?
Je hausse un sourcil.
— Pour être honnête ? Ma mère. Si elle ne m’avait pas fait promettre de venir voir une psy, je ne serais jamais venue.
— J’apprécie ton honnêteté.
— Elle me perdra.
Le coin de sa bouche tressaille légèrement.
Tiens. Elle sait sourire.
Michèle baisse les yeux vers le petit carnet posé sur ses genoux.
— Et si tu me parlais un peu de toi ? Tu as vingt-quatre ans, c’est bien ça ?
Je hoche la tête. Elle griffonne rapidement quelques mots avant de relever les yeux vers moi. Elle replace ses lunettes avec son index dans un petit geste qui, pour une raison obscure, m’agace déjà.
— Tu es française, n’est-ce pas ? Comment es-tu arrivée à Montréal ?
Mon corps se tend légèrement à l’évocation de la France. Le pays où je suis née, où j’ai grandi et qui a assisté sans rien faire à ma destruction.
Je croise les jambes.
— En avion.
Un silence.
Michèle me fixe par-dessus ses lunettes.
— Sympa comme réaction. Je pense qu’on va passer du bon temps toutes les deux.
Cette fois, je lui souris franchement.
J’apprécie qu’elle ne se formalise pas.
— Plus sérieusement, reprend-elle, quand tu as enlevé ta veste tout à l’heure, j’ai remarqué des marques sur ton avant-bras. Des bleus qui ont presque disparu. Est-ce que ça a un rapport avec ta présence ici ?
Mon sourire s’efface.
J’avale difficilement ma salive.
Elle les a vus.
Moi qui passe mon temps à porter des vêtements longs et amples pour cacher les vestiges de mon ancienne vie, il aura suffi de quelques secondes dans un cabinet surchauffé pour qu’une inconnue remarque ce que je m’épuise à dissimuler depuis des semaines.
Je rabats machinalement ma manche sur mon poignet.
— En effet. Ça a un rapport.
Elle ne dit rien.
Et son silence m’agace presque plus qu’une question.
Je vois bien qu’elle attend que je développe, mais une boule se forme déjà dans ma gorge. Mes yeux me brûlent.
Non.
Pas ici.
Pas devant elle.
— Alix, tu n’es pas obligée de tout me raconter aujourd’hui. Peut-être que tu peux simplement me donner une piste. Quelque chose qui m’aide à comprendre la situation sans qu’on creuse davantage.
Je fixe mes mains.
Par où commencer ?
Par la première insulte ?
La première fois qu’il a vérifié mon téléphone ?
La première fois qu’il m’a demandé de ne plus voir une amie parce qu’elle avait, selon lui, une mauvaise influence sur moi ?
Ou directement par la première gifle ?
— Ça faisait un an que j’étais en couple avec un homme.
Ma voix me paraît étrangère.
— Je l’aimais.
Je marque une pause.
— Sûrement trop.
Michèle prend quelques notes.
— C’est lui qui t’a fait ça ?
Les images reviennent avant même que je puisse les arrêter.
Son visage.
Sa mâchoire crispée.
Sa main levée.
Le bruit.
Puis mon corps réagit.
Ma respiration s’accélère. Mes doigts se mettent à trembler. La pièce semble soudain trop petite, l’air trop lourd. J’essaie d’inspirer, mais quelque chose bloque dans ma poitrine.
Je remonte mes jambes contre mon torse et ferme les yeux, incapable cette fois de retenir mes larmes.
— Alix.
La voix de Michèle me parvient de loin.
— Regarde-moi.
Je secoue la tête.
Je sens sa présence se rapprocher, puis sa main se poser doucement dans mon dos.
Je sursaute.
— D’accord. Je ne te touche plus.
Sa main disparaît immédiatement.
Je rouvre les yeux.
Michèle est accroupie à quelques pas de moi. Pas trop près. Pas trop loin.
— Tu es ici, Alix. Dans mon cabinet. À Montréal. Regarde-moi.
Je m’accroche à ses lunettes rondes.
— Respire avec moi.
Il me faut plusieurs minutes pour retrouver un semblant de calme. Plusieurs minutes à lutter contre mon propre corps, à lui rappeler que les murs autour de moi ne sont pas ceux de mon ancien appartement.
Quand ma respiration finit enfin par ralentir, je m’essuie rageusement les joues.
J’ai honte.
Et je déteste avoir honte.
— Désolée.
— Ne t’excuse pas.
— Facile à dire.
— C’est vrai. Mais je suis payée pour ça.
Un rire étranglé m’échappe malgré moi.
Cette fois, Michèle sourit vraiment.
— Notre séance est terminée pour aujourd’hui. Et je pense que c’est largement suffisant pour une première rencontre.
Je hoche la tête, vidée.
Avant que je parte, elle me rappelle que je peux la contacter si une nouvelle crise survient. J’acquiesce sans avoir la moindre intention de le faire.
Il ne faudrait pas qu’elle pense que je commence à l’apprécier.
Je quitte le cabinet avec un drôle de sentiment, comme si une cicatrice encore fragile venait de se rouvrir.
Je mets mes écouteurs et prends la direction de mon appartement. D’habitude, j’aime observer cette ville que je ne connais pas encore. Les façades en briques, les escaliers extérieurs qui grimpent devant certains immeubles, les arbres qui semblent avoir décidé de prendre feu avant l’hiver.
Aujourd’hui, je ne regarde presque rien.
Je veux rentrer.
Fermer la porte.
Et disparaître.
Lorsque j’arrive devant ma résidence, un petit immeuble de briques sombres coincé entre deux bâtiments presque identiques, je tape rapidement le code d’entrée avant de grimper les marches jusqu’au deuxième étage.
Pas d’ascenseur.
Évidemment.
Une fois la porte refermée derrière moi, un miaulement m’interpelle.
Je me retourne juste à temps pour voir Bella trottiner dans ma direction.
— Salut, mon monstre.
Elle est le seul souvenir de mon ancienne vie que j’ai décidé d’emporter avec moi.
Sa petite silhouette blanche vient se frotter contre mes jambes dans un ronronnement sonore, et quelque chose se détend enfin dans ma poitrine.
Je suis à la maison.
Rien ne peut m’arriver ici.
Je me dirige vers la salle de bain avec la ferme intention de noyer cette journée sous suffisamment d’eau chaude pour oublier jusqu’au prénom de ma thérapeute.
Mon reflet dans le miroir provoque pourtant un léger mouvement de recul.
Putain.
Mes cheveux blonds ont l’air cassants, ternes. Les cernes sous mes yeux noisette trahissent la fatigue de ces derniers jours et mon teint ferait passer un cadavre pour quelqu’un de particulièrement reposé.
Je m’oblige à sourire.
Le résultat est si grotesque qu’un vrai petit rire m’échappe.
— Magnifique, Alix. Irrésistible.
Bella miaule depuis le couloir.
— Merci pour ton soutien.
Je me déshabille et me glisse dans la baignoire. L’eau chaude ruisselle sur mon corps et je reste immobile un long moment, les yeux fermés, jusqu’à ce que la buée recouvre entièrement le miroir.
Mon pouce effleure machinalement mon bras gauche.
Le bleu a quasiment disparu.
La douleur, elle, est toujours là.
Quelque part.
En fond.
Je finis par m’assoupir.
Quand j’ouvre les yeux, l’eau est froide et ma peau couverte de frissons.
— Génial.
Je me rince rapidement avant de sortir de la baignoire.
Merde.
J’ai mis ma serviette au sale ce matin et les propres sont restées dans ma chambre.
Je pousse un soupir et quitte la salle de bain nue, encore trempée, en laissant derrière moi une jolie traînée d’eau sur le parquet.
C’est à cet instant qu’un bruit inhabituel attire mon attention.
Je m’arrête.
Mon corps entier se crispe.
Je cherche Bella des yeux. Elle est installée dans son panier, mais ses oreilles sont dressées vers la porte d’entrée.
Un deuxième bruit retentit.
Comme quelqu’un qui gratterait du bois.
Mon cœur accélère.
Je ne suis pas folle.
Il y a quelqu’un de l’autre côté de la porte.
Je reste immobile au milieu du salon, incapable de respirer correctement.
La poignée s’abaisse légèrement, mais le verrou tient bon et la porte ne s’ouvre pas. Mon sang se glace instantanément.
Putain. Mathieu m’a retrouvée.
Cette pensée me traverse avec une telle violence que mes jambes menacent de céder. Pendant une seconde, je ne suis plus à Montréal, je suis de nouveau en France face à lui, incapable de savoir si le prochain coup arrivera dans une minute ou dans une heure.
Puis la raison revient se frayer un chemin dans ma panique.
Non. C’est impossible.
Mathieu est en prison.
Il ne sait pas où je vis, il ne connaît même pas cette adresse. Il ignore tout de ma nouvelle vie et un océan entier nous sépare désormais.
J’attrape le premier objet qui me passe sous la main, un vase vide posé sur l’îlot de la cuisine. Et c’est ainsi que je me retrouve nue, trempée et complètement paniquée au milieu de mon salon, prête à assassiner quelqu’un avec un objet de décoration acheté trois jours plus tôt.
La poignée bouge de nouveau.
— Hé ! Je sais que vous êtes là !
Une voix d’homme grave, calme, avec cet accent québécois auquel mon oreille française ne s’est pas encore habituée. Les voyelles traînent différemment, certaines intonations me surprennent et, dans une autre situation, j’aurais probablement trouvé ça séduisant.
Là, tout de suite, j’ai surtout envie de lui casser mon vase sur le crâne.
Je serre le vase si fort que mes doigts me font mal. Mon cœur cogne contre mes côtes et, lorsqu’elle s’abaisse une troisième fois, quelque chose explose dans ma tête. Je traverse la pièce, tourne brusquement le verrou et ouvre la porte en levant mon arme improvisée au-dessus de mon épaule.
Tout se passe très vite. Un juron, une grande silhouette devant moi et une main qui se referme sur mon poignet avant que le vase ne s’écrase sur le crâne de l’inconnu.
Mon corps cesse immédiatement de m’obéir.
Mes poumons se bloquent et le couloir autour de moi devient flou. Il ne reste plus que ces doigts autour de mon poignet, cette pression trop forte et cette sensation que je connais beaucoup trop bien.
— Lâchez-moi…
Ma voix sort à peine.
L’homme fronce les sourcils sans desserrer sa prise. Grand, les cheveux bruns légèrement en désordre, une mâchoire nette et des yeux sombres braqués sur moi, il semble partagé entre la colère et l’incompréhension.
— Lâchez-moi !
Cette fois, ma voix se brise suffisamment pour provoquer quelque chose chez lui. Son regard descend vers sa main, puis remonte lentement jusqu’à mon visage. Il comprend que quelque chose ne va pas, je le vois dans la façon dont son expression change.
Pourtant, il ne me lâche pas immédiatement.
Il m’observe une seconde de trop, comme s’il cherchait à comprendre ma réaction avant de décider quoi en faire, puis ses doigts s’ouvrent enfin.
Je recule brutalement jusqu’à heurter le mur derrière moi.
— Ne me touchez pas !
— Avec plaisir.
Sa voix est calme, beaucoup trop calme pour un homme qui vient de manquer de se faire assommer avec un vase. Je le serre contre ma poitrine comme un bouclier et vois son regard descendre lentement sur moi.
Merde.
Je suis nue.
Complètement nue.
Face à un inconnu.
Un très bel inconnu, évidemment, parce que quitte à vivre l’un des moments les plus humiliants de mon existence, autant que l’homme devant moi ressemble à une publicité hors de prix.
Ses yeux remontent jusqu’à mon visage et je jurerais voir une lueur amusée traverser son regard.
— Vous comptez me frapper ou vous rhabiller ? Parce que j’ai une préférence, mais j’aimerais savoir à quoi m’attendre.
Je reste bouche bée quelques secondes avant que l’humiliation ne laisse place à la colère.
— Vous essayez d’entrer chez moi !
— Non.
— J’ai vu ma poignée bouger !
— Félicitations.
Je fronce les sourcils.
— Pardon ?
— Pour votre vue.
Je le déteste.
C’est immédiat, viscéral et presque reposant après la peur qui vient de me traverser.
— Dégagez de chez moi.
— Techniquement, je suis dans le couloir.
— Alors dégagez de mon couloir.
Il incline légèrement la tête et son calme me donne envie de reprendre là où mon vase s’est arrêté.
— Votre couloir ?
— Vous jouez vraiment sur les mots alors que vous venez d’essayer de forcer ma porte ?
Pour la première fois, une véritable irritation traverse son visage.
— Je n’essayais pas de forcer votre porte. Je frappe depuis cinq minutes.
— Avec quoi ? Un pied-de-biche ?
Son regard glisse vers le vase toujours serré entre mes mains.
— C’est assez ironique venant de la femme qui vient d’essayer de m’ouvrir le crâne.
— Vous touchiez à ma poignée !
— Parce que vous ne répondiez pas.
— C’est généralement le principe d’une porte fermée.
Sa mâchoire se contracte légèrement et je savoure cette minuscule victoire beaucoup plus que je ne le devrais.
— Maintenant, partez.
Il ne bouge pas. À la place, il me fixe avec une intensité qui me donne la désagréable impression qu’il remarque tout : ma respiration encore trop rapide, ma façon de protéger instinctivement mon poignet contre ma poitrine et les traces jaunies qui disparaissent lentement sur mon avant-bras.
Son regard s’y arrête une fraction de seconde.
Je rabats aussitôt mon bras contre moi.
Quelque chose change dans son expression et je déteste ça. Je déteste qu’il ait vu.
— Vous êtes toujours nue, fait-il remarquer.
Je baisse les yeux par réflexe avant de comprendre mon erreur et relève aussitôt le vase.
— Regardez encore une fois et je termine ce que j’ai commencé.
Un sourire apparaît au coin de sa bouche. Pas un sourire gentil ou rassurant, plutôt celui d’un homme qui vient de découvrir quelque chose d’amusant et qui compte bien en profiter.
— Vous avez ouvert la porte comme ça. Ne me rendez pas responsable de vos décisions douteuses.
— Espèce de…
Une goutte froide s’écrase soudain sur mon épaule.
Je m’interromps et lève les yeux. Une deuxième tombe sur le parquet, puis une troisième, tandis qu’une auréole sombre s’étend lentement sur le plafond de mon entrée.
— Qu’est-ce que…
L’inconnu pousse un soupir.
— Voilà pourquoi je frappais.
Je fixe la tache, puis lui, avant de revenir vers la tache comme si elle allait avoir la décence de disparaître toute seule.
— Il y a une fuite chez moi, reprend-il. Et visiblement, elle descend chez vous.
Comme pour confirmer ses paroles, une nouvelle goutte tombe entre nous.
Je ferme les yeux quelques secondes. J’ai quitté une séance de thérapie en pleurant, je me suis endormie dans une baignoire, j’ai failli assassiner un inconnu en étant nue et maintenant mon plafond fuit.
Magnifique journée.
— Vous vivez où ?
Il lève simplement un doigt vers le plafond.
— Au-dessus.
Bien sûr.
Évidemment.
Il fallait que le psychopathe magnifique qui tripote les poignées et insulte les femmes nues vive juste au-dessus de chez moi.
— Génial.
— Le sentiment est partagé.
Je lui lance mon regard le plus noir et il me le rend sans la moindre difficulté.
— Une serviette serait peut-être une bonne idée, ajoute-t-il.
Je pousse la porte pour la refermer, mais il bloque le battant avec sa main. La panique remonte immédiatement dans ma gorge et, cette fois, il la voit sans avoir besoin de m’analyser pendant deux heures. Il retire sa main aussitôt.
— Ne faites plus jamais ça.
Ma voix est basse, glaciale, et son sourire disparaît complètement.
Pendant quelques secondes, nous nous fixons sans rien dire.
— Alors ne me claquez pas une porte au nez quand de l’eau traverse mon plancher.
— Allez vous faire foutre.
— Charmante.
— Connard.
Cette fois, je referme la porte et il ne cherche pas à la retenir. Je tourne immédiatement le verrou avant de rester appuyée contre le battant, le vase toujours serré entre mes mains et le cœur battant beaucoup trop vite.
La voix de l’inconnu traverse soudain la porte.
— Nolan.
Je fronce les sourcils.
— Quoi ?
— Je m’appelle Nolan. Quitte à m’insulter chaque fois qu’on se croise, autant savoir à qui vous parlez.
Je reste silencieuse et un rire bref me parvient depuis le couloir.
— Bonne soirée, la voisine.
Ses pas s’éloignent avant de monter l’escalier vers l’étage supérieur. J’attends encore quelques secondes avant de poser le vase sur le sol et de regarder mon poignet.
Bella vient se frotter contre ma cheville.
— Je le déteste.
Elle miaule.
— Ne commence pas. Toi aussi.
Je récupère enfin une serviette propre dans ma chambre et m’enroule dedans avant de revenir dans le salon. La tache sombre continue de s’étendre au plafond et, quelque part au-dessus de ma tête, j’entends des pas étouffés.
Nolan.
Rien que de penser à son sourire insupportable, j’ai de nouveau envie de saisir le vase.
Mon téléphone vibre sur l’îlot de la cuisine.
Je l’attrape sans réfléchir.
Numéro inconnu.
Un message.
Tu pensais vraiment qu’un océan suffirait ?
Mon cœur s’arrête.
Pendant quelques secondes, je reste immobile, incapable de comprendre les mots affichés sur l’écran. Puis une image apparaît sous le message et tout l’air quitte mes poumons.
C’est moi.
Je porte les mêmes vêtements que ce matin. Ma veste noire, mon jean, mes écouteurs autour du cou. Derrière moi, je reconnais immédiatement les arbres orangés du parc La Fontaine et la façade du cabinet que j’ai quitté quelques heures plus tôt.
La photo a été prise aujourd’hui.
À Montréal.
Je zoome avec des doigts tremblants, cherchant un reflet, une silhouette, n’importe quoi qui puisse donner un sens à ce que je regarde.
Rien.
Juste moi, photographiée à mon insu.
Une sensation glaciale remonte lentement le long de ma colonne vertébrale.
Mathieu est en prison.
Je le sais.
Alors qui vient de me prendre en photo ?








