Prologue
Le vent fait doucement danser les pans de ma veste tandis que j'avance jusqu'au bord de la terrasse.
Paris s'étend sous mes pieds, baignée par les dernières lueurs du soleil. À cette hauteur, le bruit de la circulation n'est plus qu'un murmure lointain. Les immeubles de verre reflètent un ciel aux nuances orangées et, pendant quelques instants, je profite simplement de la vue, une cigarette entre les doigts.
Il y a encore quelques années, cette ville m'impressionnait. Je levais les yeux vers ces tours immenses en me demandant ce que pouvait bien ressentir ceux qui travaillaient tout en haut. Aujourd'hui, c'est moi qui contemple Paris depuis l'un de leurs derniers étages.
Mes doigts effleurent machinalement la montre qui habille mon poignet. Je me souviens parfaitement du jour où je l'ai achetée. J'avais passé plus de vingt minutes à hésiter avant de réaliser que, pour la première fois de ma vie, je pouvais me l'offrir sans regarder le prix.
Mon sac est posé contre la rambarde, parfaitement assorti à ma tenue. Il y a quelques années, je n'avais que trois ensembles pour aller travailler et une robe noire achetée en promotion pour les rares soirées où j'acceptais de sortir. Aujourd'hui, mon dressing déborde de vêtements que je n'aurais même pas osé essayer à l'époque.
J'ai obtenu exactement la vie dont je rêvais.
Le poste.
L'argent.
La reconnaissance.
Tout ce que j'étais venue chercher en quittant Valmont, mon petit village du sud de la France.
Je tire une nouvelle bouffée de cigarette tandis qu'un léger sourire étire mes lèvres. Si Tania me voyait aujourd'hui, elle me dirait probablement que je suis devenue cette femme élégante que j'admirais tant lorsque j'étais étudiante.
Elle aurait raison.
En partie seulement.
Parce qu'il existe une autre facette de cette réussite. Une facette que personne ne soupçonne. Une porte qui s'est ouverte le jour où Aaron Cornelli est entré dans ma vie.
Mon téléphone vibre doucement dans la poche de ma veste.
Je le sors sans me presser.
Monsieur Cornelli.
Je reste quelques secondes à observer son nom s'afficher à l'écran. Il fut un temps où ce simple appel aurait fait accélérer les battements de mon cœur. Aujourd'hui, c'est différent.
L'appréhension a laissé place à une sensation bien plus difficile à décrire, un mélange d'excitation, de curiosité et de résignation parfaitement assumée.
Je finis par décrocher.
— Bonsoir, Monsieur.
Un léger silence précède sa réponse.
— Je t'attends.
Deux mots.
Calmes.
Posés.
Comme une évidence.
— J'arrive.
Je raccroche avant de glisser le téléphone dans la poche de ma veste. J'écrase ma cigarette et adresse un dernier regard à l'horizon.
Si quelqu'un m'avait dit, le jour où j'ai quitté Valmont, que j'en arriverais là, je lui aurais probablement ri au nez.
À cette époque, j'étais persuadée qu'il suffisait de travailler plus que les autres pour réussir.
Je ne savais pas encore que certaines portes ne s'ouvrent qu'à ceux qui acceptent d'en franchir d'autres.
Et je ne savais surtout pas jusqu'où j'étais prête à aller pour obtenir la vie dont j'avais toujours rêvé.u








